LES JARDINS URBAINS DANS
LA STRATÉGIE ALIMENTAIRE EN PÉRIODE DE GUERRE À
BUTEMBO : ANALYSE ÉCONOMIQUE.
https://doi.org/10.57988/crig-2353
Assistant
à la Faculté des Sciences Agronomiques de l’U.C.G.- Butembo
Résumé.
Cet article établit un bilan
sur les principaux aspects économiques des jardins urbains à Butembo. Nos
analyses révèlent la motivation profonde de l’implication des habitants dans ce
type d’activité : subvenir aux besoins alimentaires du quotidien, en
période de guerre. Cette conjoncture est accompagnée d’une explosion
démographique, d’un accroissement de la pauvreté en milieu urbain et du système
malmené d’approvisionnement ville/campagne. La pratique des jardins urbains
n’est pas sans contraintes notamment l’exiguïté de superficie, une faible
capacité de travail et la difficulté d’accès aux intrants.
Introduction.
Depuis quelques décennies,
le concept d’autosuffisance alimentaire est au centre des débats
en économie de l’alimentation. Il est même devenu le cheval de bataille des
autorités congolaises lors des plans quinquennaux qui ont consacré
l’agriculture « priorités des priorités » pendant les années 1970. En
fait, le problème alimentaire se pose avec acuité dans de nombreuses villes
africaines. Les guerres ont davantage aggravé la situation. Ces guerres ont
fait évacuer le problème au profit des conquêtes militaires et des pourparlers
pour la paix. Entre temps, la pauvreté dans les villes a atteint des
proportions déplorables en même temps que l’infrastructure urbaine se détériore
et que la famine sévit. Parallèlement, des jardins urbains, à l’intérieur des
parcelles prennent l’allure des ceintures vertes qu’on retrouve non seulement à
Butembo mais aussi dans d’autres villes du Congo.
Pendant longtemps, ces
jardins ont été négligés à Butembo. En effet, la ville a toujours été observée
par rapport à l’industrie, au commerce, à l’administration ,
…bref aux activités des secteurs secondaire et tertiaire. Les habitants ont
pris conscience que les productions agricoles ne pouvaient provenir que de la
campagne, situation économique oblige. La guerre a contribué à l’insécurité
généralisée sur tous les axes d’approvisionnement urbain en denrées
alimentaires, la hausse des prix, la détérioration du pouvoir d’achat de la
population. Les citadins de Butembo sont tenus de se prendre en charge pour
assurer leur sécurité alimentaire.
La définition aujourd’hui la
plus acceptée de cette sécurité alimentaire est l’assurance donnée à tous les individus,
pour mener une vie saine et active, de disposer sur les marchés des produits
alimentaires qu’ils consomment habituellement et de pouvoir y accéder avec leur
revenu.[1]
Si les habitants des territoires de Beni et de
Lubero mangeaient à leur faim, ce n’était pas toujours le cas pour ceux
Butembo, avant d’y introduire la petite production marchande. Cependant de
nombreuses contraintes sont à surmonter pour atteindre le but poursuivi, la
vocation de la ville n’étant pas de se ruraliser.
Dans cet article, nous passons en revue les
différents aspects économiques de la production végétale à Butembo.
Méthodologie.
1.1.
Matériel et méthode de travail.
Nous avons utilisé le peson, le mètre ruban,
une boussole et les jalons pour estimer le rendement et la superficie. Pour
estimer le rendement, nous avons recouru à deux procédés :
1° Pour le champ non récolté, des estimations
sur pied : nous récoltons quelques échantillons suivant un processus bien
défini. À partir du poids de ces échantillons, nous estimons la récolte
totale à laquelle s’applique le prix par unité de poids [2].
2° Pour le champ récolté, l’estimation
immédiatement après la récolte en évaluant le volume, puis en utilisant les
densités pour obtenir le poids de la récolte [3].
Pour calculer avec précision
la superficie à partir des mesures sur terrain nous avons pratiqué la méthode de
triangulation en utilisant la formule suivante :
![]()
avec
(demi-périmètre)
S = Surface.
(a, b, c) = côtés du triangle.
La somme des triangles donne la surface
totale. [4]
1.2.
Techniques d’enquêtes.
1.2.1.
Sources des données.
