AUTOUR DE
L’ÉCONOMIE INFORMELLE EN PERIODE DE GUERRE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU
CONGO
https://doi.org/10.57988/crig-2347
Omer Kambale MIREMBE
Chef de Travaux à la Faculté des Sciences Économiques de
l’U.C.G.
Abstract.
L’analyse
socio-économique se penche, depuis plus de deux décennies, sur ce qu’il est
convenu d’appeler « secteur informel » de l’économie,
particulièrement dans les pays en développement. Elle cherche à rendre compte
d’un phénomène qui prend de l’ampleur, celui des initiatives socio-économiques
« informelles » de création d’emploi, de revenu, des flux des biens
et services, des capitaux, etc. Ce document tente de présenter un aperçu de
certaines questions conceptuelles relatives à l’étude du « secteur
informel » et, de ses enjeux pour le développement. Il présente également
l’intérêt d’inscrire l’analyse de ce type d’économie dans un contexte, celui de
l’acteur « Etat ». En effet, il existe un lien entre les
« faiblesses » de l’Etat dans ses fonctions sociales,
redistributives, de puissance publique et l’expansion des activités
informelles. Une brève illustration en est faite dans le contexte de guerre au
Nord-Est du Congo.
Depuis près de deux
décennies, de nombreuses recherches se sont penchées sur un phénomène
particulier dans de nombreuses villes des pays en développement : la prolifération
des initiatives de débrouillardise. Alors que des indicateurs de développement
présentaient une situation désespérée, pessimiste, se dévoilait la montée des
pratiques par lesquelles les populations de ces pays luttaient contre la faim,
le chômage et la précarité.
En effet, comment ces
personnes tiennent-elles les deux bouts du mois, sans salaire, sans assurance
sociale et sans assistance chômage ?. Pour
l'Afrique particulièrement, le contexte des années 1970 est celui du début de
la baisse des prix des matières premières, principale source de revenus. C'est
aussi celui de la crise pétrolière. La montée du prix des carburants se
répercute sur les coûts de production.
Combinée avec la forte
fluctuation des prix des produits primaires dont ces pays dépendent fortement,
il s’en est suivi une grande instabilité de gestion des économies nationales.
En même temps se révèlent les effets pervers des économies dépendantes d'un
système productif hérité de la colonisation, des produits peu élaborés et des
prix fixés à l'extérieur tant pour les biens qu'ils exportent que pour ceux
qu'ils importent. Un ensemble des stratégies leur furent proposées notamment :, l'industrialisation, la substitution aux importations,
la substitution d'exportations et une l'industrie industrialisante.
Mais pour réaliser
ces politiques, les pays en développement ont besoin des capitaux. Ils
s'endettent pour couvrir un double déficit macro-économique : le besoin
d'investissement qui excède l'épargne intérieure disponible, et les exportations
insuffisantes pour financer les importations.
Avec les années 1980,
c'est la montée de la crise liée à l'endettement. Les pays retournent à une
reprimarisation de leurs économies pour faire face au service de la dette qui
absorbe une part importante du budget des Etats au point que ceux-ci en
viennent à réduire leurs investissements dans le domaine social. Des
organisations internationales, surtout le Fonds Monétaire International,
proposent des thérapies pour les aider à rétablir leurs équilibres macro-économiques.
Mais elles confortent davantage l'abandon du social. Diminutions du personnel
public et accroissement du chômage s’ensuivent. Des secteurs sociaux ne sont
plus entièrement pris à charge par les Etats, contraints à réduire sensiblement
leur rôle dans le domaine socio-économique. Incapables d'accroître leurs
recettes à court terme, ils sont obligés d'agir sur les dépenses. De cette
conditionnalité dépendront les nouvelles aides financières. Pour de nombreux
pays, cette cure se poursuit encore aujourd’hui.
Ce contexte temporel
nous aide à comprendre la crise d'un développement initié par l'Etat
modernisateur. En effet, plusieurs nouveaux Etats décolonisés du Sud ont décidé
de sortir du sous-développement en initiant un processus
de modernisation économique ayant conduit à faillite, dans beaucoup de cas. Les
causes sont endogènes et exogènes. Mais en même temps se sont révélées les
limites de la modernisation comme schéma universel de développement.
