https://doi.org/10.57988/crig-2331
Kambere Siviri Lwanga[1], Gilbert Paluku Mutiviti[2], Emmanuel Kakule Vyakuno[3], Charles Kambale Valimunzigha[4]
La plupart de sols des régions
tropicales sont suffisamment dépourvus en éléments nutritifs. En outre, les
éléments exportés par les récoltes ne sont pas souvent compensés par des
apports chimiques ou organiques. Dans le but de valoriser le compost issu des
déchets ménagers en Ville de Butembo, nous nous sommes assignés comme objectif
d’effectuer la caractérisation physico-chimique de ce compost. Ainsi, les
déchets collectés au sein de 200 ménages ont été triés afin de séparer la part
non biodégradable de celle biodégradable qui a été compostée en andain durant
une période de deux mois. Les analyses physico-chimiques ont porté sur (i) la
composition du compost, (ii) la maturation du compost (iii) les teneurs en éléments fertilisants et
(iv) en métaux lourds. Les valeurs obtenues lors des analyses ont été comparées
aux valeurs requises par les normes françaises NFU 44-051 et FAO.
L’évolution de la température du
tas du compost au cours du temps a connu deux pics caractéristiques d’une
intense activité des microorganismes et elle s’est stabilisée autour de 23°C.
Le compost issu des déchets ménagers était constitué de 32,50 et 19,95 %
respectivement de matière sèche et de matière organique. Le rapport C/N a été de 12,21, une valeur qui se situe dans l’intervalle
de 10 à 15 requise pour la maturité du compost ; le pH de 7,8 révélé sur le
compost mûr étant légèrement basique est un indicateur de fertilité et de
richesse en cations susceptibles de corriger l’acidité du sol. La plupart des éléments
fertilisants ont été en conformité avec les normes régissant la qualité du
compost.
Néanmoins, la teneur en potassium K
(3,72 %) a été au-delà de celles prônées par les normes standards. Cet excès en
K a été dû probablement à la nature des déchets compostés dépendant des
habitudes alimentaires au sein des ménages. La teneur en phosphore (1,82 %), cependant,
était légèrement inférieure à celle (3 %) recommandée par la norme NFU 44-051,
mais se trouvait légèrement au-delà de la limite supérieure (1,6 %) prônée par
la FAO. Par ailleurs, le cadmium et le mercure n’étaient pas présents dans le
compost. Ainsi, le compost issu des déchets ménagers de la Ville de Butembo
peut-il être utilisé comme un amendement organique afin de booster la
production agricole périurbaine et urbaine.
Mots-clés : Compost, déchets ménagers, éléments
fertilisants, métaux lourds, Butembo.
Most soils
in tropical regions are sufficiently nutrient-free. In addition, most of the
time the elements exported by harvests are not compensated by inputs of any
kind chemical or organic. As part of the recovery of compost from household
waste in the city of Butembo, we have set ourselves the objective of carrying
out physical and chemical characterization of this compost. Therefore, the
waste collected in 200 households was sorted to separate the non-biodegradable
part of the biodegradable that has been composted in a windrow for a period of
two months. Physical and chemical analyses focused on the composition of the
compost, the maturation of the compost, the content of nutrients and heavy
metals. The values obtained during the analyses were compared with the values
required by the French standard NFU 44-051 and the FAO standard.
The
evolution of the temperature of the compost pile over time showed two peaks
characteristic of intense activity of microorganisms and stabilized around
23°C. Compost from household waste
consisted of 32.50 % and 19.95 % dry matter and organic matter respectively.
The C/N ratio was 12.21, a value that is within the range of 10 to 15 required
for compost maturity; the pH of 7.8 revealed by the mature compost being
slightly alkaline is an indicator of fertility and richness in cations that can
correct the acidity of the soil. Most of the nutrients have in accordance with
the standards governing the quality of the compost.
Nevertheless,
the potassium K content (3.72 %) was beyond those pronated by standard
standards. This excess of K was probably due to the nature of composted waste
that depends on eating habits in households. The phosphor content (1.82 %) on
the other hand was slightly lower than that (3 %) recommended by NFU 44-051 but
was slightly below the upper limit (1.6 %) as suggested by FAO. In addition,
cadmium and mercury were not detected in the compost. Thus, compost from
household waste from the town of Butembo can be used as an organic amendment to
boost peri-urban and urban agricultural production.
