L’INDUSTRIALISATION DE LA
VILLE DE BUTEMBO : UN DYNAMISME FREINE PAR LES GUERRES DITES DE LIBERATION
https://doi.org/10.57988/crig-2348
Bruno
Paluku SARATA
Assistant
à la Faculté des Sciences Economiques à l’U.C.G.
Résumé
Ce travail est une réflexion
sur une des façons de rentabiliser les capitaux tout en contribuant au
développement socio-économique de la région d’action et du pays en général. Les
hommes d’affaires de Butembo, les détenteurs des capitaux ont en effet, pour la
plupart, tendance à croire que seuls l’achat et la revente des produits
manufacturés constituent des activités rentables. Certes le secteur commercial
fait réaliser plus rapidement le profit plus grand que dans d’autres secteurs.
En cette période de guerre, les activités commerciales piétinent. Certains
opérateurs économiques ont perdu leurs capitaux et/ou continueront à les perdre
; d’autres ont vu leurs chiffres d’affaires baisser sensiblement. Ainsi,
faut-il penser à une autre façon de rentabiliser ses capitaux ou alors le
surplus des capitaux provenant du commerce. Cette nouvelle proposition concerne
l’industrie. Elle contribue assez largement au développement socio-économique
du milieu dans la mesure où elle diminue le chômage, crée une source de recette
sûre pour l’Etat, valorise les matières locales sur place, et fait subir des
effets d’entraînement à d’autres secteurs de l’économie. Certains opérateurs
économiques venaient de prendre un élan, un bond en avant en investissant dans
le secteur industriel, mais cet élan a été étouffé par les guerres inutiles
dites de libération !.
Une question importante se
pose cependant : celle de savoir le type d’industrie à développer dans
notre milieu d’étude. Comme le financement constitue un goulot d’étranglement
important, on ne doit pas se tromper en se comparant aux pays qui se sont
industrialisés depuis des siècles ni tenter d’adopter un quelconque modèle de
ces pays. Nous devons développer une industrie qui prendra comme base l’épargne
intérieure, les investissements privés internes étant donné la démission de
l’Etat congolais. Toutefois la politique industrielle relève de l’Etat. Ce
dernier doit user de son autorité pour favoriser les investissements. En
réalité, le type d’industrie à développer ne serait pas de transposer un modèle
occidental ou un modèle des pays déjà industrialisés sous peine de se faire
livrer encore des industries «clés en mains» mais
d’adopter certaines réalités positives de ces modèles occidentaux tout en
tenant compte des besoins réels de la population, de la tradition sociale, culturelle
et politique africaine. En effet, d’innombrables activités artisanales
fleurissent dans le milieu. La révolution industrielle en Occident a commencé
sur des bases artisanales bien organisées. La tâche des entrepreneurs étant
plus ardue dans
le contexte de guerre, ils ont, donc, intérêt à s’impliquer à fond dans
l’innovation.
Introduction.
Le problème de
l’industrialisation est une question qui se pose avec force même dans les pays
à économies avancées. Avant de l’analyser, pour le cas présent, précisons
d’abord quelques concepts. L’industrialisation est un processus de
restructuration d’un ensemble économique et social sous l’influence d’un
complexe coordonné des machines. C’est un phénomène à la fois technique et
économique1 . L’industrie est un ensemble
d’activités et de métiers qui produisent des richesses par la mise en œuvre ou
la transformation des matières premières. L’usine est un établissement
industriel où l’on transforme, à l’aide des machines, les matières premières en
produits finis.
L’économie du territoire de
Lubero est caractérisée par l’agriculture et le commerce. Comme toute économie,
celle-ci a besoin d’un développement solide. Le commerce, en territoire de
Lubero, draine des capitaux énormes capables de financer une base industrielle.
Mais il est très fragile et vulnérable aux variations de la conjoncture, bien
que son profit soit le plus facile, le plus rapide et le moins coûteux. Il
n’est qu’une étape de la croissance économique. Il croît, atteint une apogée
puis décline. Alors, parler du rôle de l’industrie maintenant, c’est essayer de
prévenir le déclin de l’économie en général. C’est pourquoi, avec les
potentialités existantes en territoire de Lubero, les hommes d’affaires, les
détenteurs des capitaux, les décideurs pragmatiques doivent ouvrir la voie au
secteur qui assure le développement durable et le plus rapidement possible que
l’industrie2 . Avec l’industrie,
l’opérateur économique peut répondre à beaucoup de préoccupations : il
peut garder ses capitaux pendant plus d’un siècle et continuer à gagner tout ce
temps; il lutte contre le chômage, il crée une source
sûre des recettes pour l’Etat, il valorise sur place les produits locaux
(matières premières et produits finis), il fait subir un effet d’entraînement
positif sur les autres secteurs de l’économie.
En effet, toutes choses
restant égales par ailleurs, investir dans l’industrie n’est pas un choix à se
fixer par plaisir, mais c’est vraiment une nécessité urgente pour notre milieu.
Actuellement Butembo, grand centre commercial du territoire de Lubero,
approvisionne les autres centres, voire tout le pays, en produits manufacturés
importés depuis pratiquement 1980 alors que jadis (avant 1980) il
s’approvisionnait lui-même dans ces centres-là. Il s’agit là d’une inversion de
rôle. Quand on s’approvisionnait ailleurs, les autres étaient plus stratégiques
que nous. Quand ils viennent chez nous, nous devenons plus stratégiques qu’eux.
Ce rôle ne peut plus se renverser et être transféré à d’autres. Depuis 1996,
avec les guerres dites de libération, le problème de l’inversion de rôle
commercial risque de se vérifier parce que le pays est divisé en quatre territoires
pratiquement autonomes sur le plan politique et économique. La question majeure
consiste à se demander quel est l’impact de ces guerres sur l’industrialisation
de la ville de Butembo ?
Les problèmes ainsi posés
suscitent quelques hypothèses explicatives :
1. A supposer que les
clients tournés vers le centre de Butembo découvrent d’autres marchés beaucoup
plus intéressants ou qu’ils peuvent eux-mêmes importer ; le commerce à
Butembo va se trouver devant une impasse alors les chiffres d’affaires vont
stagner ou même baisser pour certains. D’où il faut songer à une autre façon de
rentabiliser ces fonds ou seulement les excédents. Cette nouvelle proposition
concerne l’industrie. Mais avec ces guerres que nous connaissons depuis 1996,
quel sera le sort de cette industrie..
2. Si l’économie et la politique
de la RDC se ressaisissent et qu’à l’intérieur du pays on ait des marchés beaucoup
plus compétitifs que Butembo, soit encore que la politique économique et
financière promulgue des lois pour prohiber certaines importations dans le
souci de protéger les fabriques nationales, le commerce ne va-t-il se trouver
devant des impasses pour entraîner une fuite des capitaux dans d’autres régions
du pays, et même dans d’autres pays ?, Pourtant ces fonds devraient être
réinvestis dans le pays ou mieux encore dans notre région et ses environs.
C’est pourquoi il semble ingénieux de songer à investir le surplus du commerce
quelque part et impérativement dans l’industrie, mais il est probable que les
guerres dites de libération aient freiné l’industrialisation naissante à
Butembo.
Ainsi pour atteindre notre
objectif et concrétiser nos hypothèses résumées dans la stimulation des
opérateurs économiques à investir dans l’industrie, nous avons utilisé
l’observation libre, l’observation documentaire et la méthode historico-comparative.
Nous sommes d’abord partis du début de l’industrialisation dans les pays dit
développés puis de certains pays nouvellement industrialisés. Cela, en vue de
cerner les paramètres qui peuvent freiner l’évolution de l’industrie dans le
milieu d’investigation (obstacles) et ceux qui peuvent servir de tremplin pour
nous lancer (préalables) et montrer enfin le rôle de l’industrie dans notre
milieu.
La difficulté majeure
rencontrée au cours de nos observations est celle de ne pas accéder à toutes
les informations détaillées de chacune des entreprises industrielles et
commerciales de la place, information cachées par les
responsables pour ne pas entrer dans ce qu’ils appellent « secret
d’affaires ». Toutefois cela ne nous a pas interdit d’analyser les observations
reçues.
2. Aperçu général sur le
début d’industrialisation des pays à économies avancées.
a-
Introduction.
Au Moyen-Age déjà,
l’organisation économique était centrée autour de la terre. C’était le système
féodal ; la terre appartenait au seigneur et les hommes qui la cultivaient
et y vivaient étaient dépourvu de propriété. A côté de cette structure agraire,
il existait une toute petite industrie artisanale à laquelle s’adonnaient des
serviteurs spécialisés du château fort du seigneur. Des femmes filaient,
tissaient, blanchissaient et confectionnaient des vêtements et quelques hommes
travaillaient le cuir et le fer 3. Dès la
fin du XIème siècle, un commerce international apparut en Europe. Il prit sa source
dans les croisades et l’immense mouvement des populations. Ce fut la création
des grands centres urbains, des villes et le commencement d’un petit commerce.
C’est ainsi qu’au petit début du commerce au XIème, XIIème et XIIIème siècles
va se succéder au XVIème une poussée du capitalisme commercial et très vite
financier mais pas encore industriel4.
En Grande Bretagne tout
d’abord, entre la fin du XVème siècle et le début du XVIIIème siècle, le
système domestique se généralisa dans le traitement de la laine. Les familles
paysannes, mi-artisanes se livraient à ce travail avec des outils très simples.
Des corporations ou associations des paysans et des métiers tendent à se former
et à cette époque l’industrie du drap devint la richesse fondamentale du pays.
Sur base de cette industrie domestique et des marchands, les capitaux ont été
accumulés lentement, préparant les conditions pour lesquelles s’exprimera une
autre poussée capitaliste qui réussira à aboutir à la révolution industrielle.
Cette révolution s’est accomplie très lentement et elle s’est étalée sur près
de deux siècles.
La révolution industrielle a
été préparée et rendue possible par une modification profonde du sens des
valeurs de civilisations. On assiste à la recherche, par tous les moyens, de la
transformation totale de la conception que l’homme se fait de son travail
professionnel. On mobilise toutes les énergies tant physiques que morales ainsi
que toutes les ressources naturelles et humaines en réprimant toute les petites faiblesses. On a même utilisé des
principes bibliques qui tournaient autour de la considération du travail comme
une activité naturelle à l’homme, qui devrait normalement s’identifier au jeu
et que l’oisiveté est un péché car avec lui on essaye d’échapper au châtiment
commun. Bref, il fallait faire comprendre que « celui qui ne travaille pas
ne doit pas manger » 5. Ce qui
a permis des résultats économiques qui étonnent l’univers aujourd’hui.