C'est dans ce
contexte que se dévoilent ces activités par lesquelles les exclus de cette
modernisation tentent de faire face aux défis socio-économiques vitaux. Depuis
le rapport sur le Kenya en 1974, des études prolifèrent pour essayer de comprendre
le phénomène. Des organisations internationales abordent le sujet et en font un
centre d'intérêt des politiques de développement. C'est surtout le cas du
Bureau International du Travail. Ces activités sont casées dans un secteur dit
informel par rapport au secteur moderne formel.
Depuis plus de deux décennies, les recherches se penchent de plus en
plus sur ce qu’il est devenu courant d’appeler « économie
informelle ». Elle a suscité l’intérêt des chercheurs, des gouvernements,
des organismes internationaux (Bureau International du Travail, Banque
Mondiale, Organisation pour la Coopération et le Développement Economique…). L’ « informel » fait référence à plusieurs
dimensions d’une réalité économique et sociale incontestable. En plus, il est
devenu l’un des enjeux majeurs des politiques de développement dans les pays du
Sud.
Le thème suscite toujours des débats et des controverses autour des
concepts, de leur signification, des critères de conceptualisation etc.
Nous voulons cheminer vers une compréhension de cette réalité
économique et sociale en nous penchant sur ce que certains chercheurs en ont
dit, ses rapports à l’Etat et son rôle pour le développement.
En effet, plusieurs termes en sciences sociales tels que
« économie », « informel », « développement »
etc., sont polysémiques, plurivoques voire équivoques.
1.Autour du concept d’économie informelle : quelques approches.
1.1. Son apparition
Il existe une multiplicité de définitions proposées par des chercheurs,
des spécialistes du développement, des idéologues…En outre, il y a une grande
diversité des phénomènes auxquels on applique la caractéristique d’informels.
Dans le cadre de cette recherche, les phénomènes visés sont beaucoup plus
d’ordre socio-économique.
La notion d’ « économie
informelle » apparaît pour la première fois dans la communication de Keith
Hart, en septembre 1971, à l’université de Sussex, au cours d’une conférence
sur le chômage urbain en Afrique. Il parle déjà de « secteur
informel ». L’apparition de ce secteur serait liée à l’inadéquation entre le
niveau faible de salaire réel en terme de pouvoir
d’achat, et la forte hausse nominale du coût de la vie.
La notion sera reprise et répandue par le Bureau International du
Travail dont le rapport sur l’emploi au Kenya, en 1972, révélera l’existence
d’un « secteur informel » au sein des économies des pays en
développement, particulièrement en Afrique [1].
L’orientation est alors dans le sens de reconnaître que, face au
chômage urbain, des personnes, de plus en plus nombreuses vont user de
créativité pour initier des activités marchandes, de production ou de services
qui leur procurent de l’emploi et du revenu, jugés au début
précaires. Le BIT abordera la thématique plus autour des questions liées
à l’emploi et à la sécurité sociale.
Par la suite plusieurs auteurs ont émis des points de vue sur la notion.
Ils peuvent être regroupés en différents courants parmi lesquels on retrouve
les tendances d’inspiration structuraliste, fonctionnaliste, néo-libérale,
néoclassique,[2] …Ces
tendances sont caractérisées à la fois par une conception de l’informel et une
particularité des mesures de politiques de développement.
Nous proposons de voir plutôt des tendances qui se penchent plus sur la
notion en termes de « secteur » et celles qui l’analysent davantage
positivement comme alternative de développement.
1.2 En terme de
secteur.
Cette approche est qualifiée de dualiste. En effet, elle distingue dans
la réalité socio-économique deux secteurs : un secteur
« formel » et un secteur « informel ». Pour justifier cette
distinction, des chercheurs vont présenter des critères de différenciation.
Leurs définitions ont été qualifiées de multicritères. Le premier à donner le
ton, c’est le Bureau International du Travail qui a formulé 7 critères qui
caractérisent le « secteur informel » et le différencient du secteur
« formel »[3] :
-
l’absence des
barrières à l’entrée,
-
l’utilisation des
ressources locales,
-
la propriété
familiale de l’entreprise,
-
l’échelle
d’activité réduite,
-
des techniques qui
privilégient le recours à la main d’œuvre,
-
des
qualifications acquises hors du système de formation officiel,
-
des marchés
compétitifs et sans réglementations.