Keywords:
compost, household waste, nutrients, heavy metals, Butembo
La
modernisation et l’urbanisation dans la plupart des pays africains sont souvent
associées à un accroissement des besoins alimentaires dont la satisfaction
devrait passer impérativement par l’intensification de l’agriculture. Elles entraînent
en outre une augmentation des déchets dont la gestion est un casse-tête par
suite du manque de planification de divers services environnementaux (Chalot,
2004 ; Compaoré et Nanéma,
2010a ; Sotamenou,
2010).
Des auteurs comme Ngnikam
(2003), Rotich
et al. (2006) soulignent que la
gestion des déchets dans la plupart des pays en développement spécifiquement
ceux d’Afrique est la plus mitigée et confrontée à des problèmes financiers,
institutionnels, techniques et physiques, tels que l’absence de plan
d’urbanisation, le déficit d’organisation, occasionnant de sérieux problèmes
sanitaires. En plus, la pollution par les déchets est de loin celle qui est la
plus perçue par tout le monde, car contrairement à d’autres types de pollution
(pollution de l’air, du sol ou des ressources en eau), la pollution par les
déchets est la plus visible à l’œil nu (Müller,
2007). D’après Compaoré et al. (2010b), la gestion des déchets
constitue un défi majeur dès lors que leur production s’accroît ; en
conséquence, de nouvelles filières d'élimination doivent être trouvées.
Face à la demande croissante des
besoins alimentaires, la plupart d’agriculteurs des zones tropicales font plus recours
aux fertilisants chimiques qui malheureusement sont très coûteux (Ayeni et al., 2010, Useni et al., 2013, Nyembo et al., 2014) et il y a dans ces pays un
manque prononcé d’encadrement technique. Par ricochet, pour les sols des pays
d’Afrique subsaharienne qui, dans la plupart des cas, sont sableux ou argileux,
il a été mis en évidence par plusieurs auteurs que les systèmes culturaux
intensifs, n’impliquant pas des niveaux élevés de restitutions organiques au
sol, conduisaient ainsi donc à leur dégradation et, en conséquence, à une
diminution de la productivité végétale (Omotayo et Chukwuka,
2009).
Cette dégradation est souvent liée
à une diminution des stocks organiques, alors que la gestion durable et la
reconstitution des sols fortement dégradés constituent un défi pour
l’agriculture des pays tropicaux (Mokossesse et
al., 2009). Ainsi donc, une meilleure gestion des sols tropicaux
signifie-t-elle alors que les prélèvements doivent être compensés par des
apports, de telle sorte que l’équilibre dynamique soit maintenu. Or pour
l’Afrique, il a été démontré que le compostage des déchets demeure une option
écologiquement durable et économiquement attrayante (Useni et al. (2013 ; 2014), Soudi (2001). En plus, dans les villes africaines,
les ordures ménagères sont composées en grande partie de matière organique (N’Dayegamiye et al., 2005).
En République Démocratique Congo, Mulaji (2010)
a montré l’importance d’utiliser un compost des déchets des ordures ménagères
dans l’amélioration de la fertilité des sols acides tropicaux de la région de
Kinshasa. Par ailleurs, dans la partie sud du pays, Tshala et al. (2017) ont quantifié et valorisé les déchets produits dans
les ménages à Kolwezi dans une agriculture périurbaine et urbaine. Au
Burkina-Faso, l’application du compost des ordures ménagères avait aussi permis
une nette amélioration des rendements des cultures maraîchères (Abdoulaye et Phal, 2007).
Cependant, peu d’informations
existent sur la Ville de Butembo où la population est généralement agricultrice
et où des centaines de tonnes de déchets sont produites chaque jour. Aussi,
quand bien même en Ville de Butembo, les déchets sont-ils produits en
abondance, la qualité du compost qui en découlerait pour qu’il serve
d’amendement ou fertilisants de nos sols n’est pas garantie. En effet, pour
qu’un compost soit accepté pour des fins d’agriculture, il doit répondre à
certaines normes comme la norme française AFNOR NFU 44-051 amendements
organiques (AFNOR, 1981) et celle
de la FAO (2005) définissant la
qualité des composts utilisés en agriculture.
