ÉDITORIAL
https://doi.org/10.57988/crig-2344
Le présent numéro qui inaugure une série de publications de la Revue
Interdisciplinaire du Graben baptisée « Parcours et Initiatives »,
voit le jour dans climat dominée par la guerre civile dans la région des Grands
Lacs Africains, lieu d’implantation de l’Université Catholique du Graben.
Comme l’exprime déjà le thème central de ce
numéro «Guerre et Développement au Nord-Kivu »,
cette première publication se veut un stimulus pour la réflexion de toutes les
facultés fonctionnant à l’U.C.G. sur l’impact de cette guerre sur les activités
propre à leurs épanouissements respectifs dans la poursuite des objectifs
qu’elles se sont assignés. En parlant de guerre dans la région des Grands Lacs,
il est important de signaler que ce concept évoque une réalité un peu
différente de celle qu’il évoquerait dans un contexte normal. Ici, nous sommes
confrontés à une situation complexe et difficile à définir, qui a son origine
dans le cœur des leaders formés soit par le régime du feu président Mobutu,
soit par celui des rebelles. La situation est en effet caractérisée par une
grande confusion dont les composantes sont difficiles à démêler : les
parties en conflits, les causes du conflit, les tactiques utilisées, les
objectifs poursuivis, etc. Parmi les belligérants en place, on distingue les
assaillants rwandais, burundais et ougandais, l’Armée du Peuple Congolais
(l’armée rebelle) et les forces de résistance populaire dites Mai-Mai. Dans ce
conflit, il est difficile de distinguer les agresseurs des agressés parce qu’en
se combattant, ils nouent souvent des alliances suivant les intérêts du moment.
Tel est le cas des Mai-Mai qui collaborent tantôt avec l’armée loyaliste pour
repousser un ennemi commun, tout en restant divisés sur la méthode.
Les objectifs avouées du conflit, pour les rebelles, sont
l’instauration de la démocratie et de la bonne gouvernance, alors que les
leaders recourent eux-mêmes aux méthodes dictatoriales et à la gabegie
financière dans la gestion des territoires « libérés ». Les tactiques
de la guerre ne ressemblent pas à celles des guerres classiques de par les
pratiques barbares comme la magie, les fétiches, les viols, les enlèvements,
les pillages, les rapines, les empoisonnements et très rarement les attaques
face à face. Les objectifs déclarés par les alliés sont la sécurité des
frontières et l’aide à la libération du peuple congolais au nom d’un soi-disant
panafricanisme, alors que le but visible est la division pour mieux exploiter
les ressources du pays.
C’est dans un tel contexte que les six facultés
fonctionnant à l’Université Catholique du Graben élèvent la voix pour dénoncer
les méfaits d’une telle confusion. La lecture attentive des articles contenus
dans ce numéro laisse entrevoir un optimisme intellectuel de la part des
auteurs. Ces derniers s’y présentent comme des acteurs de développement dont
l’action est contrecarrée par la guerre. Tous proposent quelques solutions à la
crise présente et jugent que la fin de la guerre constituerait un déblocage du
processus de développement de la région des Grands-Lacs. La faculté de droit a
contribué à la recherche par l’article de Télesphore Malonga, qui rêve
constamment de l’instauration d’un Etat de droit, entendu comme un Etat où l’on
rencontre à la fois le respect de l’ordre juridique, la soumission des
gouvernants au droit, la protection des droits et libertés individuels assortis
de la possibilité de sanction juridictionnelle exercée par un juge indépendant.
De son côté, la Faculté des Sciences Economiques se penche sur la situation de
l’économique dans cette région. Monsieur Kambale Mirembe la qualifie d’économie
informelle et dénonce tous ses enjeux tant politiques que sociaux. En outre
Palulu Sarata se préoccupe surtout du problème d’industrialisation de la ville
de Butembo avec les moyens de bord dont l’élan se trouve bloqué. La Faculté des
Sciences Politiques et Administratives présente dans cette recherche par les
articles de messieurs
Kahindo Muhesi et Katsuva. Le premier conçoit ce problème dans
une approche
relationnelle et communicationnelle et le second invite l’Eglise
à jouer pleinement son rôle dans le règlement de ce conflit. Les agronomes et
les vétérinaires recherchent les solutions de la crise dans l’amélioration de
la production agricole. Le déroulement de leur recherche a beaucoup bénéficié
des enquêtes menées par le Consortium de l’Agriculture Urbaine de Butembo
(C.A.U.B.). Malgré la guerre, les résultats de ces enquêtes sont déjà en cours
d’application. La fin de la guerre y apportera certes une amélioration. En
effet, le Dr Soheranda illustre l’impact négatif de la guerre sur l’élevage au
Nord-Kivu, spécialement dans les territoires de Beni et de Lubero. Les
ingénieurs Mutiviti et Vutsopire posent le diagnostic du sol et du jardinage
urbains en tant qu’enjeu et palliatif de l’agriculture insécurisée dans le
milieu rural. En fait, Butembo comprend plusieurs espaces arables et propices à
l’élevage dont l’entretien peut contribuer à diminuer l’incidence de la famine
en temps de guerre comme en temps de paix.
La conception de cette revue, qui vient de voir
le jour par cette publication est aussi vieille que la fondation de
l’U.C.G. Nombreuses initiatives ont été entreprises mais se sont évanouies
aussitôt conçues. A force de patience et après une longue période de gestation
marquée par des tâtonnements, cette revue vient de paraître sous le nom
« Parcours et Initiatives, enregistrée à la Bibliothèque Nationale,
bénéficiant ainsi d’un numéro de dépôt légal. Pour bien comprendre le
bien-fondé de notre Revue, il faut saisir d’abord le sens des mots-clés de son
titre « Parcours et Initiatives ».
Le concept « parcours » signifie l’itinéraire suivi pour
aller d’un point à un autre, le trajet, et par trajet nous avons implicitement
le sens d’une action, d’un mouvement . Le
parcours n’est pas une simple surface amorphe, mais plutôt une sorte de théâtre
où se déroule un spectacle, ce qui suppose alors une ou plusieurs initiatives.
Le mot « Initiatives » est défini par Larousse comme étant
une action de celui qui est le premier à proposer ou à entreprendre quelque chose.
L’emploi du pluriel ici nous renseigne sur la richesse de l’action qui doit
être menée par la revue pour mieux atteindre ses
objectifs, qui vont presque dans le même sens que les objectifs poursuivis par
l’UCG en général.
Par rapport aux autres revues de ce genre,
Parcours et Initiatives a des points de divergences et de convergences. Pour
mieux illustrer ces points de divergence et de convergence nous allons
commencer par dire ce que « Parcours et Initiatives » n’est pas et ensuite
préciser ce qu’il est réellement.
Les points de divergences sont : son
identité, son contexte, ses chercheurs et sa mission. Les points de convergence
la scientificité et la rigueur scientifique.
En guise de définition, nous disons que Parcours et Initiatives est un support d’informations qui aide à diffuser à l’intérieur
comme à l’extérieur les résultats de la recherche fondamentale de l’U.C.G.
Le Directeur du Comité de Rédaction
Musubao KIVETE,
Professeur Associé à
l’Université Catholique du Graben