A l’instar du BIT, plusieurs auteurs adoptent des définitions
fonctionnelles, basées sur des critères organisationnels.
Cette description faite par le BIT est inspirée de la théorie
néo-classique du marché. En effet elle suppose au sein du « secteur
informel », l’atomicité et la fluidité du marché des produits et des
facteurs de production. Le « secteur informel » est donc un marché de
concurrence pure et parfaite, mais segmentée, non reliée directement au marché
officiel moderne[4]. Mais
le « secteur informel » est encore décrit par rapport au
« formel ».
Dans ce sillage, Sethuraman[5]
présente également des critères de description du « secteur
informel », à savoir :
-
l’emploi de dix
personnes au plus,
-
la
non-application des règles légales et administratives,
-
l’emploi d’aides
familiaux,
-
l’absence
d’horaires ou de jours fixes de travail,
-
l’absence de crédits
institutionnels,
-
une production destinée
au consommateur final,
-
une formation
scolaire inférieure à six ans,
-
pour certaines
activités, l’absence d’énergie mécanique et électrique,
-
le caractère
ambulant ou semi-permanent de l’activité.
On peut remarquer que ces critères sont proches de ceux du BIT. Comme
d’autres qui abonderont dans le même sens, c’est une façon de définir le
« secteur informel » en en présentant des critères d’appartenance qui
le démarquent du « secteur moderne » jugé « formel », et dont
le premier semble l’antipode, la négation, l’absence.
Cependant, ce secteur est fort hétérogène. On y retrouve des petites
activités de subsistance comme la vente des feuilles de manioc en tas, du
pétrole en mesurette, des petites unités de production, tout comme un certain
capitalisme avancé etc. Ainsi, le BIT a affiné sa description de ce
« secteur », à la 15ème conférence internationale des
statisticiens du travail. Sous son égide, celle-ci a formulé la définition dite
internationale du « secteur informel » :
« un ensemble d’unités produisant
des biens et services en vue principalement de créer des emplois et des revenus
pour les personnes concernées. Ces unités ayant un faible niveau
d’organisation, opèrent à petite échelle et de manière spécifique, avec peu ou
pas de division entre le travail et le capital en tant que facteurs de
production. Les relations d’emploi, lorsqu’elles existent, sont surtout fondées
sur l’emploi occasionnel, les liens de parenté ou les relations personnelles et
sociales plutôt que sur des accords contractuels comportant des garanties en bonne
et due forme. »[6]
On retrouve toujours des critères qui insistent sur la taille de
l’unité économique, son organisation du travail et son rapport aux facteurs de
production, entre une intensité capitalistique et celle à main d’œuvre.
Par rapport au facteur travail, aux fins opérationnelles de collecte
statistique, le « secteur informel » est considéré comme un ensemble
d’entreprises individuelles appartenant à des ménages et constitué par [7]:
-
les entreprises informelles
de personnes travaillant pour leur propre compte et n’employant pas de salariés
de manière continue,
-
les entreprises
d’employeurs informels employant des salariés de manière continue mais en
dessous d’une taille (ou nombre d’emplois) déterminée par les seuils législatifs
et les pratiques statistiques en vigueur dans le pays (les seuils de 5 ou de 10
emplois étant les plus fréquemment utilisés) ou sans enregistrer ces salariés
ou encore sans être enregistrées en tant qu’entreprises.
On peut remarquer que ces entreprises peuvent être aussi sociétaires,
familiales par exemple, et pas nécessairement individuelles.
En plus de la taille de l’unité et de son organisation, il y a également
insistance sur les critères liés aux aspects de non-conformité aux lois,
d’absence de statistique et d’enregistrement.
Sans parler de « secteur informel », Jacques Bugnicourt
estime qu’à côté de l’offre « moderne » des biens et services, il
existe une offre « informelle » qui répond à un certain pouvoir
d’achat[8].
La dichotomie est affirmée bien qu’il n’en donne pas des critères de
distinction.