L’objectif de notre étude, celui de
déterminer la qualité du compost issu des déchets ménagers produits en Ville de
Butembo afin de le recommander dans l’agriculture urbaine et périurbaine est en
rapport avec la question, celle qui interrogeait sur la qualité du compost issu
des déchets ménagers produits en Ville Butembo. Cette interrogation a suscité
l’hypothèse selon laquelle le compost obtenu à partir des déchets ménagers
produits en Ville Butembo serait de bonne qualité, car constitué en grande
partie par les matières organiques.

Figure 1. Géospatialisation de 399 ménages enquêtés en Ville de
Butembo
Les déchets ont été collectés dans
les différents ménages de la Ville de Butembo
Cette étude fait suite à une autre
menée en 2011 (Siviri K, 2011), qui nous a permis
d’avoir des données préliminaires sur l’analyse de la composition du sol et du
compost obtenu à partir des déchets organiques collectés en Ville de Butembo.
Une nouvelle étude s’est avérée indispensable afin d’actualiser les données. Au
cours de cette nouvelle étude, la collecte des déchets a été effectuée durant 3
jours au sein de 200 ménages en raison de 50 ménages par commune. À la fin de l’exercice de collecte des
déchets, un triage a été effectué pour bien séparer les déchets biodégradables
de non biodégradables, tel que décrit par Tshala et al. (2017). Une partie des déchets biodégradables a constitué la
matière première du compostage.
Après triage des déchets, la part
biodégradable a été compostée durant une période de deux mois par la méthode en
andain (Mulaji,
2010) dans un local aménagé pour cette fin à l’Université Catholique du Graben
(Butembo). Le compostage en andain mis en place le 21 décembre 2018 a consisté
à placer un mélange des matières premières dans un tas qui a été remué deux
fois durant la période de compostage soit le 04 janvier 2019 et le 02 février 2019 à l’aide des pelles et
fourchettes. L’opération de retournement permet de mélanger les composants du
compost et d’améliorer l’aération passive des tas en compostage. L’andain
confectionné avait une hauteur de 180 cm et une largeur de 150 cm tel que
recommandé par la FAO (2005) pour les matières légères.
Parmi les paramètres mesurés et
observés, certains ont été déterminés durant la période de compostage et
d’autres après analyse des échantillons au niveau du laboratoire. Les
paramètres estimés au cours du compostage sont :
(i) L’évolution quotidienne de la température du tas a été
suivie tout pendant la période de compostage à l’aide d’un thermomètre pour
sonde compost ;
(i) L’évolution du poids du tas des déchets a été suivie en
pesant les déchets au début du compostage, avant le premier et aussi le
deuxième retournement à l’aide des seaux de 20 kg ;
(ii) L’évolution du rythme respiratoire du compost a été suivie
à l’aide de l’activité microbienne par des mesures de la respiration des
organismes par rapport à la consommation d’oxygène ou au rejet de dioxyde de
carbone. Ces mesures ont été effectuées par l’intermédiaire de systèmes fermés
avec Oxi Top-c et le
contrôleur OC 110.
(iii) La maturité du compost a été déterminée par la respiration
(dégagement du CO2) à l’aide du respiromètre
Pour les paramètres déterminés
après la maturation du compost, les échantillons du compost séchés à l’air
libre, broyés à l’aide d’un mortier en
porcelaine et tamisés à l’aide d’un tamis des mailles de 2 mm de diamètre ont
été expédiés à l’Université de Nairobi pour subir différentes analyses
chimiques dans les laboratoires rattachés à la Faculté d’Agriculture et celle
de Santé Publique. Il s’agissait essentiellement :
ü Du pH à l’eau
ü De la teneur en humidité, en
matières sèches, en cendres totales et cendres insolubles exprimées en
pourcentage ;
ü De la matière organique exprimée en
pourcentage du poids sec ;
ü Des teneurs en phosphore (P),
potassium (K), sodium (Na), calcium (Ca), et magnésium (Mg) exprimées aussi en
pourcentage de matière sèche, de celles de manganèse (Mn) et de fer (Fe) en
mg/kg ;
ü Du carbone organique (C) exprimé en
pourcentage de la matière sèche a été déterminé par la méthode Anne (AFNOR,
1981) ;
ü De l’azote ammoniacal, l’azote
organique et l’azote total (NT) exprimés en pourcentage ont été déterminés par
la Méthode Kjeldahl (AFNOR, 1981) ;
ü Les teneurs en éléments traces
métalliques : plomb (Pb), cadmium (Cd), zinc (Zn), cuivre (Cu), chrome (Cr),
nickel (Ni) et mercure (Hg) exprimées en mg/kg ont été déterminées par
spectrophotométrie d’absorption atomique (AFNOR, 1981) ;
Les détails sur les techniques
utilisées pour déterminer les différents paramètres au laboratoire sont
consignés dans le tableau 1 ci-après.