N.B. : Lorsqu’on parle
de « révolution industrielle », on est tenté de penser qu’il y a un
changement brutal dans la production de divers secteurs de l’économie et qu’en
quelques années tout s’est transformé. La réalité est toute autre. La
révolution industrielle a duré un demi-siècle et les gens qui ont vécu cette
période l’ont réduite à une simple transformation tellement que ce fut insensible
et lent.
b-
Quelques cas :
En Angleterre, la
transformation des techniques a commencé en agriculture (laine, coton, …), puis
en transport, enfin elle s’est étendue à l’industrie. Le traitement traditionnel
de la laine et les opérations de la flotte commerciale vont entraîner un début
d’accumulation du capital financier qui servira à financer le secteur
industriel proprement dite.
La France paraissait, au
départ, mieux préparée que la Grande-Bretagne. Elle était en cette fin du
XVIIIème siècle plus peuplée et plus riche que cette dernière mais elle connut
un retard considérable pendant le XIXème siècle, retard dû à des facteurs
multiples 6. Ce n’est qu’entre 1830 et 1848 que se
manifeste un début de progrès économique qui trouve son
origine effectif en 1846 à partir d’une crise caractérisée par la
mauvaise récolte (conséquences : menace de la famine, hausse des prix
agricoles, …), mais aussi à partir de la raréfaction des importations du coton
(conséquences : fermeture d’entreprises textiles, chômages, …) Avec ces
différentes crises consécutives, l’étude des nouvelles méthodes de travail a
permis un décollage sensationnel.
Aux Etats-Unis, les données
sont différentes de celles des pays européens. Il s’agit d’un pays neuf où l’on
ne trouve ni trace de féodalité ni de bourgeoisie quelconque. C’est avec
l’apparition de l’esclavage qu’il s’est développé une mise en valeur des terres
et l’agriculture, accompagnée des trafics de région à région, était à l’origine
de développement économique. C’est de cette agriculture que tout va
partir :
- des prélèvements réalisés
sur des paysans et artisans servaient pour financer la création
d’industries ;
- ces paysans et artisans
constituaient un marché potentiel pour ces industries, l’exaltation du travail
créateur (rôle de la recherche – innovation) avec le payement des salaires
élevés aux pionniers a permis à ces industries de prendre un élan considérable.
En Allemagne, l’évolution
économique va présenter un caractère particulier. Jusqu’au début du 19ème
siècle, elle était essentiellement rurale avec un régime de l’artisanat
domestique répandu dans les campagnes. L’industrie artisanale va se concentrer
entre les mains de quelques grandes familles qui recevaient la protection et
l’aide de l’Etat, après 1870 et c’est le départ en flèche. Une autre
caractéristique à la base de ce départ est qu’il s’établit, entre 1870 – 1971, une
osmose entre le système commercial, le système bancaire et le système
industriel puis entre la recherche scientifique et l’organisation industrielle.
En Russie, on connaît un
retard encore plus grand. Ce n’est qu’à partir de 1880 que l’on constate quelques
changements dans l’agriculture. Ici aussi, l’industrie était d’abord née dans
les campagnes comme en Europe occidentale sous forme d’industries artisanales
domestiques. En fait l’économie Russe était dirigée par les bureaux de Moscou.
Les bureaucrates donnaient les directives, autorisaient la création d’usines et
déterminaient au mieux ce qu’il fallait faire de part un plan.
Au Japon, on trouve une
évolution curieuse. Il va réussir à habiller sa structure féodale des vêtements
empruntés à l’Occident tout en gardant sa personnalité et en tirant les rideaux
de fer dans le sens inverse. Ici il n’y a pas eu d’écarts entre la ville et la
campagne. La campagne s’est industrialisée, des petites industries se sont
créées à partir des ressources provenant de l’exploration de la soie et du
textile, ce qui a permis la naissance des petites villes au milieu de la
campagne. De l’autre côté, un consensus social a été développé, l’ouvrier est
très lié à son entreprise qu’il considère comme sa famille et celle-ci considère
l’ouvrier comme son enfant7.
La Chine présente des
caractères propres correspondant aux problèmes particuliers qui se posent
aujourd’hui aux pays sous-développés. On distingue notamment les données
géographiques, démographiques, historiques, la structure politique et certains
aspects de la révolution agraire. Après la 2ème guerre mondiale, la
Chine concentre toutes ses ressources sur l’industrie lourde et sacrifie
l’agriculture. Dans ce procédé elle connut des multiples échecs et finalement
elle abandonna la priorité de l’industrie lourde dès janvier 1961 puis déclara
l’agriculture comme fondement de la vie économique du pays et reconnaîtra en avril
1962, la nécessité d’une industrie légère. L’expérience a montré qu’il fallait revenir
au village et partir d’un industrialisme familial adapté au progrès des
récoltes. Avec cette stratégie, on constate qu’aujourd’hui, la Chine prend un
grand bond en avant.
Finalement toutes ces étapes
de début d’industrialisation dans les pays à économies avancées semblent prendre
un caractère presque identique dans tous ces pays. Nous les avons illustrées
ainsi : tout a commencé par l’agriculture. L’agriculture a été à la base
de l’artisanat familial dans les villages, mais les paysans se sont rendu
compte que l’artisanat familial ne suffisait pas et qu’il faut créer des
associations artisanales pour intensifier les activités et accumuler des
capitaux importants après la vente. Les capitaux accumulés par la vente des
produits agricoles et artisanaux ont permis de financer l’industrie en même
temps que cette dernière utilise ces produits (inputs) pour faire sortir des
objets (outputs) qui seront à leurs tours échangés afin d’accumuler les
capitaux qui financent les mêmes activités et la modernisation de
l’agriculture. On retrouve un processus cyclique. Et Josué Castro écrit
« ce serait une erreur de miser sur l’industrie en négligeant
l’agriculture, une erreur d’attendre le progrès social de la seule
industrialisation accélérée8. Dans
les pays nouvellement industrialisés, le processus est presque le même que dans
les pays anciennement industrialisés.
c-
Deux cas particuliers des nouveaux pays industrialisés.
Etant donné que notre étude
ne consiste nullement à faire l’historique des pays qui s’industrialisent, nous
nous intéressons ici encore au cas particulier de deux pays en voie de
développement seulement, le Brésil et la Corée du Sud9.
Au Brésil, l’industrie a
joué un rôle moteur de la croissance de 1930 à 1980. Après 1980 il a connu une
chute vertigineuse, entretenue par les trois virus des déficits publics, de
l’hyper-inflation et de la baisse des investissements, à tel point qu’il a été
qualifié par la Banque Mondiale de « mauvais élève »)10, mais plus tard, il réussira à redorer
son blason terni. Comment cela s’est-il passé ?
Jusqu’à la fin du 19ème
siècle, les classes dirigeantes qui étaient restés libre-échangistes, préféraient
importer plutôt que de promouvoir l’industrie. Ce qui aurait fait monter le
prix de la main-d’œuvre des plantations. Les premières impulsions sont données
par la guerre 1914 – 1918 qui, coupant le Brésil de ses fournisseurs et
clients, révèle les faiblesses d’une économie spécialisée dans l’agro-exportation.
En 1920, l’agriculture occupe encore 70 % des actifs et génère plus de 80 % des
exportations. En cette période on ne compte que 275.000 actifs industriels
principalement dans l’agro-alimentaire et le textile, de 1931 à 1940 on compte
780.000 actifs. L’industrialisation s’accélère après la guerre 1939 – 1945, la
production triple de 1947 à 1961 et les actifs industriels passent de 4,8 % en
1949 à 14,2 % en 1964. (Français, A., 1981, p.p. 63-89)
Si le Brésil a fini par se
doter d’un tissu industriel relativement complet selon les normes occidentales,
cela résulte de la politique industrielle mûrement programmé (protection du
marché intérieur, incitation à l’exportation, aide au financement industriel.
(Banque Mondiale, Rapport de développement, 1983).
En Corée du Sud, une réforme
agraire limitant à trois hectares par personne la propriété de terre cultivable,
avait été promulguée dès 1948 et appliquée à la fin de la guerre de Corée. Le
soutien donné à l’agriculture : distribution de semences et d’engrais,
travaux d’irrigation … avait assuré pour quelques années au monde paysan des
ressources et à l’industrie légère le support d’un marché intérieur limité mais
sûr. Un grand nombre de petites entreprises était alors développé qui utilisait
une abondante main-d’œuvre dans le textile et l’agro-alimentaire. Ces emplois,
ces salaires très modestes mais réguliers n’assuraient à la population que des
moyens d’existence encore médiocres ; mais le fait marquant c’est que la Corée
devait s’alimenter et se vêtir « coréen ». La production nationale
trouvait sur place ses premiers consommateurs. Le marché intérieur devient un
point de départ et il faut maintenant conquérir le marché international après
avoir saturé le marché national. Sur cette base, s’installera rapidement une
véritable industrie.
A partir des années
soixante, l’économie est orientée résolument vers l’exportation des produits
industriels. La Corée avait commencé à exporter des vêtements que ses ouvriers
confectionnaient à partir des tissus importés. Puis les bénéfices des
exportations avaient permis de se procurer les machines produisant fil et
tissu. On passait ensuite à la fabrication des fibres synthétiques et enfin, à
celle des machines textiles elles-mêmes11
. « A la fin des années 1950, la Corée était importatrice nette de
produits textiles, mais en 1968, ces produits représentaient 50 % de ses exportations
totales (…). La Corée finira par vendre des usines textiles clé en main au
Bangladesh et au Soudan »12.
3.
Le Commerce à Butembo et le Cheminement vers l’Industrie.
1° Evolution du Commerce à
Butembo.
Nos observations sur cette
évolution s’arrêtent jusque 1995 et mi-1996 car à partir de la deuxième moitié
de 1996, la guerre de libération du pays (Zaïre, actuellement R.D. Congo) est
intervenue et les activités ont été à désarroi. Lorsque les activités
commerciales voulaient reprendre un peu leur souffle en 1997 – 1998, une
deuxième guerre est intervenu en août 1998. Nous
sommes obligés de considérer la période 1999 – 2000 pendant que ce pays est en
guerre car nous ne savons pas quand elle prend fin ; étant donné surtout
que le commerce n’a pas cessé.
La ville de Butembo, actuel
grand centre commercial, parmi les plus grands du pays, date de 1928. Avant
qu’elle ne se constitue, il existait un village dénommé « Lusando » situé vers le Sud sur la route de Goma. En
plus de leur principale activité reconnu à l’époque
(l’agriculture), les habitants se livraient au commerce du sel en provenance de
« Katwe » sur la rive Nord du Lac Id-Amin
en Ouganda, ce qui peut d’ailleurs être considérée comme le début du commerce
extérieur 13.