Les critères de découpage de l’économie en deux secteurs sont souvent
fondés sur l’analyse économique empirique. Le « secteur moderne »
englobe les unités économiques, entreprises publiques et privées, qui répondent
aux formes et aux normes établies. Le « secteur informel » récupère
toutes celles qui présentent d’autres caractéristiques spécifiques. Cette
analyse met plus l’accent sur les aspects économiques de l’informel. Ainsi à la
dichotomie des premières années de théories de développement entre
« secteur moderne » et « secteur traditionnel », succède
celle de « secteur formel » et de « secteur informel ».
En effet, la genèse du concept de « secteur informel »
s’inscrit dans un prolongement du contexte de réflexion menée dans les années
1950 sur le problème de l’absorption par le secteur capitaliste moderne d’une
population active en augmentation dans les villes, face à l’offre limitée des
emplois salariés dans les pays en développement. Arthur Lewis, John Fei et
Gustav Ranis ont particulièrement prévu dans leur théorie que
l’industrialisation absorbera l’excédent de main d’œuvre rurale non agricole.
Ces théories sont représentatives de l’analyse dualiste des économies en développement,
avec deux secteurs distincts : l’un moderne, capitaliste, industriel et
urbain ; l’autre, traditionnel, non capitaliste, agricole et rural. Le
développement est dès lors conçu de telle manière qu’il doive suivre un
processus selon lequel le secteur moderne doit absorber progressivement le surplus
de main d’œuvre du secteur traditionnel. L’absorption se réalise par
l’accumulation de capital que permet le réinvestissement des profits dans le
secteur capitaliste. Le secteur traditionnel joue le rôle de réservoir de force
de travail[9].
Mais l’on s’est rendu compte de l’incapacité du « secteur
moderne » à absorber ce chômage urbain qui devenait de plus en plus
ouvert. On a constaté que les chômeurs urbains ont créé, initié des emplois
dans des activités hors du « secteur moderne ».
Ces activités paraissent s’exercer hors de la « normalité »
moderne. Elles sont alors refoulées dans un secteur dit « informel ».
On peut donc dire, avec Martinet, que le concept d’ « informel »
est effectivement né de la frustration des économistes à rendre compte
des réalités observées à travers une vision dualiste de l’économie :
moderne/traditionnel, capitaliste/non capitaliste, structuré/non structuré[10]…
Ce dualisme est également établi sur base des critères fiscalistes et
aussi statistiques. Les activités informelles sont celles qui sont généralement
inaccessibles à l’Administration fiscale, du fait de l’absence des structures
et d’établissements enregistrés. Ce défaut peut être dû soit à l’insuffisance
des moyens financiers des opérateurs, soit à leur ignorance, soit encore à la
volonté manifeste de certains de dissimuler leurs activités...
Dans ce sens le « secteur formel » regroupe les entreprises
constituées et fonctionnant conformément à la loi. Ces entreprises sont répertoriées,
elles s’acquittent de leurs obligations fiscales et leurs activités sont
reprises dans les statistiques de la Nation, la Comptabilité Nationale. En
conséquence, une activité économique entreprise en dehors des exigences légales
et qui échappe aux mécanismes de contrôle de l’Etat, ne fait pas partie du
« secteur formel », mais bien du « secteur informel »[11].
C’est dans ce sens qu’on parlera de secteur « non
structuré », « non enregistré », « non officiel »…C’est toujours au nom de l’absence des structures de
l’économie ou de la législation « modernes ». L’économie
informelle se rapporte ainsi à un ensemble d’actes
économiques qui échappent aux normes légales en matière fiscale, sociale,
juridique ou d’enregistrement statistique[12].
Il y a donc différents critères de démarcation. Mais l’ « informel »
est toujours conçu en fonction du « formel ». Par ailleurs, il y a
risque de découpage arbitraire d’une réalité économique et sociale sur des
bases économicistes alors que la réalité est plus complexe. Ainsi certains en viennent
à remettre en question ces conceptions.
2.
Remise
en question de l’informel ?
Des auteurs ont mis en exergue la faiblesse
de la nation de ‘secteur informel’ à rendre compte de la réalité de façon
générale.
La notion même de secteur est rejetée entre autres, par Claude de Miras.
Pour lui, le « secteur informel » ne peut pas exister car il n’y a
pas un ensemble bien délimité d’entreprises qui le constitueraient. Chaque
unité économique peut receler plus ou moins de façon temporaire ou permanente,
une partie ou la totalité de ces activités qui échappent au contrôle légal,
fiscal ou statistique de l’Etat. Il n’existe pas renchérit-il, un secteur qui,
en même temps, circonscrirait toute l’économie informelle et qui serait
composée d’entreprises exclusivement informelles[13].