Tableau 1. Techniques utilisées pour
déterminer les paramètres estimés au laboratoire
|
pH_H2O |
Mise en solution de l’échantillon
dans H2O déminéralisée (rapport masse/volume : 1/10), puis
lecture au pH-mètre |
|
NH3 (Ammoniac) |
Mise en solution de l’échantillon
dans H2O déminéralisée (rapport masse/volume : 1/10) Distillation et titration –
Méthode de Kjeldahl |
|
Matière sèche |
Matière sèche étuve (3 jours à
55°C ± 15°C) * Matière sèche analytique |
|
Matière sèche analytique (M.S.)
(2) |
Séchage à l’étuve de l’échantillon
à 103°C ± 3°C jusqu’à masse constante |
|
Cendres totales (C.T.) (2) |
Calcination de l’échantillon à
450°C durant 48 heures |
|
Matière organique (M.O.) |
Calcul (%M.S.-% C.T.) |
|
Azote total |
Méthode de Kjeldahl
(minéralisation, distillation et titration) |
|
Azote total |
Méthode DUMAS (par combustion
sèche) |
|
Cendres insolubles (2) |
Solubilisation des cendres
totales par un acide fort (HNO3 1M) et filtration Calcination au four à 450°C
durant 16 heures |
|
Chlorures (2) |
Titrage en retour de l’excès d’AgNO3
par KSCN de titre connu. Méthode de Volhard |
|
Éléments majeurs :
Ca, Mg, K, Na (2) |
Solubilisation des cendres
totales avec HNO3 1M Dosage des éléments par
spectrophotométrie d’absorption atomique dans la flamme air/acétylène |
|
Oligo-éléments : Cu, Fe, Zn,
Mn (2) |
Solubilisation des cendres
totales avec HNO3 1M Dosage des éléments par
spectrophotométrie d’absorption atomique dans la flamme air/acétylène |
|
Élément : P (2) |
Solubilisation des cendres
totales avec HNO3 1M Dosage par spectrophotomètre UV –
Méthode dite au jaune vanadate |
|
Éléments traces
métalliques : Cu, Zn, Pb, Ni, Cr, Cd (2) |
Solubilisation à l’eau régale
(HNO3+HCl) Dosage des éléments par
spectrophotométrie d’absorption atomique dans la flamme air/acétylène |
|
Élément trace
métallique : Hg (2) |
Solubilisation à l’eau régale
(HNO3+ HCl) Dosage du mercure par
spectrophotométrie d’absorption atomique de vapeur froide (par ajouts dosés) |
|
Rythme respiratoire |
Pour établir la biodégradabilité
des substances nutritives, polluants, agents nocifs ou déchets à l’aide de
l’activité microbienne on réalise souvent des mesures dites de la respiration
(mesures de la réduction de l’oxygène). On détermine, dans des conditions
définies, la respiration des organismes par rapport à la consommation
d’oxygène ou au rejet de dioxyde de carbone. Ces mesures s’effectuent par
l’intermédiaire de systèmes fermés avec Oxi Top-c et le contrôleur OC 110. Selon l’application, on
utilise des récipients optimisés qui disposent tous de raccord nécessaire à la
tête de mesure et sont en partie autoclavable. |
(2) Prétraitement des échantillons : Séchage 3 jours à
55°C ± 15°C et broyage à maximum 1,5 mm avec un broyeur mécanique
L’évolution quotidienne de la
température au cours de la période de compostage reprise sur la figure 2
ci-dessous montre deux pics de température avant et après le premier
retournement du tas de compost respectivement au 7ième jour et au 37ième
après l’installation du tas de compost. À la fin de la période de
compostage, la température s’est stabilisée vers 23°C.

Figure 2. Évolution des températures journalières au
cours du processus de compostage
Le tableau 2 récapitule les
résultats des paramètres susmentionnés.
