https://doi.org/10.57988/crig-2326
Le
droit et la société constituent un couple tantôt harmonieux, tantôt tumultueux.
Leur rapport est semblable à de la dialectique de l’ordre et de la liberté.
L’une ne va pas sans l’autre; et pourtant elles sont
parfois opposées comme nous le rappelle cette période de l’État de siège
que traversent les Provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Tout en tendant au
maintien de l’ordre et à la protection des droits et libertés des citoyens, l’État
de siège peut néanmoins soumettre les droits humains à rude épreuve, surtout lorsqu’il
couvre une période anormalement longue et au terme indéfini.
Cette
dialectique du droit et du fait social est due au fait que le droit régule les
faits sociaux alors que, par moment, ces faits le précèdent ou
lui échappent
C’est
particulièrement pendant les périodes de crise que la cohabitation entre droit
et faits sociaux est tendue. Le contexte persistant de conflit à l’Est de la
RDC pousse tout naturellement les juristes à s’interroger sur la portée exacte
des normes de droit humanitaire et sur la gestion des victimes, surtout des
populations déplacées. Encore que ces règles se heurtent elles-mêmes à la
difficulté de qualification du conflit en question : est-ce un conflit
interne, un conflit identitaire, un conflit interne internationalisé, un
conflit international dès lors qu’il y a une agression avérée ou un conflit
international internalisé ? Au-delà de cette question de qualification, il
subsiste celle des mobiles du conflit : est-une
guerre économique ou une guerre géopolitique ou les deux à la fois?
En
même temps qu’il régule les questions internes, le droit ne peut s’empêcher de
s’intéresser aux questions relatives aux relations internationales et à
l’intégration régionale. La diplomatie et le droit OHADA s’inscrivent dans
cette dynamique d’ouverture à l’international, nécessaire dans un monde d’interdépendance
et de globalisation ou mondialisation.
Autre
science sociale, l’Économie est attentive aux questions liées à la
production et à la commercialisation des biens et services, aux dynamiques
d’échanges entre ‘‘offreurs’’ et ‘‘demandeurs’’. Ces relations déjà complexes
dans les pays du Tiers Monde sont gravement perturbées actuellement par le
contexte de crise à la fois sanitaire, économique, sécuritaire, au même titre
que l’entreprise peut être perturbée par le décès de son initiateur, lorsque le
successeur n’est pas à la hauteur de relever les défis liés à la gestion posthume.
Les
réflexions contenues dans ce numéro de Parcours et Initiatives
témoignent de l’encrage social des Sciences juridiques et économiques. Elles
mettent également en évidence les capacités des citoyens congolais à résister à
la fatalité et aux solutions faciles. Après plus de deux décennies de conflit
et de nombreux déplacés, il y a des zones où les caps de déplacés sont
invisibles tandis qu’après le décès de fondateurs, de nombreuses entreprises
familiales subsistent.
Ces
réflexions attestent, par ailleurs, que le scientifique est, d’une part, celui
qui, en observateur avisé, interroge, questionne ou ‘‘problématise’’ des faits
sociaux et apprécie la capacité de résilience des populations, et, d’autre
part, celui qui propose des stratégies d’issues face à ce qui ressemble à des
apories. C’est en cela aussi que l’Université rend service à la société et
contribue à élever les ‘‘Villages’’ vers les Sommets du progrès : “Ascende supérius”.
Muhindo Malonga
Télesphore
Professeur
ordinaire