Claude de Miras prend ainsi le mot secteur au sens de démarcation
nette. Il remet en question un ‘secteur informel’ qui serait un ensemble
d’unités économiques spécifiques ne présentant que des caractéristiques
informelles, ce qui n’est souvent pas le cas. En effet, ces unités économiques
peuvent présenter des pratiques, des comportements informels en certains
aspects et formels en certains autres. Des cas de pluriactivité montrent aussi
que des mêmes agents économiques peuvent exercer des activités dans les deux secteurs
par exemple pour générer davantage des ressources ou pour disperser les risques
liés aux exploitations économiques. On ne pourrait donc pas parler non plus d’agents du
‘secteur informel’.
Bruno Lautier[14]
, pour sa part, relativise des caractéristiques censées être spécifiques au
« secteur informel » et qui sont présentées dans les définitions
multicritères.
Il estime que ce sont des idées préconçues et reçues. Parmi ces idées,
il cite :
-
le
faible niveau des revenus :
pour la plupart des individus engagés dans l’informel, les gains sont certes
faibles. Mais des micro-entrepreneurs et certains commerçants de ce secteur
peuvent percevoir des revenus supérieurs à ceux de certains salariés «formels ». Ce fait expliquerait d’ailleurs les
stratégies de mobilité volontaire des activités formelles vers des emplois
informels.
-
La faible taille des unités de production : si l’on définit l’informalité à
partir du non-respect du droit, il faut reconnaître que d’une part, il existe
des activités de grande taille totalement hors du droit. D’autre part, de
nombreuses entreprises enregistrées, de grande ou moyenne taille sont
partiellement informelles au sens où elles ne déclarent qu’une partie de leurs
salariés ou des salaires de ceux-ci.
-
Le non-respect de la loi : les unités de production informelles,
affirme-t-il, ne sont jamais complètement hors la loi, sauf certains petits
métiers de rue[15] ou
certaines organisations criminelles. Le paiement des impôts est rarement inexistant,
tout simplement parce que de nombreux intrants sont acquis dans un commerce
formel, et les petits commerces et ateliers sont souvent frappés d’impôts
forfaitaires.
Bref, il ressort des conceptions de Bruno Lautier, Claude de Miras et
Alain Morice dans leur ouvrage collectif (L’Etat
et l’informel, l’Harmattan, 1991) que le vrai problème est que, ce qui est
désigné comme informel existe effectivement, dans deux ordres de
réalités : d’une part, la réalité des habitants pauvres comme riches des
villes du tiers monde qui y opèrent. L’informel peut aussi exister en milieu
rural[16].
D'autre part il y a la réalité des spécialistes qui véhiculent le terme de
« secteur informel » : chercheurs, hommes politiques, banquiers…
L’informalité ne constitue donc pas en soi un secteur.
Jacques Charmes estime de son côté que la critique principale à
formuler à l’encontre du concept de « secteur informel » c’est
l’ambivalence des situations et l’hétérogénéité des activités qu’il recouvre[17].
L’ambivalence résulte du fait qu’il est difficile d’affirmer qu’un individu
exerce une activité dans le secteur moderne ou formel, et qu’il en exerce
seulement une dans ce secteur. Dans le « secteur formel » comme dans
le « secteur informel » des employés recourent souvent à la pluriactivité.
Les deux secteurs sont souvent imbriqués au sein des activités des agents
économiques. La dichotomie entre les deux secteurs n’est donc pas aussi
significative.
Le « secteur informel » est par ailleurs hétérogène. La
typologie par des critères tranchés est difficile. La diversité va des
activités illégales, clandestines ou au noir, jusqu’aux petites entreprises
intermédiaires, en passant par des activités qui s’exercent sur la rue ou à
domicile. Au sein de ces activités, des pratiques informelles et formelles
s’imbriquent souvent.
La portée idéologique de cette notion de « secteur informel »
suscite également des interrogations. En effet le concept est passé dans le
champ de la problématique du développement. On conçoit alors des politiques de
promotion du « secteur informel » comme stratégies de lutte contre la
pauvreté.