Tableau 2. Évolution du poids de tas en compostage, du CO2, des
teneurs en carbone et en azote
|
Paramètres Temps |
Quantité de tas (kg) |
Réduction du poids (%) |
CO2 (mg) (respiration) |
% C |
% N |
|
Initial |
404 |
0 |
- |
- |
- |
|
Premier retournement |
329 |
18,56 |
211 |
40,65 |
5,820 |
|
Deuxième retournement Compost mature |
285 270 |
29,45 33,16 |
206 171,5 |
18,30 11,60 |
1,025 0,95 |
Au regard des résultats consignés
dans le tableau 2 susmentionné, un constat est qu’au cours de la période de
compostage, les différents paramètres faisant l’objet de ce point n’ont fait
que diminuer. S’agissant du poids du tas en compostage, il est compréhensible
qu’il y ait réduction, car la fermentation entraîne la dégradation aboutissant
à la perte de certains éléments sous forme de gaz. En outre, pendant la
fermentation, les divers microorganismes qui interviennent dans le processus,
entretiennent leurs structures cellulaires en utilisant des nutriments contenus
dans la matière en fermentation.
C’est ce qui a probablement été à
la base de la réduction de la teneur en carbone et en azote au cours du
compostage. Quant à la réduction du rythme respiratoire, elle serait alors corolaire
à la réduction de la biomasse fermentescible qui intervient bien au cours du
compostage aboutissant à des composés plus stables qui subiront par la suite
une minéralisation lente.
3.3. Principaux paramètres chimiques du compost urbain à Butembo
Les valeurs de principaux
paramètres estimés par l’analyse chimique du compost mature à la fin du
processus de compostage sont reprises dans le tableau 3 ci-après.
Tableau 3. Bulletin d’analyse chimique du compost produit à Butembo
|
Paramètres |
Unités |
Valeurs calculées |
Norme NFU 44-051 |
Norme FAO |
|
Matière sèche |
% |
32,50 |
˃30 |
30-45 |
|
Cendres totales |
% |
65,56 |
- |
- |
|
Cendres insolubles |
% |
48,93 |
- |
- |
|
Chlorure |
% |
0,02 |
- |
- |
|
Matière organique totale |
% |
19,95 |
˃20 |
10-30 |
|
Carbone organique |
% |
11,60 |
- |
10-17 |
|
Azote ammoniacal |
% |
0,003 |
- |
- |
|
Azote organique |
% |
0,67 |
- |
- |
|
Azote total |
% |
0,95 |
˂3 |
0,4-0,5 |
|
Phosphore |
% |
1,83 |
˂3 |
0,1-1,6 |
|
Potassium |
% |
3,72 |
˂3 |
0,4-2,3 |
|
Calcium |
% |
2,86 |
˂6 |
|
|
Magnésium |
% |
0,51 |
˂1 |
|
|
Sodium |
% |
5,40 |
- |
|
|
Fer |
mg/Kg |
129,50 |
- |
|
|
Manganèse |
mg/Kg |
78,50 |
- |
|
|
pH |
- |
7,80 |
6-8 |
7-8 |
|
Rapport C/N |
- |
12,21 |
˃8 |
15-20 |
Eu égard aux résultats consignés
dans le tableau 3, on se rend compte que la proportion de la plupart des éléments
dosés dans le compost issu des déchets ménagers de la Ville de Butembo se
trouve en conformité de la norme française AFNOR NFU 44-051 et à celle de la
FAO.
Les résultats présentés dans le
tableau 4 ci-dessous révèlent de faibles teneurs en éléments traces métalliques
dans le compost produit à partir des déchets ménagers à Butembo. Ces
différentes teneurs sont, pour la plupart en dessous de celles des normes
recommandées pour le compost de bonne qualité et d’autres éléments sont
carrément absents du compost à l’occurrence le Cadmium et le Mercure.
Tableau 4. Éléments traces métalliques dans le compost produit à Butembo
|
Paramètres |
Unités |
Valeurs calculées |
Norme standard |
Norme NFU 44-051 |
|
Cuivre (Cu) |
mg/Kg |
116,2 |
100,0 |
˂300 |
|
Zinc (Zn) |
mg/Kg |
14,5 |
300,0 |
˂600 |
|
Plomb (Pb) |
mg/Kg |
0,03 |
100,0 |
˂180 |
|
Nickel (Ni) |
mg/Kg |
0,20 |
50,0 |
˂60 |
|
Cadmium (Cd) |
mg/Kg |
- |
5,0 |
˂3 |
|
Chrome (Cr) |
mg/Kg |
0,005 |
150,0 |
˂120 |
|
Mercure (Hg) |
mg/Kg |
- |
5,0 |
˂2 |
Les résultats de l’étude
préliminaire de l’estimation des déchets produits dans les divers ménages de la
Ville de Butembo ont montré qu’une importante quantité de déchets est produite
au sein des ménages en Ville de Butembo et peut être valorisée dans l’agriculture
urbaine et péri-urbaine.