Théoriquement, les
principales sources des données pour mener à bien une étude sont les
publications, les comptabilités et les enquêtes.[5]
En l’absence de documents relatifs aux deux premières sources, seules les
enquêtes s’avèreront utiles dans notre cas.
1.2.2.
Méthode d’enquête.
Nous avons utilisé la
technique d’enquête par sondage en raison du coût moindre qu’elle permet.
L’enquête par sondage repose sur la collecte des données concernant un
échantillon tiré au hasard en vue d’obtenir une estimation parentale.[6]
Nous avons procédé à une enquête à deux
niveaux : la pré-enquête et l’enquête proprement dite.
a) Pré-enquête :
La pré-enquête a été
réalisée du 16 au 28 avril 2001. Elle nous a permis de circonscrire l’ensemble
des communes constituant la ville de Butembo et aussi de tester nos
questionnaires.
b) Enquête proprement dite.
L’enquête proprement dite a
été réalisée du 1er mai au 30 juillet 2001. La population de l’enquête
était composée de tous les ménages ayant un jardin. Dans cette population, nous
avons tiré un échantillon de 100 ménages par commune en nous servant de table
de nombres aléatoires.
2. Résultat et discussion.
2.1. Motivation de
production.
D’après nos enquêtes, nous
avons constaté que l’engouement des citadins aux jardins urbains est l’insécurité
alimentaire et le développement de la pauvreté aggravé surtout par la guerre.
En effet 70 % de ménages
nous ont révélé que l’insécurité croissante dans la ville due à des incursions
régulières des milices « Mai-Mai » leur a poussé d’avoir des jardins
dans les parcelles ou non loin de la ville. Ils ont toujours en mémoire ce
triste moment où la population a été obligée de rester dans des maisons pendant
quatre jours lors des attaques armées. Les jardins dans les parcelles ont
permis à certains ménages de survivre pendant ce moment difficile.
En ce qui concerne le
développement de la pauvreté, nous avons constaté que la motivation profonde
des ménages impliqués dans l’agriculture est essentiellement la consommation de
sa production au lieu de générer un revenu par la vente de produits. Nos études
sur l’autoconsommation de ménage révèle que 80 % de la production des jardins sont consommés par le
ménage pour ainsi réduire tant soit peu les dépenses alimentaires. La
proportion de vente ne représente que 20 %. Ce résultat confirme la loi
d’Engel. Ernest Engel, statisticien allemand, avait constaté, sur la base de
l’élasticité-revenu, que plus un ménage est pauvre, plus la proportion du
revenu consacrée aux dépenses alimentaires est élevée (propension marginale à
consommer très élevée).[7]
2.2. Les facteurs de la production.
La production agricole
consiste dans la transformation des facteurs en produits agricoles. Les facteurs
de production sont les biens, services et ressources au départ desquels les
productions agricoles sont obtenues.[8]
Hormis les facteurs abondants tels que l’air, la lumière, la température,
l’eau, les éléments minéraux du sol, ils ne comprennent que les facteurs rares
à savoir la terre, le travail, le capital d’exploitation et l’entrepreneur.
2.2.1. La terre.
C’est le premier facteur de
production agricole et sa valeur à cet égard est très variable selon sa
proximité de centre urbain et son étendue.
a)
Mode d’exploitation.
Le mode de faire-valoir est
la nature des liens contractuels qui existent entre le détenteur du droit
d’usage sur une terre, et le détenteur de la maîtrise foncière sur cette terre.[9]
Le mode de faire-valoir peut
être direct ou indirect. Pour le faire-valoir direct, le propriétaire exploite
les terres qui lui appartiennent et on parle de propriété. Dans le cas de
faire-valoir indirect, il peut s’agir soit du métayage ou de fermage.
On parle de métayage lorsque
l’agriculteur loue des terres et sa contrepartie est proportionnelle aux
récoltes, métayages au tiers, pour moitié ou aux 4/5. Pour le fermage, en
contrepartie du droit de cultiver des terres, l’agriculteur assure au
propriétaire non exploitant un revenu fixe (généralement en espèces) quelle que
soit la valeur de la récolte[10].
Dans le tableau n° 1 nous
présentons la distribution de mode d’exploitation de terre à Butembo.