En effet, le concept est arrivé à un moment de constat d’échec des
politiques et des expériences de développement, de coopération au développement
des années 1960 et 1970.
Et Claude de Miras de se demander s’il ne s’est pas agi pour les Etats
et leurs supports internationaux, de créer une sorte de lieu imaginaire (le
« secteur informel ») puis de l’occuper à travers des discours, des
projets, des budgets et une multitude d’institutions[18].
La cristallisation autour de la notion de « secteur
informel » est sans doute liée à sa récupération par le néolibéralisme qui
y voit un secteur d’émergence potentielle de nouveaux entrepreneurs. Ceux-ci peuvent susciter la croissance dans
leurs économies si leurs micro-entreprises bénéficient de crédit, d’un autre
cadre institutionnel d’épanouissement du marché, des marchés publics…La
promotion de ce secteur serait alors le cheval de bataille pour le
développement.
Il y a donc une interrogation sur l’intérêt grandissant pour le
« secteur informel », particulièrement de la part des organismes
internationaux. La notion légitimerait la promotion des micro entreprises dans
une perspective du libéralisme. La réalité de l’économie informelle serait ainsi
fonctionnelle de la pensée dominante en matière de développement.
Certains éléments de cette remise en question paraissent exagérés.
Toutefois on peut retenir que la réalité même des phénomènes informels
socio-économiques est reconnue. Ceux-ci sont conceptualisés sur base des études
empiriques. Ainsi selon des circonstances des temps, des lieux, des acteurs,
des activités…, certaines spécificités de ces phénomènes peuvent être plus
manifestes. Les définitions multicritères en présentent des aspects réels. Mais
ils ne sont pas à considérer d’abord en fonction de ce qui est
« formel ».
En plus, ces définitions, ces approches sont des interprétations d’une
réalité sociale qui renferme plusieurs dimensions. Il paraît normal alors qu’il
n’y ait pas unanimité sur les définitions, les critères.
Dans la compréhension de cette réalité, nous voudrions aussi relever
une différence entre « économie informelle » et « économie
souterraine ».
Plusieurs termes sont utilisés pour désigner des activités économiques
qui échappent aux normes légales et au contrôle de l’Etat. Roubaud[19]
en a recensé 26 :
Economie non officielle, économie non
enregistrée, économie non déclarée, économie dissimulée, économie submergée,
économie clandestine, économie parallèle, économie alternative, économie
autonome, économie grise, économie marginale, contre-économie, économie
invisible, économie illégale, économie non observée, économie cachée, économie
sous marine, économie souterraine, économie secondaire, économie duale,
économie occulte, économie noire, économie irrégulière, économie périphérique,
économie informelle, économie de l’ombre. MacGaffey[20]
a particulièrement fait passer dans l’usage les concepts d’ ‘économie
seconde’ et ‘économie réelle’.
L’approche en terme de « secteur informel »
en opposition à un « secteur formel » pourrait amener à confondre des
réalités auxquelles se réfèrent ces économies. Il importe par exemple de
relever la différence entre économie
informelle et économie souterraine .
Le secteur informel revêt une connotation des activités qui échappent
aux statistiques officielles et ne se conforment pas aux lois. Mais les
activités d’économie souterraine sont davantage illicites, clandestines voire
délictueuses. Ses acteurs opèrent généralement en secret. Par contre, les
opérateurs en économie informelle ne se cachent pas pour pratiquer leurs
activités. D’ailleurs, au Kenya, on les qualifie de ‘jua kali’ en langue
kiswahili, littéralement ‘sous le soleil ardent’, pour désigner ces activités,
généralement de vente, qui, faute de local approprié, se pratiquent sur la rue,
à la merci des intempéries. Elles ne se dissimulent pas.
Si les pratiques d’économie souterraine peuvent être qualifiées de ‘hors-la-loi’, celles d’économie
informelle seraient plutôt ‘hors-lois’[21],
encore qu’elles peuvent ne pas l’être entièrement. Ces
dernières sont hors lois dans la mesure où elles tendent à ignorer la
distinction entre légalité et illégalité. Elles exploitent les opportunités, se
plient aux contraintes et aux rapports de force sans tenir compte du cadre
légal que définissent les textes de loi et les règlements officiels.