Malgré que ce commerce ait
tardivement captivé l’attention de l’opinion publique, ses débuts datent de
l’époque précoloniale. Comme dans bien d’autres régions africaines, les échanges
précoloniaux s’effectuaient sur le principe du troc. Les biens échangeables
étaient le sel, les métaux (cuivre, fer), les produits de forge (houe, serpe,
lance), poisson, haricot, céréales, boissons, les huiles et végétaux à pouvoir
curatif. En effet, le pouvoir coutumier tolérait l’esprit d’initiative privée
par opposition à certaines dispositions dans d’autres communautés du Kivu
montagneux où des bami* auraient eu tendance d’étouffer
l’esprit mercantile. Dans ces dernières communautés (par exemple chez les Bashi de la collectivité de Kabare, chez les Bahunde des collectivités de Bwito
et de Bwisha), un vassal qui s’enrichirait plus que
son mwami serait mal vu car non autorisé à devenir autant ou plus riche
que son mwami14. La tolérance
d’initiatives privées avait beaucoup favorisé le développement commercial et
agricole Yira*. Cette attitude a
développé un esprit selon lequel tant qu’on connaît un individu, on tente
toujours à se mesurer à lui et prouver qu’on peut le dépasser, cela est souvent
exprimé ouvertement entre Yira et dissimulé envers
des inconnus. Il s’est développé une concurrence constructive et non
destructive.
En effet, à la suite de
cette tolérance d’initiatives privées, en partant des types d’activités
exercées, du niveau d’organisation des affaires, de la nature des articles
commercialisés, de la capacité de rayonnement dans l’environnement, certaines
étapes se sont succédé.
- La première forme
d’échanges modernes exercés par les habitants du territoire de Lubero, et
particulièrement du centre de Butembo, est le commerce ambulant qui remonte aux
années 194015. Les anciens salariés
de l’époque (vendeurs dans les établissements commerciaux grecs,
« boys »* et
ouvriers des colons, …) qui avaient su bénéficier de leurs emplois, ont entrevu
de fructifier leur argent issu du salaire. Les adeptes protestants qui
consacraient une bonne partie de leur temps à se promener dans les centres des
prédications ont vite découvert les besoins des peuples contactés. Ainsi, tout
en étant prédicateurs – évangélistes, ils se sont transformés en commerçants
ambulants, enfin, les artisans (forgerons, vanniers, …), les éleveurs et
chasseurs, les agriculteurs, les pharmaciens (des huiles et végétaux à pouvoir
curatif) qui habitaient les voisinages des colons, avaient noués des relations
qui leur permettaient de s’assurer un marché auprès d’eux, ce qui leur
procurait des revenus de plus qui leur permirent d’accumuler des capitaux et
d’agrandir leur marchandage, puis d’ouvrir des boutiques.
- La deuxième étape fut l’ouverture
des boutiques. Jusque vers les années 1950, le commerce était légalement tenu
par les Grecs dans les grands centres des zones de Lubero et de Beni. En 1951,
les Grecs commencent à éparpiller des succursales en milieux ruraux. Les
quelques autochtones ayant l’esprit d’imitation commencent à ouvrir des petites
boutiques dans leurs milieux. Les boutiques des autochtones connurent un succès
inattendu à cause de la facilité d’achat qu’ils accordaient à leurs semblables
(les achats à crédit). Vers 1955 – 1956, certains boutiquiers qui avaient la
facilité de se déplacer, furent mandatés par des expatriés installés dans les
centres urbains importants comme Kisangani, Goma, Bunia, Butembo, Bukavu, pour
leur acheter des produits agricoles locaux tels que les légumes, les céréales,
le haricot, la farine de manioc, maïs, … Cette nouvelle perspective commerciale
encourageant les agriculteurs à travailler davantage car le marché venait de
s’étendre et les boutiquiers locaux n’agirent plus comme représentants mais commencèrent
à mettre leurs propres fonds en jeux, ce qui leur occasionna des rentrées
considérables.
Du point de vue du
transport, seulement les expatriés avaient des véhicules, mais avec l’essor
commercial, les autochtones se dotèrent très vite de leurs moyens de transport
vers 1957-1958 .Ce qui leur facilita l’acheminement de leurs produits
agricoles vers les centres urbains les plus éloignés où les prix étaient plus
intéressants et en retour ils avaient découvert la possibilité de
ravitaillement de leurs boutiques en produits manufacturés, achetés dans les
centres, et dont la population locale avait besoin.
Cette évolution permit aux
commerçants Yira d’ériger à Butembo et à Beni des
maisons de commerce au même pied d’égalité que celles des Grecs dès les années
1957-1958.
- La troisième étape
consiste au développement du commerce frauduleux dès 1962 qui eut sa source
dans l’insécurité qui
avait suivi le départ de l’administration coloniale lors de
l’indépendance du pays en 1960. A cause de cette insécurité, le pays Yira* connut
des problèmes dans le cadre de ses relations avec certaines régions du pays.
Par exemple, les relations commerciales avec la province orientale furent
compromises par l’insurrection des « Mulelistes »,
au sein même de la province du Kivu à l’époque, des conflits tribaux aboutirent
à la paralysie quasi-totale des échanges commerciaux entre Butembo et Goma.
Ainsi privé du marché de la province orientale et du Sud-Kivu, les commerçants Yira ne veulent pas rester oisifs ou thésauriser leurs
capitaux. C’est le début du commerce informel. Ils se tournèrent vers l’Ouganda
et le Kenya où ils écoulent à bon compte leurs produits agricoles (Café, thé, papaïne, ..) et d’autres produits tels que l’or, les pointes
d’ivoire, les peaux rares, … ce qui devint un marché plus payant que dans les
autres régions du pays. Vers 1966, quand le pays commençait à reprendre son
souffle avec le retour de la paix, le commerce frauduleux commença à devenir
trop risquant. A partir de 1973, les succursales bancaires instaurèrent une
politique sélective d’octroi des crédits qui préconisait la pratique du
commerce formel pour bénéficier du crédit.
En 1982, l’ouverture
officielle des comptoirs d’achat d’or pratiquant des cours supérieurs à celles
en vigueur déséquilibre le marché Est-Africain. Le commerce local rentre dans
son cadre plus ou moins formel avec l’implantation à Beni et à Butembo des
sociétés agrégées par l’Etat (on peut citer la CUGEKI, SOZADEX, PLANOKI, ENRA,
CAPACO, CAFEKIT, QUALITEX).
- La quatrième étape est
celle de la structuration d’un marché local qui fait la primauté de Butembo comme
centre commercial. Le marché de Butembo était constitué par les produits
agricoles. Il faisait l’objet d’une source importante des fonds compte-tenu de
la quantité produite et d’autant plus que la vente de ces produits permettait
aux commerçants Yira de s’approvisionner en produits
manufacturés à partir d’autres régions du pays. La primauté de Butembo comme
centre commercial résulterait du fait qu’il eût concentration d’opérateurs
économiques (et d’activités commerciales) venant de tous les horizons du pays Yira (région où vivent les Wanande).
- la cinquième étape est
celle de la prédominance du marché régional. Sur le plan régional c’est-à-dire
à l’intérieur du pays, c’est surtout la province orientale qui avait constitué
le partenaire commercial le plus important par rapport à d’autres régions. Les
villes de Kisangani et Isiro avaient toujours représenté des débouchés les plus
importants des produits vivriers de Beni-Lubero ; elles ravitaillaient en
retour cette sous-région en produits tels que l’huile de palme, bière, savons,
ciments, tissus, .. et dans
ce sens le moyen de transport a été bénéfique. Cet atout de rentabilisation du
transport est absent dans presque beaucoup de centres. Par exemple, les
relations d’affaires sont demeurées pauvres, même jusqu’à ces jours, entre le Nord
et le Sud-Kivu par manque de complémentarité commerciale, le sens
d’exploitation étant unique du nord vers le Sud, du Sud ne venant pas beaucoup
de choses par rapport à la Province Orientale. En revanche, Butembo
s’approvisionnait en certains produits indispensables à partir des villes de
Goma et Bukavu (carburant, sucre, cigarettes, tôles ondulées, …), villes qui
servent de transit, à cause des aéroports, pour les opérations commerciales
avec la province du Katanga (Shaba), des Kasaï, de Kinshasa, … voire du Rwanda
et du Burundi à partir des années.
L’infrastructure routière
étant très délabrée, les marchés locaux se sont substitués par le marché
ougandais jusqu’actuellement (l’an 2002). La persistance voire le renforcement
de la crise que traverse la République Démocratique du Congo entraîne une
disparition de la structure économique et sociale déjà existante. De ce fait,
les commerçants Yira, prévoyant leur étouffement et
pour l’éviter, étant donné que le pays Yira est
enclavé par rapport aux autres centres du pays, se sont tournés vers l’Est de
la RDC. Ainsi, l’Asie, l’Afrique de l’Est, aujourd’hui l’Europe et l’Amérique
se sont vu relégués la place du marché d’approvisionnement des Yira en produits manufacturés, pharmaceutiques,
alimentaires, place qu’occupaient jadis les autres centres du pays. A un
certain moment, Butembo a fini par approvisionner presque tous les centres du
pays en divers produits importés, les rapports d’échanges étaient tels que rien
n’était ramené quasiment d’ailleurs (c’est-à-dire des autres régions du pays).
Actuellement avec l’avènement des guerres dites de libération (1996 et 1998)
certains centres ne sont plus approvisionnés en produits venant du pays Yira suite à l’impraticabilité de l’infrastructure routière
et l’insécurité (cas de l’axe Kisangani et de l’axe Goma).
- La sixième étape est celle
de la prédominance du commerce extérieur. Nous avons déjà dit plus haut que la
situation d’enclavement du pays Yira par rapport à
l’unique voie d’accès à la mer (le port de Matadi) avait conditionné le choix
de l’Afrique de l’Est comme partenaire commercial privilégié avant que ce
commerce ne s’étende sur l’Asie, l’Europe et l’Amérique. Les jeunes
commerçants, courageux, déterminés à améliorer leurs conditions sociales et
guidés au départ par l’esprit d’aventure, ont pu rencontrer des difficultés
inhérentes aux longues distances à parcourir, l’Etat Congolais ne
subventionnant quasiment pas les milieux ou n’y investissant jamais. Pour
surmonter ces difficultés, ils ont réussi à se doter des véhicules poids
lourds, important charroi automobile, puissant et capable de supporter l’état
délabré des routes abandonnées par l’Etat congolais (zaïrois à l’époque). Avec
l’évolution des affaires, la capacité de transport de ces véhicules devrait être
accrue, et vu l’importance des transactions, il faut bien comprendre les
problèmes que l’usage des véhicules peut engendrer ; le coût du transport
est excessif.