Tableau 1 :
Distribution de fréquence de mode d’exploitation de terre.
|
Mode d’exploitation |
Distribution de fréquence |
|
Propriété Fermage Métayage |
54 43 3 |
|
|
100 |
Ces distributions de
fréquence sont visualisées sur l’histogramme 1 en annexe.
Il apparaît que le
faire-valoir direct (propriété) est le mode d’exploitation le plus courant à
Butembo avec une fréquence de 54 %. Concernant le faire-valoir indirect, le
fermage domine avec 43 % suivi du métayage avec un pourcentage faible de 3 %.
La forte proportion de
propriété à Butembo s’explique le plus souvent par la présence de terrains
préalablement destinés aux constructions mais affectés à la production
végétale. Le mode de fermage diffère selon les milieux et les superficies. En
milieu urbain, la valeur d’une poule, soit 5 $, est payée pour les faibles
superficies alors que pour l’espace péri-urbain, le fermage annuel d’une grande
superficie équivaut à la valeur d’une chèvre.
b- Superficie.
En agriculture extensive, la superficie a un
impact considérable sur le rendement. En effet, les grandes superficies peuvent
contribuer à augmenter le rendement des cultures. Dans le tableau 2 nous présentons
la distribution de fréquence de superficie des exploitations.
Tableau 2 : Distribution de fréquence de
superficie.
|
Superficie (are) |
Nombre d’exploitation |
|
0-19 10-19 20-29 30-39 40- plus |
56 32 7 4 1 |
|
|
100 |
Ce tableau et l’illustration
graphique en annexe (figure 3) nous montrent que 56 % d’exploitation agricole à
Butembo ont une superficie variant entre 0-9 ares, 32
% ont des superficies variant entre 10 – 19 ares, ensuite viennent les
superficies de 20 – 29 avec 7 % enfin une faible proportion de superficie de 30
– 39 et 40 – plus avec respectivement 4 % et 1 %.
En général, les superficies
exploitées par les ménages à Butembo sont très faibles. La forte proportion des
superficies variant entre 0 – 9 ares et 10 – 19 ares sont constitués pour la
plupart par des terrains se trouvant en plein centre urbain et les alentours
immédiats de la ville et qui sont destinés aux constructions des maisons
d’habitations. En effet, les terrains ont des dimensions pour la plupart
variant entre 625 m2 à 2500 m2.
b.1. Proportion de
superficie par culture.
Il est évident que
l’importance qui accorde le ménage à chaque culture déterminera sa superficie.
Dans le tableau 3 nous présentons la proportion de superficie occupée par les
cultures dans les différentes exploitations agricoles à Butembo.
Tableau 3 :
Distribution des fréquences de proportion de superficie par culture.
|
N° |
Culture |
Proportion |
|
1 |
Haricot |
40 |
|
2 |
Bananier |
24 |
|
3 |
Patate-douce |
20 |
|
4 |
Manioc |
7 |
|
5 |
Pomme de terre |
4 |
|
6 |
Maïs (associé) |
3 |
|
7 |
Légumes |
2 |
|
|
|
100 |
Ces résultats sont mieux
illustrés sur l’histogramme 3 en annexe.
Au vu de ce tableau, le
haricot occupe la plus grande superficie des exploitations agricoles à Butembo
avec une fréquence de 40 % suivi de bananiers avec 24 % ; des patate douce 20
%, du manioc 7 %, de la pomme de terre 4 %, du maïs 3 % et des légumes 2 %. Il
s’agit ici des cultures de base dans l’alimentation de Butembo ::
elles occupent une place de choix dans les exploitations agricoles.
c. Distance des domiciles
aux exploitations.
Dans le tableau 4 nous
donnons des distances en km des domiciles de ménage à leur exploitation.
Tableau 4 :
Distribution des fréquences des distances des domiciles aux exploitations.
|
Distance (en km) |
Nombre d’exploitation |
|
0 - 3 |
5 |
|
4 - 7 |
50 |
|
8 - 11 |
35 |
|
12 - 15 |
10 |
|
5 |
100 |
Interprétation.
Ce tableau 4 révèle que 5 %
des exploitations sont situées sur des distances de 0 à 3 km c’est-à-dire en
plein centre ville, 50 % des exploitations sont situées sur des distances
variant entre 4 et 7 km ; 35 % des exploitations sur des distances de 8 –
11 km et 10 % sur des distances de 12 à 15 km.