L’évolution de la température du
tas de déchets en compostage présentée sur la figure 2 a révélé deux pics qui
veulent signifier qu’à certains moments du compostage, il y a eu une forte
activité microbienne qui a abouti à une élévation de la température conduisant
à ces pics. Le premier pic est plus élevé que le second ; en effet, juste
après l’installation de l’andain, avec une forte humidité des déchets encore
frais et une forte aération du tas de déchets, les microorganismes se sont
activés pour déclencher le processus de
décomposition qui a conduit la température au premier pic qui, de toute
évidence, est devenu létal pour la plupart des microorganismes et des semences
de mauvaises herbes dans le compost (Temgoua et al.,
2014).
Ces résultats sont en conformité
avec ceux d’autres chercheurs qui ont conclu que l’élévation de la température
au cours de premières semaines du compostage est une caractéristique de la
phase en aérobie du compostage et est donc un indicateur d’une activité
microbienne importante (FAO, 2005 ; Folefack, 2008 ). Charnay (2005) et Guene (1995)
renchérissent que l’élévation de la température au début du compostage serait
due à la forte activité microbienne induite plus par la présence des matières organiques
facilement biodégradables. Au cours du temps, le tassement progressif du tas de
déchets aurait réduit alors le degré d’aération. Ainsi donc, la combinaison de
la réduction du nombre de microorganismes actifs due au premier pic de
température et de la réduction de l’aération du tas de déchets aurait entraîné
une évolution régressive de la température qui n’est repartie à la hausse
qu’après le premier retournement.
La relance de la température après
le premier retournement du tas a abouti à un second pic moins élevé et presque
égal à la moitié du premier. Cette relance de température peut bien être
expliquée par le seul fait que le retournement du tas a amélioré le niveau
d’aération, favorable à l’activité microbienne. Le second pic est moins élevé
parce que, d’une part, l’effectif de microorganismes actifs a été réduit par la
forte température du premier pic et d’autre part, par la réduction de matières
fermentescibles qui ont été dégradées pendant la première flambée de
température avant le retournement du tas.
Ce qui converge vers les constats
de Ngnikam
et Tanawa
(2000) et Compaoré et al. (2010 a) qui ont trouvé que la
baisse de température après le premier pic est attribué davantage à un
ralentissement de l’activité des microorganismes dû à l’épuisement des matières
organiques plus facilement dégradables. Après le deuxième pic, la température
s’est stabilisée vers 23°C, ceci dénote une bonne décomposition des substrats
qui conduit vers la bonne maturité du compost.
Les résultats des analyses des
paramètres chimiques de compost issu des déchets ménagers en Ville de Butembo
(tableaux 3 et 4) ont révélé que dans l’ensemble, les concentrations des
éléments fertilisants et les éléments traces métalliques se sont conformées aux
normes françaises NFU 44-051 et de la FAO. Par contre, les teneurs en phosphore (1,83 %) et en potassium (3,72 %)
ont été légèrement supérieures à celles établies par ces mêmes normes (surtout
la norme FAO). Cette légère supériorité du phosphore et du potassium serait due
en grande partie à la nature des matières premières intervenant dans le
processus du compostage qui, d’une manière ou d’une autre, sont liées aux
habitudes alimentaires de la population de Butembo.
En effet, les déchets ménagers générés à
Butembo sont constitués, en majeure partie, des épluchures de banane qui ont
une teneur moyenne en potassium de 78,1 mg/100g (Bouafou et al., 2012). Selon les conclusions de Compaoré et al.
(2010) cités par Tshala
et al. (2017), la teneur en éléments
minéraux des composts est beaucoup liée à la nature des déchets et à la teneur
initiale des éléments majeurs. Ce même constat avait déjà été bien révélé par Soudi (2001).