Sur base du critère de légalité, les activités informelles se
situeraient entre celles qui sont totalement légales (formelles) et celles qui
sont totalement illégales (souterraines). L’économie informelle se situerait
dans cette zone que Maldonado qualifie de ‘grise’, allant de l’illégalité la
plus complète à un degré d’observation avancé des lois en vigueur[22].
Parmi les activités d’économie souterraine, on peut mentionner le faux
monnayage, le trafic des stupéfiants, le trafic de prostitution ou
d’immigration, la fraude fiscale ou douanière, des pratiques de corruption, des
détournements des biens ou des deniers publics etc. Il faut également y ranger
des activités lucratives du secteur criminel, le blanchissement d’argent etc.
Tom de Herdt et Stefaan Marysse[23]
distinguent trois segments à l’intérieur du secteur informel de l’économie du
Zaïre au début des années 1990. L’un, ils l’appellent ‘capitalisme sauvage’. Les
activités d’économie souterraine, c’est à dire celles qui, sous un régime
politique de droit seraient prohibées parce qu’illégales, en constituent une
composante.
On peut aussi préciser que des activités licites peuvent recourir aux
pratiques d'économie souterraine. C'est le cas des stratégies illégales de
profits.
Comme l'indique Roubaud[24],
au sein de l’économie souterraine, il y a une volonté délibérée d’échapper au
système d’enregistrement obligatoire, d’évasion fiscale ou douanière. C’est une
économie cachée, qui occulte volontairement des facteurs de production (travail
ou capital), pour en tirer avantage. Mais les activités qui relèvent du
« secteur informel », poursuit-il passent à travers les mailles du filet
des réglementations publiques mais sans nécessairement chercher à tirer
avantage de cette situation. D’une part, les défaillances intrinsèques au
système d’enregistrement peuvent expliquer qu’une partie des activités
proprement économiques lui échappent. D’autre part, il peut s’agir d’une méconnaissance,
d'une ignorance des législations.
Cette distinction fait apparaître, encore une fois, l’hétérogénéité des
activités qui peuvent être globalement qualifiées d’informelles.
Il faut bien sûr reconnaître, que leurs opérateurs combinent plusieurs
stratégies. Il peut arriver qu’ils aient recours à des pratiques d’économie
souterraine. Mais la distinction mérite d’être relevée notamment du point de
vue de la nature des activités et du fonctionnement de ces économies. Cette distinction
peut par exemple orienter les politiques de développement. Elles ont intérêt à
comprendre la nature, la distinction, le fonctionnement des activités
informelles domestiques, des petites activités marchandes, des services de rue,
de l’artisanat, de la petite production, du financement hors banques etc., dans
la perspective d’en appuyer le dynamisme. Ce dynamisme des acteurs de
l’économie informelle est manifeste en Afrique.
Les
activités économiques informelles sont généralement entreprises par des populations
pour améliorer leur qualité de vie. Leurs initiatives témoignent de leur
vitalité, de leur dynamisme pour faire face à leurs conditions d’existence.
Leurs activités sont hétérogènes et peuvent combiner des logiques économiques avec
des logiques sociétales relationnelles, particulièrement en Afrique.
Comme le reconnaît Serge Latouche[25],
l’économie informelle peut être comprise comme auto-organisation des individus,
des peuples pour la réalisation d’objectifs de survie ou plus largement d’une
vie économique alternative, soit par récupération, détournement, innovation
technologique endogène, l’utilisation éventuelle du marché, des rapports
marchands, des rapports salariaux… De la technique et du capital se combinent
aux facteurs tels que l’auto-organisation, l’autoproduction, l’autoconsommation,
les rapports communautaires et familiaux, les structures traditionnelles, pour
assurer la survie ou mieux l'amélioration des conditions de vie des
laissés-pour-compte des grandes « logiques » mondiales. Ces dernières
sont dominées actuellement par le néo-libéralisme de marché prônant une
globalisation des échanges.
Des
hommes, des femmes, face à la pauvreté, se lancent dans des activités de débrouille.
Reflet du dynamisme des populations à la base, cette économie informelle
constitue une porte de sortie de crise et souvent une source d’espoir pour ceux
qui s’y lancent, avec pour objectif commun d’améliorer leurs conditions de vie[26].