Les trop longues distances
peuvent justifier l’exploitation de certaines cultures, notamment celles qui
demandent peu de soins ou sont de faible poids ou de valeur médiocre.
2.2.4. Travail.
Pour produire, l’agriculteur
met en œuvre du travail. Ce travail désigne tout effort conscient et organisé,
déployé par l’homme dans un but de production des biens agricoles.[11]
L’agriculture à Butembo est manuelle d’où elle dépend de la main d’œuvre.
L’analyse du facteur travail nous permettra d’évaluer la main d’œuvre
disponible des exploitations agricoles à Butembo.
Nous avons pris comme témoin
d’appréciation l’ « actif agricole ».
L’actif agricole correspond théoriquement sur l’UPF (unité de production familiale)
à l’homme adulte valide âgé de 15 à 55 ans travaillant pendant 6 heures par
jour.[12]
Dans le tableau 7 ci-dessous
nous consignons la démographie et la Force de travail dans les exploitations
agricoles à Butembo.
Tableau 7:
Démographie et force de travail.
|
N° Code ménage |
Nombre des personnes / ménages |
Actif agricole |
Inactif agricole |
Aides |
Profession du chef de ménage |
Durée de travail |
Temps de marche (minute) |
|||||
|
|
Adulte (15 – 55 ans) |
Enfant (moins de 15 ans) |
Vieillard plus de 55 ans |
Total |
||||||||
|
|
M
(1) |
F
(2) |
M(3) |
F
(4) |
M+F
(5) |
M+F
(1+2+3+4+5) |
||||||
|
1 |
2 |
1 |
2 |
3 |
- |
8 |
3 |
5 |
- |
commerçant |
6 |
60 |
|
2 |
1 |
4 |
2 |
1 |
2 |
10 |
5 |
5 |
- |
Commerçant |
5 |
30 |
|
3 |
4 |
3 |
3 |
2 |
1 |
13 |
7 |
6 |
- |
Enseignant |
6 |
60 |
|
4 |
5 |
2 |
1 |
1 |
1 |
10 |
7 |
3 |
1 |
Commerçant |
4 |
90 |
|
5 |
2 |
2 |
2 |
1 |
- |
7 |
4 |
3 |
- |
Enseignant |
7 |
70 |
|
6 |
1 |
3 |
1 |
2 |
- |
7 |
4 |
3 |
1 |
Maçon |
5 |
50 |
|
7 |
1 |
4 |
1 |
1 |
- |
7 |
5 |
2 |
- |
Cultivateur |
6 |
30 |
|
8 |
2 |
3 |
- |
2 |
- |
7 |
5 |
2 |
- |
Menuisier |
7 |
40 |
|
9 |
1 |
4 |
1 |
1 |
1 |
8 |
5 |
3 |
1 |
Enseignant |
8 |
60 |
|
10 |
2 |
2 |
1 |
1 |
- |
6 |
4 |
2 |
- |
Vendeur |
6 |
80 |
|
11 |
1 |
1 |
2 |
3 |
- |
9 |
4 |
5 |
- |
Commerçant |
7 |
120 |
|
12 |
1 |
1 |
- |
3 |
- |
5 |
3 |
3 |
1 |
Cultivateur |
5 |
810 |
|
Total |
23 |
23 |
16 |
21 |
|
97 |
56 |
43 |
|
|
77 |
67 |
|
X |
~ 2 |
~ 3 |
~1 |
~ 2 |
0,4 |
8 |
5 |
~ 4 |
~ 3 |
|
6 |
|
Ce tableau nous montre qu’en
moyenne les ménages sont constitués de 8 personnes. Les actifs agricoles sont
en moyenne au nombre de 5 tandis que les inactifs au nombre de 4. Cependant nos
enquêtes révèlent que les ménages comportent une capacité de travail faible
bien qu’ils aient un nombre élevé d’actifs agricoles. Tout comme la plupart des
chefs de ménage, ils s’adonnent aux activités autres qu’agricoles : la
pluriactivité et le secteur informel.
La main d’œuvre occupée dans
le jardinage urbain compte en majorité des enfants de moins de 15 ans et des
femmes : il s’agit, en fait, d’une économie domestique.