Pour ne pas être trop long,
nous concluons qu’actuellement le commerce à Butembo est un commerce
d’import-export. L’importation concerne divers produits manufacturés qu’il
serait superflu de citer ici car avec le délabrement de l’infrastructure
économique, le Congo ne produit plus rien ou presque rien ; les produits
étrangers étant plus compétitifs par rapport à ceux que l’on pouvait produire
localement. L’exportation concerne particulièrement les produits agricoles
(bois, café, papaïne, thé sec, écorces de quinquina, …) les produits miniers
(or, diamant, colombotantalite ou coltan,
cassitérite, …) ; les produits vivriers faisant l’objet d’une consommation
d’autosubsistance (mais une partie est exportée vers l’Ouganda et le Rwanda au
détriment de la population locale surtout avec l’avènement des guerres dites de
libération soutenues par ces pays.). Pour ce faire, il
nous est impérieux d’illustrer l’importance de quelques importations (en quantité)
dans les tableaux ci-dessous pour essayer de montrer combien les capitaux
s’enfuient du pays pour enrichir les autres pays, alors que ces mêmes capitaux
pouvaient être investis localement sans prétendre mettre fin aux importations, par
exemple, des matières premières et des équipements indispensables.
Tableau illustratif des
importations des centres de Butembo et de Beni en quantité de containers, m3
et unité ayant traversé seulement la douane de Kasindi* de Janvier 1990 à décembre 2001.
|
Années |
Marchandises diverses en
container |
Produits pétroliers (en m3) |
Véhicules (par unité) |
|
1990 |
1577 |
37.526 |
162 |
|
1991 |
1604 |
37.694 |
178 |
|
1992 |
1632 |
38.262 |
181 |
|
1993 |
1638 |
38.102 |
185 |
|
1994 |
38.345 |
38.345 |
194 |
|
1995 |
1611 |
34.941 |
161 |
|
1996 |
673 |
720 |
45 |
|
1997 |
750 |
43.360 |
115 |
|
1998 |
807 |
10.151 |
144 |
|
1999 |
1039 |
12.143 |
157 |
|
2000 |
1357 |
14.387 |
208 |
|
2001 |
1386 |
20.320 |
138 |
|
Total |
15.772 |
525.941 |
1.932 |
Source : Archives de l’OFIDA
/ Butembo


Notre enquête relève,
à travers ces graphiques, que pendant la période considérée, les trois composantes
(Marchandises diverses, produits pétroliers, véhicules) évoluent presque dans
le même sens. Les importations des produits pétroliers et des véhicules évoluent
de façon identique de 1990 à 1996 ; mais celles des marchandises diverses
connaissent des petites baisses en 1994 et 1995 pour rencontrer une chute
vertigineuse avec les autres produits en 1996 ; période où la guerre dite de
libération avait éclaté. En 1997 il y a eu une certaine remontée due à la
période pendant laquelle le pays a enregistré une certaine accalmie relative de
l’après guerre. Ce record serait dû aux mesures spéciales de la révision des
droits et taxes sur les importations pendant certaines périodes de l’année. Ce
qui a permis aux commerçants de déclarer l’entrée de leurs stocks qui
traînaient à Mombasa et de majorer excessivement les achats surtout pour les
produits pétroliers pour profiter de la dérogation. En 1998, il y a encore eu une
descente en flèche des importations des produits pétroliers due à l’avènement
de la deuxième guerre à partir du mois d’août. Mais les importations des autres
composantes (marchandises diverses et véhicules) enregistrent une certaine
croissance due aux avantages douaniers accordés par le pouvoir rebelle.
Il sied de faire remarquer
que cette croissance relative observée avant 1990 puis de 1990 à 1995 a
entraîné une certaine accumulation des capitaux des commerçants qui venait de produire
un élan vers le financement et la création des petites unités de production à
caractère industriel. Nos enquêtes nous ont renseigné que c’est pendant cette
période que les unités de productions citées au point 3.2.b ont été prospères
et que certaines d’entre elles ont été créés ainsi que beaucoup d’autres
activités artisanales que nous verrons au point 3.2.c. Cet élan a été étranglé
par les guerres dites de libération avec toutes les conséquences possibles.
Cette façon de voir les
choses nous amène à comprendre et à faire croire à vous lecteurs, en
s’inspirant des lignes précédentes, qu’en fait les commerçants de Butembo sont
capables de cheminer vers les activités industrielles qu’elles soient
artisanales ou modernes peu importe, pour un développement durable du milieu d’action
et du pays en général.
2° Le cheminement vers
l’industrie.
a) Introduction.

Nous pensons compte
tenu de ce qui précède que Butembo, est déjà au niveau d’aller vers
l’industrie. Avec l’histoire des pays industrialisés que nous venons de brosser
quelque peu, tous les pays industrialisés sont passés par la réforme agraire au
commerce jusqu’à l’industrie. Dans notre milieu d’investigation, il s’avère
clairement que les grands commerçants de Butembo ont obtenu leurs fonds de
démarrage dans l’agriculture en plus des anciens vendeurs dans les magasins des
grecs, des boys et des missionnaires protestants. Les uns cultivaient du café,
les autres des produits vivriers (choux, poireaux, pomme de terre, manioc,
haricot, maïs, …). Ils les transportaient de Luotu, Masereka, Kayna, Muhangi vers Butembo,
Goma, Isiro, Kisangani, Kinshasa, … Peu après ils ont commencé à se diriger
vers l’Est du pays (Ouganda, Kenya) où ils acheminaient clandestinement les
matières précieuses (surtout l’or) et les ivoires..
Aujourd’hui ils se dirigent vers l’Asie, l’Europe et l’Amérique. Si l’on peut
être capable d’importer de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique, ce qu’on
dispose des moyens considérables dont le surplus des transactions commerciales
peut, nous le pensons, financer une base industrielle locale solide si on s’y
met avec courage et sérieux.
Certains
auteurs affirment que pour s’industrialiser, l’Afrique doit faire forcément
recours à l’Occident car elle n’a pas de techniciens qualifiés de moyens pour
transformer les matières, de fonds pour financer les activités industrielles
très complexes, …
Nous
ne sommes pas du tout d’accord avec ces avis. Nous nous imaginons qu’en Afrique
nos ancêtres fabriquaient des bracelets en cuivre, du matériel tel que lances,
couteaux, habits, … à partir des pierres taillées, des peaux de bêtes, des
écorces d’arbre, … C’était déjà le début de l’industrie qui était encore
artisanale. Ce savantisme de nos ancêtres a été
détruit par le colonisateur à partir de la période coloniale en faisant
comprendre aux africains qu’il n’y a que ce que fait l’homme blanc qui soit
bon, et nos ancêtres ont suivi aveuglement ce slogan en ne continuant pas ce
qu’ils avaient déjà entrepris. On continue à trouver, aujourd’hui, en ce début
du 3ème millénaire certains africains moins avertis qui soutiennent
qu’il n’y que l’homme blanc qui puisse fabriquer ce qui est bon et appréciable.
En effet, l’industrie ne
sous-entend pas seulement un complexe sophistiqué des machines modernes.
L’industrie est un ensemble d’activités et de métiers qui produisent des
richesses en transformant les matières premières en produits finis. Donc toute
transformation des matières premières est une activité industrielle. Que cette
transformation soit artisanale ou modernisée, peu importe mais c’est déjà une
activité industrielle. C’est ainsi que l’on distingue l’industrie du type
artisanal et l’industrie moderne.
Notre proposition de vouloir
conseiller les opérateurs économiques à investir dans l’industrie, ne veut pas
dire qu’il faut fortement rechercher des installations plus modernes qui
coûtent très chers et qu’on ne saura pas se procurer car très souvent les
ressources financières constituent un goulot d’étranglement. Il serait
souhaitable de voir comment créer des structures qui faciliteraient l’imitation
des technologies avancées qui, peut-être, nous serviront de tremplin pour lancer une technologie
appropriée. En effet, un stade technologique artisanal correctement outillé
pouvait être nécessaire au lieu de nous compliquer en nous faisant livrer des
industries « clés en moins » pour lesquelles il faut arrêter la
production lorsqu’on se bute à un petit problème d’ordre technique. On a même vu
précédemment que le Japon, qui est une puissance industrielle aujourd’hui, a
commencé par imiter ce qui se faisait en Occident, pour essayer de
perfectionner son artisanat au niveau même des villages et c’est après avoir
maîtrisé le fonctionnement des petites unités de production que les dirigeants
et les ouvriers ont amélioré leurs qualifications et sont arrivés à des grandes
industries.
b) Les industries existantes à
Butembo et environ.
Dans notre milieu d’analyse,
nous observons que certains commerçants clairvoyants et plus ou moins avertis
ont quand même songé à investir dans l’industrie en milieu local malgré les
crocs à jambes qui leur sont administrés par l’environnement économique et
social dus à l’absence de l’encadrement de l’Etat. D’autres l’ont fait dans
d’autres régions du pays où les possibilités de production, d’écoulements, peut-être
même les infrastructures, leur sont favorables. C’est le cas de Tsongo Kasereka
avec la Silver Mousse et une Tollerie à Kinshasa, de
M. Mbanga avec Socituri à Isiro
etc. Nous pouvons citer aussi à titre d’illustration dans un tableau quelques
usines industrielles et semi-industrielles installées à Butembo et environ
jusqu’en Avril 1995 ainsi que les activités artisanales opérationnelles et
celles qui peuvent être développées pour servir de base à une industrie
naissante.
|
Usines
industrielles et semi-industrielles a Butembo et environ |
Activités
artisanales opérationnelles a Butembo |
|
1.
La menuiserie industrielle de Butembo (MENUIBO) |
1.
Tannerie ou maroquinerie |
|
2.
La menuiserie industrielle de Butembo (MENUIBO° |
2.
La forge |
|
3.
La Briqueterie Industrielle de Butembo (BRIBO) |
3.
La fabrication du cirage |
|
4.
L’huilerie de la CETRACA pour la fabrication de l’huile de soja et
d’arachide. |
4.
La savonnerie artisanale |
|
5.