Il est connu que le rapport C/N est
le paramètre essentiel permettant d’évaluer le degré de maturité du compost, ce
dernier est déclaré mûr lorsque ce rapport est compris entre 10 et 15 (Namkoong et al. (1999) cités par Longanza et al., (2015). La valeur du rapport C/N
de 12,21 trouvée dans le cas de notre investigation, indique qu’au bout du
processus du compostage, notre compost avait déjà atteint la maturité. Le pH (7,8) du compost produit à partir des
déchets ménagers à Butembo est légèrement basique et proche de la neutralité.
Cette valeur de pH se rapproche de celle de la plupart de compost (Ngnikam et Tanawa, 2000).
Selon Temgoua
et al. (2014), un compost avec un pH
légèrement basique est un indicateur de la fertilité améliorant les propriétés
biologiques et la disponibilité des cations du sol et en outre, son application
aide à corriger l’acidité du sol, de quoi nous réjouir pour le cas de notre
compost qui présage un bon usage dans l’agriculture urbaine et celle
périurbaine en Ville de Butembo.
Les concentrations des éléments
traces métalliques mentionnées dans le tableau 4 sont inférieures aux
concentrations requises par la norme NFU 44-051. Les éléments traces
métalliques comme le cadmium et le mercure ne sont pas présents dans le
compost ; le chrome et le plomb y sont représentés en très petite quantité.
Ceci serait dû plus à un tri systématique des matières premières intervenant
dans la fabrication du compost.
En effet, les matériaux solides comme les
sachets, les verres et les boîtes de conserve et d’autres jugés dangereux ont
été éliminés dès le début des déchets à composter. Lors de leur étude portant
sur la valorisation des ordures ménagères par compostage dans la Ville de
Dschang au Cameroun, Temgoua
et al. (2014) avaient émis une
hypothèse selon laquelle, le cadmium (Cd) proviendrait des batteries mal triées
et le chrome (Cr) des papiers colorés. Or, quant aux déchets en Ville de
Butembo, les batteries endommagées ne sont pas jetées, elles sont plus souvent recyclées
autrement servant, par exemple, de
sièges dans les ménagers moins riches.
Eu égard aux résultats repris
ci-haut, l’hypothèse de ce travail qui stipulait que le compost obtenu à partir
des déchets ménagers produits en Ville de Butembo serait de bonne qualité, car
ces déchets sont constitués en grande partie des matières organiques, a été
confirmée.
L’objectif de cette étude était
d’effectuer la caractérisation physico-chimique du compost issu de déchets
ménagers afin de le recommander dans l’agriculture urbaine et périurbaine en
Ville de Butembo. En définitive, eu égard aux différents résultats obtenus, il apparaît
que le compost issu des déchets ménagers en Ville de Butembo est en conformité
avec les normes régissant les qualités d’un bon compost pouvant être destiné à
des fins de production agricole. Ainsi, dans un double but d’assainissement et aussi
de production d’un amendement organique, il est impérieux que la question de
recyclage des déchets soit au centre de tension psychologique des décideurs
politiques en collaboration avec les scientifiques.
Un tel mariage permettra d’élaborer
des politiques cohérentes pour la sensibilisation, l’éducation sur la prise de
conscience des habitants de la Ville de Butembo de la valorisation des déchets
ménagers qui ne seraient plus perçus comme un danger, mais plutôt donc comme
une ressource. Il serait souhaitable que des projets de gestion des déchets
soient conçus et financés par les moyens locaux afin d’assainir en grande
échelle et de valoriser de façon durable les produits de traitement des déchets
en Ville de Butembo. Certes, les résultats susmentionnés prouvent que le compost
issu des déchets ménagers organiques produits en Ville de Butembo est conforme
pour être utilisé à des fins agricoles. Il faudra aussi mener des études
additionnelles pour savoir quelle influence peut avoir donc l’utilisation de ce
compost sur le rendement des cultures en Ville et dans les diverses périphéries
de la Ville de Butembo ?
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[1] Professeur
Associée en Faculté des Sciences
Agronomiques de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC) :
lwsiviri@gmail.com
[2] Professeur
Ordinaire en Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université Catholique du
Graben (Nord-Kivu /RDC).
[3] Professeur en Faculté des Sciences Agronomiques et des
Sciences sociales, Politiques et Administratives de l’Université Catholique du
Graben (Nord-Kivu/RDC).
[4] Professeur
Ordinaire en Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université Catholique du
Graben (Nord-Kivu/RDC).