La durée du travail est de 6
heures en moyenne, sans compter le trajet à parcourir chaque jour pour aller et
revenir. Ce va et vient dure deux heures.
2.2.3. Le capital.
Outre la terre et le
travail, les agriculteurs à Butembo emploient divers moyens de production dont
l’ensemble constitue le capital d’exploitation.
Les ménages utilisent du
petit matériel aratoire de fabrication artisanale locale tel que : houe,
machette, hache, serpette. Les matériels aratoires de fabrication industrielle
importés sont rarement utilisés par les ménages vu leur coût élevés.
En ce qui concerne d’autres
intrants tels que les semences améliorées et produits phytosanitaires les agriculteurs
urbains n’y accèdent presque pas à cause de leur faible pouvoir d’achat et du
coût très élevé de ces intrants.
A titre illustratif, nous
donnons dans le tableau ci-dessous les prix de quelques intrants disponibles à
Butembo.
Tableau 5 : prix de quelques intrants
importés.
|
Intrants |
Prix $ |
|
Houe Machette Semence tomate 50 g Semence poireau 50 g Ridomil 1 kg Acrobat 1 kg Pulvérisateur 16 l |
3 2 5 4 30 30 80 |
3. Résultat économique de la production des jardins.
3.1. Estimation des rendements et des revenus.
En général le rendement de différentes
cultures pratiquées à Butembo est très faible. Nous pouvons attribuer le faible
rendement au non-respect de technique agricole et aux aléas climatiques et
écologiques. Les longues distances
expliquent également le peu de soins apportés aux cultures ainsi que les
mauvais assolements. Ce qui entraîne fréquemment de faibles rendements.
A titre illustratif, nous prenons le cas de
haricot que nous présentons dans le tableau 9.
Tableau 9:
Estimation de rendement et revenu de haricot.
|
Culture |
Superficie |
Rendement (kg) |
Revenu |
|
Haricot |
10 |
50 |
12,5 |
En analysant ce tableau, nous remarquons que
le rendement de haricot sur 10 ares est d’environ 50 kg ce qui correspond à un
revenu monétaire d’environ 17,5 $ par saison culturale.
3.2. Estimation du taux de commercialisation.
Les productions provenant des jardins urbains
sont pour la plupart destinés à l’autoconsommation. Dans le tableau 10 nous présentons
le taux de commercialisation de quelques principales cultures.
Tableau 10 : Taux de commercialisation de
quelques cultures.
|
Culture |
T.C. (%) |
|
Patate douce Pomme de
terre Huile de
manioc Haricot |
45 30 15 10 |
|
Total |
100 |
Interprétation.
Ce tableau 10 montre que le
taux de commercialisation de la patate douce et de la pomme de terre, qui sont
respectivement de 45 % et 30 %, sont plus élevés que ceux de feuilles de manioc
et de haricot.
Le caractère périssable de
la patate douce et de la pomme de terre peut expliquer leur taux élevé de
commercialisation. En effet, les produits ne peuvent pas être stockés une fois
récoltés. Contrairement au haricot qui peut se conserver bien après un séchage
au soleil.
Il est à signaler que
l’effet King s’observe à Butembo lorsque la récolte de patate douce et de pomme
de terre est abondante. Ce qui n’est pas de nature à relever le revenu de
ménages producteurs de ces cultures.
En effet, King, économiste
anglais du 17ème siècle, a observé qu’au-delà d’une certaine quantité,
l’augmentation des quantités produites par les producteurs agricoles entraînait
une diminution de la recette totale de ces producteurs (Lagrange, L., 1995).
Conclusion.
Notre étude s’est proposé
d’analyser la stratégie des citadins de Butembo d’assurer leur autosuffisance
alimentaire par les jardins urbains pendant cette période de guerre. Ce travail
nous a permis de mieux comprendre les problèmes de la production de jardins
urbains sur le plan économique.
A l’absence d’une
documentation, la conduite de cette étude a nécessité des enquêtes dans la
ville de Butembo auprès des ménages et leurs exploitations. Les résultats de
nos enquêtes et nos analyses ont révélé que le stimulant nécessaire pour
réaliser l’objectif de production et l’autosuffisance alimentaire pendant cette
période difficile de guerre. Nos études, sur l’autoconsommation, révèlent que
80 % de la production de jardins sont consommés par le ménage tandis que 20 %
seulement sont mis en vente.