Les usines à café : - ABC / KIKYO, KAVALE, - CAFEKIT - CUGEKI - ESCO – ZAIRE - KAHERERO - KATALE - MBANGA |
5. La Brasserie du vin. |
|
6. Les 150 moulins à maïs. |
6. La fabrication des ustensiles en aluminium. |
|
7. Les 30 garages mécaniques. |
7. La fabrication des malles. |
|
8. L’huilerie et le poulailler de
l’ESCO-ZAIRE |
8. Autres activités : Du bois pour la
fabrication du mobilier, la construction des maisons en planche, … |
|
9. La briqueterie Maurice de la Procure |
9. Presse des briques cuites ou briques adobes
et des tuiles. |
|
10. L’usine MBENE de Kyondo pour la
fabrication des bonbons. |
|
|
11. Les menuiseries Bunyuka
Kwenzere, Kwali, Kambali, Musienene. |
10. La fabrication des presses à brique, des
presses à huile, des vanneuses, des moulins,… (Par
l’atelier Munyangulo) |
|
12. Les imprimeries : Musavuli, des Sœurs Orantes, Imprimaki. |
|
. Nous ne citons pas la Minoki (minoterie du Kivu) pour la fabrication de la farine
de froment et le Complexe Théicole de Butuhe pour la
fabrication du thé sec car ce sont des Entreprises publiques. Sur la précédente
liste nous pouvons ajouter l’usine SAIBU (Savonnerie Industrielle de Butembo)
de M. Katasohire pour la fabrication du savon qui n’a
commencé ses activités qu’en 1998 mais installé en 1994 – 1995.
c) L’artisanat :
Nous pouvons, à la suite de
ceci, relever quelques cas des organisations artisanales que l’on peut
développer ou soutenir dans notre milieu d’analyse. Il se remarque en fait dans
la vie quotidienne que les activités artisanales naissent du jour au lendemain
sous différentes formes. Ceci exprime un dynamisme appréciable à ne pas
négliger et fait naître chez des individus un esprit de compétition qui emboîte
le pas à l’auto-promotion.
Cependant, nous savons déjà
que la bonne marche d’une quelconque activité économique n’est assurée que par
l’appui des infrastructures de base mises à la disposition de l’exploitant. Or
dans les pays en voie de développement, particulièrement en République
Démocratique du Congo, ces infrastructures n’existent presque pas. Malgré tout,
à Butemo, le phénomène d’artisanat prend de plus en
plus de l’ampleur sans contrôle systématique. C’est un métier apparemment sans
importance, mais qui nourrit des milliers de citoyens à Butembo : c’est
quand même une source importante de revenu. Il faut remarquer que ce métier
constitue un tremplin pour lancer l’industrie. Ainsi, il faut que le peuple
soit conscient de la nécessité de la restructuration et du développement de ce
métier dans tous les domaines tant soit peu. On ne doit pas se faire des
illusions qu’une économie détruite pendant plusieurs années puisse prendre son
redressement en une journée. Cette restructuration et développement ne doivent
pas se faire d’une manière brutale ; ils doivent être lents à la manière
de la révolution industrielle tout en assurant l’autosubsistance. Petit à petit
on pourra couvrir le marché intérieur et finalement envisager de se lancer sur
un marché extérieur. Rien n’est impossible15.
Il y a lieu de dénombrer certaines activités artisanales qu’on rencontre à
Butembo et qui peuvent être développées petit à petit pour servir de base à
l’industrie dont nous prévoyons la factibilité.
1. Tannerie ou
maroquinerie : les tanneurs achètent des peaux de bêtes chez des bouchers
locaux, ils les transforment pour obtenir des peaux prêts
à la fabrication des souliers, des ceintures, des sacs à mains, des porte-pièces,
… Les éminents cordonniers – Tanneurs connus jusque maintenant à Butembo sont
Kasereka Hangi Gabi, Kambale Muramambi
et le CHP (Centre pour handicapés physiques) de Butembo. Une partie de la
production de monsieur Hangi Gabi et de monsieur Muramambi, est écoulée dans la province Orientale (Bunia,
Watsa dans des carrières d’or et de diamant et dans des villages). Il suffit de
doter ces gens des outils de travail, le résultat sera appréciable. S’ils
parviennent à gagner le marché interprovincial, ils peuvent donc étendre leur
marché s’ils améliorent la qualité. Faut-il vraiment attendre l’Occident pour
ça ? Je ne pense pas.
2. La forge : Elle a
toujours existé dans notre société traditionnelle Yira
et africaine en général, nos ancêtres savaient extraire les pierres (les
« matali » = métal) des métaux pour
fabriquer des houes, machettes, serpes, couteaux, lances, … Ces pierres sont
encore identifiables par des vieux spécialistes de la forge. Faut-il
nécessairement croiser les bras en attendant la houe, le couteau, … qui vient
de l’Occident et qui coûte d’ailleurs cher ; alors qu’un forgeron peut le
faire à côté de soi à un coût supportable ? Le choix est clair. Je pense
qu’avec l’évolution actuelle du monde, on ne peut pas s’arrêter là ; mais
faudrait-il imaginer d’autres méthodes modestes, pas très sophistiquées qui
permettent d’améliorer la qualité des produits et la minimisation de l’énergie
(force physique à dépenser).
3. La fabrication du
cirage : elle est l’apanage des intellectuels surtout. Les gens qui ne
connaissent pas la chimie n’osent pas s’y hasarder. Les artisans les plus
connus dans ce domaine à Butembo sont monsieur Joseph Sivihwa
Mumbere et le chimiste Maru depuis 1987. Le problème
qu’ils connaissent c’est surtout l’emballage. Pour eux, « on ne peut pas
continuer à importer le cirage et enrichir les autres alors qu’il y a moyen
d’en fabriquer localement à moindres frais (…) ce serait une aliénation mentale
que de continuer à agir comme cela ».(Maru).
4. La savonnerie
artisanale : Les premières expériences ont été tentées à Butembo en 1989
par le trio composé de messieurs Henry Kataloko Kanyonyu, Sawa-Sawa et le chimiste
Makelele. Ils ont crée une
petite organisation dénommée SAP.A.L.U. (Saponification Artisanale de Lubwe) sous l’initiative de monsieur Kataliko. A ceux-ci
s’est ajouté monsieur Trudo Mbusa Thasi.
Leur ultime souci c’est de pouvoir produire une quantité régulièrement
suffisante afin d’inonder le marché local et réduire ou même supprimer les
importations en provenance de l’Ouganda et du Kenya. « On peut importer
autre chose, mais pas le savon parce que nous avons les matières premières en
abondance et l’intelligence pour les traiter », disent-ils. En 2001, un
pas de plus est fait, une savonnerie industrielle a déjà été créé à Muhila, c’est la SAIBU (Savonnerie Industrielle de
Butembo).
5. La production des
ustensiles en aluminium : Cette activité remonte vers les années 1983 à
Butembo. On utilise des matériaux usés d’aluminium comme principale matière
première, pour fabriquer des casseroles, des bassins, des fers à repasser, des
boucles des ceintures, … Il ne reste qu’à améliorer la qualité, et avoir la possibilité
de produire une grande quantité. Parmi les premiers fondeurs d’aluminium à
Butembo, on peut encore retrouver aujourd’hui messieurs Landu, Kahumba, Bonne-Année, Kasereka Kizito,
Emmanuel Kambale Nziuliro, Maliva
Mabolyo et autres.
6. La Brasserie de
vin : Le vin local que nous retrouvons couramment sur le marché de Butembo
est obtenu par la fermentation du jus des prunes de cap ou du jus d’ananas avec
le sucre. D’autres chercheurs, comme Trudo Mbusa Thasi ont déjà réussi à mettre sur pied des techniques
permettant d’obtenir du vin par la fermentation de la patate douce, du café, du
maïs, de la canne à sucre, des feuilles d’avocatier, de la papaye, du maracuja,
etc. La gamme du vin est très diversifiée. Tous ces produits sont retrouvables
dans le milieu local. Il faut seulement certains instruments de mesure
(alcool-mètre, densimètre, …) pour permettre de fabriquer le vin qui ne peut
pas entraîner rapidement des troubles physiologiques (alcoolisme et autres
maladies).
7. La fabrication des
malles : cette activité est récente à Butembo. Elle n’a pas beaucoup
d’influence. Mais les amateurs de cette activité produisent aussi des sceaux,
des porte-cadenas, des verrous, des porte-bagages pour vélos, des capots pour
vélos et motos, des brassières, … à partir de la ferraille qu’on trouve en
détruisant des voitures et camions usés. Ces derniers produits sont d’ailleurs
plus durables que ceux importés actuellement ; sauf que la qualité n’est
pas intéressante (au point de vue esthétique) à cause du manque de certains
instruments de fabrication.
8. Les activités précitées
ne sont pas exhaustives, il y a lieu de dénombrer beaucoup d’autres potentialités
économiques de l’artisanat qui peuvent être développées et servir de base à des
industries embryonnaires :
- du cire d’abeilles + acide
stéarique + mèche, pour fabriquer des bougies ;
- des fleurs pour fabriquer
le parfum. Nous avons un climat et une terre favorable à la floriculture ;
- des cannes à sucre pour
fabriquer le sucre et le vin des cannes. Les résidus peuvent être utilisés pour
la production du champignon ou pour d’autres fins ;
- Argile + ciment ou argile
+ émail pour fabriquer des produits de la céramique (tasses, vases, plats,
…) ;
- Du sisal pour fabriquer
des sacs ;
- Farine de blé + levure +
sucre pour les biscuits ;
- Du bois pour fabriquer des
emballages, du mobilier, des prothèses, construction des maisons en planche,
des allumettes (avec du souffre) ;
- Des fruits + sucre pour la
confiture ;
- De la chaux + du sel pour
la soude caustique ;
- etc.
Nous avons montré
l’évolution des activités commerciales de Butembo dans le temps et dans
l’espace et avons confirmé qu’avec l’évolution constatée, il y a lieu de
cheminer vers l’industrie. Nous avons aussi dénombré quelques activités à
caractère artisanales qui peuvent ouvrir la voie à une base industrielle, mais
des obstacles ne manquent pas.
d) Les obstacles à
l’industrialisation.
1° La guerre :
La guerre, c’est quelque chose
qui n’est pas bonne pour la vie des hommes. C’est la source de la plupart des obstacles
que nous aurons à signaler dans le présent travail. C’est l’élément primordial
qui freine les initiatives des hommes d’affaires qui tentent d’investir dans
l’industrie. Les usines et activités artisanales présentées ci-haut ont pris
naissance avant 1996 ; mais après cette période avec l’avènement de la
guerre, il n’y a plus de création d’usines ni d’activités artisanales remarquables.
Le commerce qui finançait cette création d’usine n’est plus prospères.