En ce qui concerne les
facteurs de production, ses utilisations sont très spécifiques par rapport à la
campagne. Les superficies utilisées sont insuffisantes pour nourrir un ménage.
En effet la superficie totale des exploitations dépasse rarement 40 ares. Pour
mieux rentabiliser ces petites surfaces, nous suggérons de supprimer dans la
mesure du possible les cultures à faible revenu et rendement, telle que le
haricot et les remplacer par les cultures qui valorisent mieux les surfaces
utilisées. Nous pensons que l’horticulture peut mieux rentabiliser les petites
surfaces.
Au point de vue du facteur
travail, il s’est révélé que les ménages comportent une capacité de travail
faible. En effet, la main d’œuvre s’occupant des jardins urbains est constituée
en majorité par des enfants de moins de 15 ans et des femmes n’ayant pas
d’autres activités. Les actifs s’adonnent aux activités autre
qu’agricoles. Nous suggérons une utilisation pleine de la main d’œuvre
familiale (les actifs agricoles). En outre une culture nécessitant peu de main
d’œuvre valoriserait mieux la main d’œuvre disponible.
Le capital
d’exploitation est faible. En effet, les ménages n’ont pas accès aux intrants
compte tenu de leur faible pouvoir d’achat. L’intensification du capital
d’exploitation par l’organisation micro-crédit aux ménages peut leur être
bénéfique.
Bibliographie.
Anonyme , Memento de l’Agronome.
Techniques rurales en Afrique, 4ème édition, Ministère de la
Coopération, Paris, 1984.
Ardily , Techniques de sondage,
éd. Technip, Lard, 1994.
Bublot, G., Economie de
la production agricole, éd. Vander, Louvain, 1974.
Dorin, B., « Politique
alimentaire et sécurité nutritionnelle. Le cas critique des lipides en
Inde ». in Economie rurale, n° 247,
Septembre – Octobre 1998.
F. Caillavet El V.
Michèle : « Autoconsommation et jardin : Arbitrage entre
production domestique et achats de légumes » in Economie rurale, n°
241, Septembre – Octobre 1997, pp. 11 - p.15
Grangiers et Rosaz C., Commercialisation
des produits agricoles, éd. Sirey, Paris 1972.
Lagrange, L., Commercialisation
des produits agricoles et alimentaires, L. 1995
Mafikiri Tsongo, Politique
agricole, cours inédit, UCG, 2002.
P. Moustier J. Pages : « Le péri-urbain
en Afrique. Une agriculture en marge » dans Economie rurale, n°
241, septembre – Octobre 1997, pp 48 – 55..
Piclet, G.
, Notions d’économie générale et d’économie rurale, FAO, Rome
1973,
Sivirihauma, V., Travaux
pratiques d’agriculture générale et spéciale, cours inédit, UCG, 1996
Vutsopire, R., Formation
des prix agricoles dans une économie rurale libéralisée. Cas de la cité de
Butembo et ses environs, I.F.A. / Yangambi, 1994.
ANNEXE :



[1] Dorin, Bruno, « Politique alimentaire et
sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le cas critique des lipides en
inde » in Économie rurale, n° 247, septembre – Octobre 1998.
[2]
Piclet, Guy, (1973), Notion d’économie générale et d’économie rurale,
FAO, Rome.
[3]
Idem.
[4]
Sivirihauma ,Travaux pratiques d’agriculture générale et spéciale, cours
inédit, UCG, Butembo 1996.
[5]
Darpoux et Roussel cité par Vutsopire.
[6]
Ardilly, Techniques de sondage, éd. Techniques, Paris 1994.
[7]
Lagrange, L., Commercialisation des produits agricoles et alimentaires, Lavoisier,
1995, p. 36
[8]
Bublot, G., Économie de la production agricole, éd. Vander,
Louvain, 1974
[9]
Mémento de l’agronome.
[10]
Idem.
[11]
BUBLOT, G., Économie de la production agricole, éd. Vander,
Louvain, 1974.
[12]
Anonyme, Mémento de l’agronome.