2° L’approvisionnement en
énergie :
Le développement des
entreprises existantes se heurte à la difficulté du mangue
d’énergie électrique, qui est un élément de faiblesse important. Les besoins
actuels sont satisfaits par des groupes électrogènes dont le fonctionnement
dépend de la disponibilité en carburant. Ce carburant est importé, souvent il
coûte cher et la carence freine la production pour certaines périodes. En ce
qui concerne la compagnie des boissons du Kivu (CoBKi)
que nous avions eu à consulter16, les
deux groupes électrogènes de 150 KVA chacun consomment 1400 litres (soit 7 fûts
de 200 litres) de gaz oïl pour une production journalière. Vous trouvez que la
situation est embarrassante lorsqu’il n’y a pas de carburant.
3° L’exiguïté du marché des
produits fabriqués.
Il a été constaté que, dans
notre milieu d’étude, il se pose un problème de petitesse du marché des
produits fabriqués localement. L’étude du marché est d’actualité. Du côté des
entreprises, le marketing ne dit pas encore grand chose. On ne sait pas encore
amener les produits vers le client ou attirer celui-ci vers le produit. On produit
et on s’arrête là. Les actions promotionnelles sont vraiment très minimes. Du
côté de la population consommatrice, il se pose un problème de mentalité et
d’information ; on veut consommer ce qui vient de loin et on néglige ce
que l’on produit soi-même ; mais aussi un problème d’habitude (habitude
alimentaire, habitude vestimentaire, …). Quelques exemples peuvent nous être
utiles :
- La Minoterie du Kivu (Minoki) installée à Lubero produit de la farine de froment.
Cette farine n’est pas achetée ou préférée au même titre que la farine venant
de Dubaï ou d’ailleurs pourtant elle produit du bon pain, selon les boulangers
de Butembo.
- La compagnie des Boissons
du Kivu (Cobki) produit des boissons sucrées. A
Butembo, rares sont les ménages qui se donnent le luxe de budgétiser la
consommation du sucré. Ceci n’entre pas dans les habitudes alimentaires. C’est
ainsi qu’on a constaté que, par exemple de 1959 à 198917 , l’entreprise n’est pas arrivé à produire la moitié de sa capacité théorique
installée en même temps que l’on constate l’existence des productions non
vendues ou stockée. Petit à petit l’entreprise a commencé à produire sur
commande de 1996 à nos jours parce que le pays et le milieu en particulier étant
étouffé par la guerre dite de libération, la consommation du sucré a diminué
très sensiblement car il n’est pas considéré comme un produit de base
nécessaire pour la vie (la majorité de la population se bat donc seulement pour
la survie).
4° L’absence de
l’innovation.
Les activités industrielles
auxquelles nous nous intéressons présentement, exigent des connaissances ou une
formation technique et économique appropriées du personnel. On remarque qu’en
fait dans notre milieu d’étude les hommes d’affaires commerçants qui peuvent
mettre en jeu leurs capitaux pour financer des nouvelles initiatives se
contentent seulement de l’achat et la revente des marchandises importées et ne
songent pas à une autre façon de rentabiliser leurs fonds. Certains tout de même
commencé à investir dans des activités à caractère industriel (voir liste substra). Mais étant donné que l’entreprise africaine continue
à importer la quasi-totalité (même la totalité) de ses équipements, de ses
méthodes de travail, … Il y a toujours des difficultés ; on se fait livrer
des « usines clés en mains » pour lesquelles il faut obligatoirement
recourir à la source pour des techniciens, des petites pannes, des pièces de
rechanges, … De leurs côtés les intellectuels chercheurs du milieu qui pouvaient
imaginer des nouvelles méthodes de travail, de nouvelles idées qui stimulent
les possesseurs des capitaux, semblent s’endormir parce qu’ils n’ont pas de
moyens pour réaliser leurs recherches. Ils ne sont pas encadrés. On ne peut pas
effectuer la recherche pour la recherche, disent-ils, mais il faut faire une
recherche avec objectifs.
En effet, la réalité
observée c’est qu’il n’y a pas d’interaction ou de collaboration franche entre
les hommes d’affaires et les intellectuels comme celle réalisée en Allemagne jadis
(voir substra). Ceux-ci s’entraccusent mutuellement.
Les premiers disent qu’ils préfèrent thésauriser leurs fonds ou les garder dans
l’activité commerciale parce qu’ils n’ont pas de gens qui puissent leur donner
des nouvelles idées et des gens sérieux, crédibles et capables de gérer des
projets de grande envergure. Les seconds disent que beaucoup de projets
pâtissent parce que des études approfondies de faisabilité n’ont pas été
réalisées. Nous pensons qu’avec l’existence de l’Université Catholique du
Graben, spécialement sa faculté des Sciences économiques, ce prétexte ne sera
plus.
Par ailleurs et malgré tout,
nous ne devons pas seulement nous attarder à l’innovation comme création d’une
nouveauté selon que le définit Joseph Schumpeter18 en disant que l’innovation est une idée,
toute méthode ou tout matériel perçu comme nouveau par son unité d’adoption.
Nous devons aussi tenir compte de l’innovation comme une « imitation
créatrice » selon que le défini François Perroux19. On doit remarquer, dans l’histoire du
Japon (voir substrat) qui est une puissance industrielle aujourd’hui, qu’il a
commencé à imiter ce qui se faisait en Occident ; et c’est en maîtrisant les fonctionnement des petites industries de substitution
que les dirigeants, les ouvriers, les chercheurs ont amélioré leurs
qualifications et ont commencé à imaginer des technologies appropriées. Dans le
milieu d’action, même l’imitation pose problème, et lorsqu’on réussit à le
faire on fait une imitation servile avec tout le risque de se faire livrer des
unités de production clés en mains comme nous l’avons souligné.
5° L’instabilité monétaire.
Les fréquentes dévaluations
de la monnaie, les inflations galopantes et les conflits de tout genre ont des
effets immédiats sur les économies et n’ont pas cessé de nous enliser dans des
situations pénibles. On ne sait pas investir en industrie alors que la
situation socio-économique ballotte ou est instable car on risque de perdre ses
fonds. Cependant, cela n’est pas la raison pour que les entreprises existantes
ferment les portes. Elles doivent pourvoir s’adapter à toutes les situations
surtout que celles-ci ne sont pas éternelles.
6° Le manque d’organisation.
Les échecs de l’intégration
industrielle sont souvent dus au fait que certaines solutions proposées, dans
ce domaine dans notre milieu, ne sont pas à la hauteur du système d’intégration
ou que les études approfondies des projets faisaient défaut.
La difficulté la plus manifeste
dans les organisations est la qualité de management utilisé. La formation en la
matière est un aspect fondamental.
Etant donné que
l’investissement en industrie demande des fonds considérables, les hommes d’affaires
commerçants doivent apprendre à se souder, à s’associer et à s’organiser tout
naturellement pour être plus fort et plus puissant. C’est vraiment une
difficulté que l’on connaît dans le milieu : c’est aussi un aspect de
manque d’innovation ou d’initiatives. Nous avons constaté, dans nos
investigations, que les hommes d’affaires Yira ne
savent pas se soutenir mutuellement ; ils entretiennent un individualisme
à outrance. On préfère, entreprendre ce que l’autre a déjà commencé, jouer sur
le terrain que l’autre a déjà déblayé dans le but de gagner plus vite que lui
et de le ruiner plus tard. C’est un défaut préjudiciable non seulement pour les
individus en particulier mais aussi et surtout pour le milieu local et national
en général.
7° Le rôle de l’Etat :
La situation de crise
permanente, de guerre, dans laquelle notre pays et a fortiori notre économie
sont plongés, interpelle l’Etat de manière immédiate afin que ce dernier joue
le rôle qu’on lui reconnaît. En effet, le manque d’infrastructure, qui est l’apanage
de l’Etat, n’offre pas un cadre nécessaire et satisfaisant au développement
industriel.
Les difficultés que nous venons
de présenter ici, dénotent de l’analyse d’une expérience d’industrialisation.
Avec elles, on ne peut pas prétendre épuiser l’étude mais l’essentiel c’est que
nos hypothèses de base se trouvent confirmées en elles. On peut découvrir
d’autres obstacles si on entreprend une analyse de chaque type d’industrie.
C’est pourquoi nous jugeons impérieux de présenter certains préalables à l’industrialisation
en territoire de Lubero pour nous compléter valablement.
4.
Les préalables à l’industrialisation.
L’environnement régional
peut subir des transformations structurelles durables avec l’intégration des
industries. C’est de l’analyse des modifications de l’environnement qu’il faut partir
pour réfléchir correctement sur la finalité des industries et sur les systèmes de
valeur qui pourraient les animer.
Préalablement, la recherche
sur l’utilisation des ressources doit s’accompagner d’une politique d’étude des
meilleures combinaisons possibles dans le futur. C’est pourquoi tout au long de
cette partie, nous allons présenter quelques aspects fondamentaux préalables.
1° L’identification des
besoins humains.
Elle dépend de la nature
humaine de la population cible et ses aspirations. Les entreprises devraient
être incitées à développer leurs actions dans le sens où il faut construire une
industrie qui correspond aux convictions et aux besoins vitaux de la population
sous tous ses aspects techniques, économiques et humains. Aussi, l’outil industriel
doit être adapté aux conditions de travail et aux caractéristiques de la population :
évolution culturelle, niveau d’instruction, habitudes alimentaires et
vestimentaires, … Des études beaucoup plus précises peuvent aussi être faites
en fonction des données démographiques : âges, familles, …
Après avoir identifié les
besoins réels de la population cible, on peut voir déjà quel genre d’industrie
est valable pour le milieu puis entamer l’étude des potentialités en fin
l’étude de factibilité.
2° Les avantages comparatifs
ou coûts comparatifs.
La performance ou le succès
d’une unité de production dépend moins de ses terrains ,
de ses bâtiments, de ses installations que de l’attitude de différents acteurs
qui la conduisent. En effet, la stratégie industrielle peut être fixée selon
plusieurs facteurs : selon les avantages comparatifs dont on dispose en terme de coûts des facteurs de production (coût de la
main d’œuvre, existence du capital, disponibilité des matières premières, … 20 et de la facilité d’écoulement les
outputs (compétitivité du produit, existence d’un marché, …)
3° Le financement de
l’industrie.
Il est un aspect qui constitue
un goulot d’étranglement à des investisseurs. Le manque des capitaux constitue
aussi l’une des causes du sous-développement. Les pays dits sous développés
manquent-ils vraiment des capitaux ? Nous pensons qu’en réalité non. Il ne
faut pas se tromper de croire que le développement d’une activité industrielle
est d’abord une affaire d’argent venant de je ne sais où ; il est essentiellement
fait de marché et de produit. C’est le bon produit qui fait l’argent. Nous
avons bien souligné qu’il est inutile de nous compliquer en pensant que tout
doit venir de l’Occident. Commençons avec nos propres efforts avant de penser à
l’aide étrangère. Le financement de l’industrie chez nous doit d’abord prendre
comme base l’épargne interne, les investissements privés internes. Pour les
entreprises qui émergent déjà, l’existence d’une rentabilité satisfaisante est
la condition préalable sans laquelle rien n’est possible21.
Par ailleurs, on ne doit pas
perdre de vue que la politique industrielle est de l’apanage de l’Etat. Ce dernier
doit appuyer les initiatives industrielles en facilitant l’accès aux crédits en
jouant un rôle éducatif sur l’ensemble de la population, en protégeant ces
initiatives contre l’envahissement étranger, sans quoi elles seront étouffées.
4° Les innovations :
Comme beaucoup de gens le
pensent, l’innovation n’est pas seulement technologique. Elle concerne, en
fait, tous les autres domaines de l’économie. On trouve des innovations, par
exemple, dans le domaine financier, du transport, de l’infrastructure, de
l’information, du management, de l’énergie, …
L’innovation dans le domaine
de l’énergie, par exemple, peut susciter beaucoup d’autres innovations22; c’est-à-dire elle peut entraîner des
conséquences favorables sur la vie économique et sociale dans son ensemble. Le
schéma ci-après nous l’explique davantage :
L’innovation
dans le domaine de l’énergie.

D’une part, l’existence de
l’énergie favorise l’importation des biens d’équipement. Ceux-ci permettent la
création d’une mosaïque d’unités de production qui permettront de résoudre
certains problèmes de la population, notamment ceux de la main d’œuvre et la
fabrication locale de certains produits de base : savons, habits,
chaussures, cosmétiques, conserves, …Enfin, le commerce va aussi évoluer avec
les différentes unités de production.
D’autre part, l’existence de
l’énergie rend opérationnelle une zone qui a des aspirations industrielles et
artisanales comme la nôtre. Ici on peut fabriquer certains outils de base
(qu’on a déjà commencé à fabriquer à partir des groupes électrogènes) pour
l’habitat (presse à brique, à tuile, …) pour l’agriculture (houes, machettes,
râteaux, …), et d’autres outils (moulins, presse à huile, décortiqueuse, café,
riz, …) ce qui facilite le travail de l’homme.
Par ailleurs, comme les
ressources financières constituent un goulot d’étranglement pour des
entreprises voulant acquérir une technique moderne, il serait souhaitable de
créer des structures qui faciliteraient l’imitation des technologies avancées
selon qui définit François Perroux, « l’innovation comme une imitation
créatrice » ce qui permettra de perfectionner une technologie la mieux
adaptée aux besoins réels, aux compromis entre le souhaitable et le possible, à
la tradition sociologique, culturelle du peuple.
Dans notre milieu
d’investigation, nous trouvons plusieurs activités artisanales 23.
Un stade technologique artisanal peut être nécessaire, pas dans le sens de
l’artisanat traditionnel individuel ne faisant pas appel aux techniques
modernes. Mais dans un type d’artisanat regroupant de petites industries
correctement outillées, disposant d’équipes ouvrières axées sur les besoins de
la structure industrielle.
5° Le marché.
L’étude du marché semble
être primordiale dans la décision d’investir. Créer une entreprise pour
fabriquer un produit sans se rassurer du besoin ressenti par la population ou
d’une demande potentielle, serait une utopie et un échec.
A partir du moment où l’on
reconnaît que la dynamique de l’entreprise part du marché et non de l’atelier de
production, il y aura une amélioration de la rentabilité. Il importe que la
personne choisie pour diriger la fonction commerciale ait la capacité requise
et la confiance du chef de l’entreprise.
Trop souvent l’entreprise
conçoit le produit comme une fin en soi, sans évaluer préalablement les
modalités de commercialisation, de diffusion par rapport aux besoins du marché 24.
En général on a remarqué que
les échecs des entreprises sont dus, pour la plupart du temps, à une mauvaise
gestion. Ce qu’il faut donc envisager, c’est de voir comment obtenir une
demande permanente et comment satisfaire sans fournir des grands efforts.
6° Les ressources humaines.
Une réflexion s’impose pour
faire face aux risques de sous-emploi de la main d’œuvre disponible. Cependant
un des problèmes les plus difficiles que nous connaissons dans notre milieu est
sans doute celui du manque d’une main d’œuvre qualifiée. On retrouve là
l’impératif de la formation qui constitue la seule réponse à cette question.
Avec l’avènement de l’Université Catholique du Graben à Butembo, nous sommes
certains que le milieu pourra se doter des cadres de direction qui permettront
de résoudre plus ou moins partiellement le problème.
7° Le rôle de la recherche scientifique.
Une des caractéristiques qui
a permis à l’Allemagne de prendre un élan considérable, entre 1870 et 1914,
c’était l’osmose entre la recherche scientifique et l’organisation industrielle
d’une part, et le système commercial et bancaire d’autre part. Dans notre
milieu d’investigation, beaucoup de projets d’investissement n’aboutissent pas
à des résultats concluant parce qu’une étude
approfondie de factibilité n’a pas été réalisée mais aussi parce qu’il y a un
problème d’organisation personnelle des dirigeants, c’est-à-dire la qualité de
management utilisée. Il faut donc une recherche appropriée
(recherche-développement). Les hommes d’affaires du milieu ont donc intérêt à
collaborer avec l’Université locale pour les aider à résoudre quelques cas particuliers.
8° L’organisation.
Le réseau d’investissements
industriels demande une certaine souplesse aux mutations de l’environnement en
s’engageant dans le choix des stratégies offensives. Il faut un certain
consensus social qui doit constituer la quasi-unanimité des syndicats, des
patronats et des structures politiques.
Investir dans l’industrie
exige un certain effort de développement des sources d’informations économiques
et techniques qui lui est destiné, mais aussi la multiplication des conseils
expérimentés qui seront adaptés à l’implantation locale.
Les entreprises doivent
disposer d’un certain modèle socio-technico-économique. Il leur appartient de
définir leur développement et l’évolution de leur organisation à partir de
leurs propres spécificités. C’est ainsi que dans la stimulation du tissus industriel,
la libération des initiatives étouffées des cadres et des ouvriers dynamiques
est un facteur clé du redéploiement.
La réussite s’acquiert en
recherchant à obtenir des structures dont l’efficacité est la
plus grande possible ; c’est-à-dire en essayant de réduire au
minimum possible les coûts, en n’immobilisant pas les capitaux, en n’employant
pas, par exemple une technique plus sophistiquée et coûteuse là où un procédé
plus rustique mais aussi plus économique serait suffisant, … Tout ceci résume la
recherche du profit comme critère de gestion saine.
Le milieu dans lequel
s’enracine nos investigations est caractérisé par un peuple dynamique,
courageux et une nature particulièrement riche. Cela peut stimuler à
l’industrie une certaine option à la réussite. En effet, même s’il est souvent
dangereux d’introduire des données culturelles d’un milieu dans le modèle d’analyse
économique d’un autre milieu, on peut adopter et stimuler un exemple de la
tradition japonaise où l’attachement de l’employé à l’entreprise se traduit par
un dévouement exceptionnel et une fidélité quasi-féodale qui est moins
individualiste et laisse davantage place aux relations de groupe24.
Enfin, pour que
l’investissement dans le domaine industriel produit les effets attendus, il faut
d’abord cerner la conception que l’homme se fait de son travail, voir comment
mobiliser toutes les ressources et les énergies tant physique que morale
c’est-à-dire cultiver le sens de la responsabilité, puis punir ou réprimer les
moindres faiblesses à la manière de la révolution industrielle au 18ème
siècle en Europe.
9. L’intervention de l’Etat.
La politique industrielle se
conçoit comme étant une composante de la politique de développement en général.
Elle doit s’appuyer sur un minimum d’infrastructures matérielles, humaines et
sociales. Elle doit également tenir compte des richesses du sol, du sous-sol
ainsi que des conditions climatiques et spatiales.
L’Etat intervient dans la
vie industrielle pour tout ce qui constitue le milieu environnant. Il est à la
fois producteur, acheteur des biens et des services et responsable de la
réglementation juridique ou du Code institutionnel dans lequel se meut
l’entreprise (fiscalité, emplois, dispositions concernant les crédits, …)
En effet, l’Etat doit
accorder une attention particulière à l’industrie car l’avenir du pays en
dépend. Toutefois, dans notre milieu d’investigation une question majeure se
pose, c’est celle de savoir si nous sommes capables de créer nos propres
industries ou de fabriquer nos propres usines. La réponse est négative, dans le
temps qui court où la turbulence, l’irresponsabilité et l’individualisme
battent leur son plein, nous ne sommes pas capable de fabriquer nos propres usines; nous ne sommes donc pas à ce niveau. Ce qu’il faut
faire d’emblée, c’est de produire sous licence (ou d’imiter) au lieu de ne rien
produire et de tout importer25Le
développement régional appelle donc l’attention de l’Etat pour constituer un
levier essentiel de la politique industrielle permettant d’atteindre les objectifs
économiques à tous les stades.
Conclusion
générale.
Pour finir, nous devons
savoir que l’industrie joue un rôle important dans le développement économique
à long terme. C’est l’un des terrains les plus propices à la formation
professionnelle, un important moteur de changement, de diversification des
structures un atout qui rend moins tributaire des forces extérieures. En outre
l’industrie crée des emplois, des devises et une épargne intérieure26. En plus des préoccupations précitées,
on voit généralement en l’industrie une condition de l’indépendance économique.
Au lieu d’importer des produits fabriqués ailleurs, on les fabrique soi-même et
on les exporte autrement dit on participe au commerce international, on
accumule le capital qui constitue l’assise d’une croissance autonome et de
l’enrichissement national.
En fait, le problème du développement
industriel se pose dans tous les pays qu’ils soient développés ou en
développement mais ceci selon des aspects très divers. Les pays développés ont
besoin d’une politique industrielle défensive c’est-à-dire faire tout pour
essayer de maintenir cette situation ou faire plus pour essayer de se tailler
d’autres marchés. Les pays en développement ont besoin d’une politique
d’industrialisation offensive c’est-à-dire à la recherche des stratégies
adaptées aux mutations de l’environnement en essayant de mener des actions pour
gagner tous les aspects ou la plupart des aspects de la vie économique.
Cependant, dans les pays en
développement, investir dans l’industrie c’est vraiment une nécessité car si
l’on regarde l’évolution économique des pays déjà industrialisé, c’est par
l’industrie qu’ils ont connu un développement solide pour qu’ils arrivent à
adopter aujourd’hui une attitude défensive. Investir dans l’industrie c’est un
choix qu’on ne peut pas faire par plaisir ; le capital investi est
récupéré après plusieurs années c’est-à-dire qu’ici le profit est lent. Mais
nous pensons que cette façon de rentabiliser son argent est aussi la mieux
indiquée parce qu’ici on peut garder son argent pendant plus d’un siècle si la
rentabilité reste toujours satisfaisante.
Quant à savoir quel modèle nous
pouvons adopter pour le développement économique de la région en particulier et
de notre pays en général ; s’il faut se référer uniquement aux différents
modèles présentés dans la première partie de ce travail, il serait peut-être
pratiquement difficile d’apporter une solution satisfaisante à cette
préoccupation étant donné que le développement économique ne peut jamais être
calqué sur un modèle quelconque car il est fonction des affinités, de la
tradition, de la culture et du dynamisme d’un peuple. On ne peut pas, par
exemple, affirmer qu’une entreprise qui a eu du succès en Ouganda en aura du
succès au Congo, en Angola, en Afrique du Sud, en Tanzanie ou en Egypte, … Les
données économiques sont très différentes.
En effet, il n’est pas
interdit de se référer à ce qui a déjà été fait ailleurs afin de s’en servir
comme tremplin pour se lancer. C’est dans ce dernier contexte que notre point de
vue se pencherait en grande partie sur le modèle japonais où :
- on utilise d’abord des
efforts internes ;
- c’est seulement lorsqu’on
se heurte à un problème difficile à résoudre à l’intérieur du pays qu’on fait
recours à des techniciens étrangers ;
- on envoie des gens bien
choisis en mission d’étude dans d’autres pays pour s’instruire sur des
techniques nouvelles, techniques que ces gens doivent utiliser au maximum
jusqu’à en inventer d’autres.
Dans nos pays
sous-développés, les gens étudient dans tel domaine précis mais veulent
travailler n’importe où ils trouveront du boulot, parce qu’ils n’ont pas des
missions leur confiées. On trouvera alors des ingénieurs, des hommes de
différentes qualifications qui sont là ne sachant pas par où commencer parce qu’ils
n’envisagent aucun projet personnel. Le cas est tout autre dans le modèle
japonais. Si vous avez étudié dans tel domaine que vous avez choisi vous-même
ou dans lequel vous avez été orienté, vous devez accomplir la mission pour
laquelle vous avez étudiez en essayant d’inventer du nouveau dans votre domaine
dans la mesure de vos possibilités. Vous devez maximiser vos connaissances au
profit du peuple qui vous entoure.
- On fait tout pour
minimiser l’écart entre la ville et la campagne en dispersant les petites
entreprises dans les localités reculées, ce qui permet une diffusion des besoins
et quand ces besoins augmentent il faut les satisfaire en produisant ; et
lorsque les besoins locaux sont satisfaits, on peut exporter le surplus de la
production qui permettra une accumulation des capitaux, capitaux qui seront
réinvestis dans l’économie.
- On a un consensus social
qui permet aux ouvriers et aux patrons d’apporter chacun son savoir-faire dans
les limites de ses fonctions en considérant l’entreprise comme une famille.
Pour finir, la
recommandation formulée dans notre travail consiste à inculquer aux hommes
d’affaires, aux possesseurs des capitaux, aux décideurs progressistes, la
mentalité de vouloir investir en industrie lorsqu’il est favorable de le faire.
Aux autorités publiques, l’encadrement de l’industrie locale est l’un des
aspects de l’indépendance économique. On ne peut pas continuer à importer tout,
tout en ayant les ressources en abondance.
Référence
bibliographique.
Bongo-Bongo, « Déséquilibre
structurel de l’industrialisation du Zaïre », in Cahiers Economiques et
sociaux/IRES, Vol XXII, n°1-2, de Janv.-Juin 1984.
Castro, J., Le livre noir
de la faim, éd. L’Harmattan, Paris, 1985.
Creton, L., « Les stratégies d’innovation
progressives », in La Revue Française de Gestion, n° 32, de
Septembre – octobre 1982.
De Solages, O., Réussite
et déconvenues du développement dans le Tiers-Monde, L’Harmattan, Paris,
1992.
Etrillard, G. et
Sureau, F., A l’Est du monde, Ed. Fayard, Paris, 1983
Ferroux, F., Industrie
et création collective, t.1, P.U.F., Paris 1964.
François, A., « Un cas d’industrialisation
dépendante, Le Brésil » dans la Semi-industrialisation : Cahier IREP
– développement, Brasilia, 1981.
Kambalume, K.M., Histoire
du centre de Butembo :1949 – 1958, Mémoire, Unaza,
Lubumbashi, 1972 – 1973.
Kasay, K.L.L., Dynamisme démo-géographique
et mise en valeur de l’espace de l’espace en milieu équatorial
d’altitude : Cas du pays Nande au Kivu septentrional, thèse de
doctorat, Université de Lubumbashi, Zaïre,
Loiseau, B. et Dupont, H.,
« Facteurs de succès et d’échec dans les P.M.E. », in La Revue
Française de Gestion, n°32, de Septembre – octobre 1982.
Mafikiri, T., Innovation
pour un développement local : quelle innovation pour quel développement ?
Acte du Colloque sur l’autopromotion paysanne et la dynamique du
développement, U.C.G., Janvier 1996.
Michalet, C.A., La
séduction des nations ou comment attirer les investisseurs, Economica,Paris,2000.
Muheme, G.B., Éléments
de la planification et de prévision économiques, cours, édition
pédagogique, UCG, Butembo, Septembre 2001.
Ndale, S., Fondements
et limites de l’essor commercial de la cité de Butembo, mémoire, U.C.G.,
Butembo, 1994 – 1995.
Philip, A., Histoire des
faits économiques et sociaux, éd. Aubier, Paris 1963.
Rostow, W.W., Les étapes
de la croissance économique, éd. Du Seuil, Paris, 1960
Sabani, K.O., L’innovation
artisanale et son incidence sur le développement socio-économique de
Butembo, TFC, UCG, Butembo, 1992-1993.
Sarata, P., Tentative
d’industrialisation en Zone de Lubero et ses principaux obstacles. Cas de la Cobki, Mémoire, U.C.G., Butembo, 1994 – 1995
Stoffaes, Ch., La
grande menace industrielle, éd. Calman-Levy,
Paris 1978
XXX, « L’économie sud-coréenne vers la
prospérité » in Le monde diplomatique, Août 1976.
XXX, Banque Mondiale (Rapport Berg) : Le
développement accéléré au Sud du Sahara. Programme indicatif d’actions,
Washington D.C., 1981.
XXX, Banque Mondiale : Rapport
de développement, 1980
XXX, Banque mondiale : Rapport de
développement, 1983
XXX, Banque mondiale : Rapport final
1987.
XXX, Bible : 2 Thessalonicien
3 : 10b- 13
XXX, L’industrie :
Préparation du VIIIème Plan 1981 – 1985, éd. De la Documentation française,
Paris, 1980.
1 Martin, J.M., 1984, 28
2
De Solanges, O., Réussite et déconvenues du
développement dans le Tiers-Monde, L’Harmattan,
1992, p. 181
3
Philip, A., Histoire des faits économiques et sociaux, éd. Aubier, Paris
1963, p.14
4 Rostow, W.W., Les étapes de la croissance
économique, éd. Du Seuil, Paris 1960, p.21
5 Bible, 2 Théssalonicien 3 : 10b – 13.
6 Philip, A., Op. cit., p. 84
7 Stoffaes, Ch., La grande menace industrielle, éd. Calman-Levy, Paris 1978, p. 227.
8
Castro, J., Le livre noir de la faim, L’Harmattan,
Paris, 1985, p. 63
9 De Solanges, O., op. cit., p. 231
10
Banque Mondiale, Le développement accéléré au Sud du Sahara. Programme
indicatif d’actions, Washington DC, 1987
11 De Solages, O.,
1992, p.256
12
Etrillard G. et Sureau, F., A l’Est du monde,
éd. Fayard, Paris 1983, p. 54
13 Kambalume, K.M., Histoire du centre de Butembo : 1949 – 1958,
Mémoire, Unaza, Lubumbashi, 172-1973, p.13
*
Bami = pluriel de Mwami, chef de collectivité.
14 Kasay, L.L., Dynamisme demo-géographique
et mise en valeur de l’espace en milieu équatorial d’altitude : Cas du
pays Nande au Kivu septentrional, Thèse de doctorat, Université de Lubumbashi,
1988, p.255
*
Yira = tribu vivant en majorité dans les territoires
de Lubero et de Beni. Les Yira sont encore appelés
les wanande.
15 Ndale, S., Fondements et limites de l’essor commercial de la cité de Butembo, mémoire, U.C.G., 1994-1995, p.19
*
Boys signifie ici cuisiniers, garçons de cours, …des colons.
*
Le Pays yira est compris comme l’espace géographique
où vit la tribu Yia.
*
Notons qu’une petite quantité traverse les douanes de Bunagana,
Ishasha, et Goma via le Rwanda.
15 Sabani, K.O., L’innovation artisanale et son incidence sur le développement socio-économique de Butembo, TFC, UCG, Butembo, 1992 – 1993, p. 2, p. 25
16 Sarata, P., Tentative d’industrialisation en Zone de Lubero et ses
principaux obstacles. Cas de la Cobki, Mémoire, U.C.G., Butembo,
T.F.C., U.C.G., 1994-1995,
p. 37
17 Sarata, P., op.
cit., p 18
18
Creton, L., »Les stratégies d’innovation progressives » in La
revue française de Gestion, n°32, septembre-octobre 1984, pp. 6-16
19 Perroux,
F., Industrie et création collective, t.1, P.U.F.,
1964, p. 162
20 Stoffaes, Ch., op.
cit. 1978, p. 36
21
XXX, L’industrie : Préparation du VIIIème Plan 1981 – 1985, éd. De
la Documentation française, Paris, 1980. p. 119.
22 Mafikiri, T., 1996, Innovation pour un développement local : quelle innovation pour quel développement ? Acte du Colloque sur l’autopromotion paysanne et la dynamique du développement, U.C.G., Janvier 1996 .
23 Sabani, K.O., op. cit., p. 2
24 Loiseau,
B. et Dupont Ch., « Facteurs de succès et d’échec dans les P.M.E. »,
in La Revue Française de Gestion, n°32, Septembre – Octobre 1982, p. 19.
24 Stoffaes, Ch., op. cit., p. 135
25 O.U.A, Rapport 1980, p. 15
26 Banque Mondiale (Rapport Berg), Le développement
accéléré au Sud du Sahara. Programme indicatif d’actions., Washington D.C.,
1981, p. 109.