Cette approche met ainsi en avant le comportement des populations comme
acteurs socio-économiques. Ils développent des stratégies face aux contraintes
de la vie. L’économie informelle est une dynamique de combinaison de
différentes stratégies qui recourent aux logiques économiques, sociales, culturelles
etc., pour se prendre en charge. Cette créativité va se développer dans le
secteur marchand, artisanal, des services, surtout parmi les plus démunis.
L’économie informelle paraît donc plus proche d’une « économie du
peuple », une économie accessible au peuple, qui lui est intelligible, qui
le fait vivre[27].
Il ne s’agit pas exclusivement d’une économie de la pauvreté mais du
mode d’organisation socio-économique qui porte le dynamisme productif du
peuple.
Dans son hétérogénéité, Marthe Nyssens y distingue trois niveaux [28]:
-
le niveau de
survie : ce sont des activités qui sont considérées comme ponctuelles ou
d’urgence. Il s'agit en quelque sorte d'une économie de la pauvreté, de
l’indigence.
-
le niveau de
subsistance : ce sont des activités plus ou moins stables, qui assurent la
satisfaction des nécessités essentielles mais qui ne permettent aucune forme
d’accumulation ou de croissance,
-
le niveau de
croissance : ce sont des activités par lesquelles les participants peuvent
améliorer leurs conditions de vie à moyen terme.
On ne peut adopter cette distinction de façon rigoureuse. Elle
constitue néanmoins une indication de l'hétérogénéité de l’économie informelle
qui ne peut être réduite à une économie de l’indigence.
Les activités informelles sont à considérer avant tout comme une forme
particulière de la dynamique sociale dans les sociétés en développement. Elles
sont une réponse de la société aux besoins nouveaux, aux mutations
structurelles, aux contraintes sociales résultant de l'influence du développement
transféré sur toutes les catégories sociales[29].
Les innovations, la créativité des opérateurs dans cette économie
s’interprètent comme des réponses d’adaptation face aux situations
socio-économiques particulières. Parmi ces acteurs, on retrouve beaucoup de femmes.
Elles prennent de plus en plus des initiatives pour subvenir aux besoins de
leurs familles. Le sentiment de devoir compter peu sur leurs maris dans cette
prise en charge les stimule à prendre des initiatives, à s’organiser. Une de
leurs stratégies, ce sont les relations sociales d’entraide.
Les opérateurs des activités informelles constituent des acteurs de
terrain, qui trouvent des réponses aux demandes d’un peuple. Ces sujets
économiques et sociaux développent des pratiques populaires qui témoignent
d’une réelle capacité d’organisation, de créativité dans le cadre de la vie
quotidienne. En partant de leurs pratiques, on en vient à réaffirmer cette
économie populaire comme phénomène durable, qui a sa propre logique et qui
n'est pas subordonné à l’économie moderne ni en attente d’être incorporé dans
celui-ci[30].
En son sein, les ressources relationnelles constituent une composante
fondamentale. Cette conception se retrouve notamment chez Philippe Hugon, Jean
Philippe Peemans etc. Serge Latouche y voit même une économie ‘alternative’.
D’un point de vue culturel, les logiques des acteurs économiques sont
portées non seulement par le marché mais aussi par des considérations sociales.
La théorie microéconomique du libre marché place par exemple la formation du
prix dans le jeu de l’offre et de la demande. Il peut s’agir du prix des biens,
des services, du travail ou des capitaux. Du point de vue de la rationalité
économique, les acteurs de l’économie informelle entreraient aussi dans ce jeu.
En partant de l’offre, leur élément fondamental de fixation de prix ce sont les
coefficients techniques de production[31].
Ils sont basés sur l’expérience empirique: combien de
pains fabrique-t-on avec un sac de farine ? Combien de paires de chaussures
découpe-t-on dans une peau ? En combien de jours le stock de telle
marchandise est-il épuisé et doit-il être renouvelé ?
La connaissance de ces coefficients suppose
une analyse des coûts ventilés sur le nombre d’unités produites. Mais les
relations entre les intervenants à la transaction entrent aussi en jeu dans la
fixation des prix des opérateurs informels. Le marchandage peut ainsi
discriminer les clients sur base de différents critères, surtout les relations
sociales.
Les transactions sont enchâssées dans la socialité. Les « exclus
du sud », comme les appelle Serge Latouche, produisent et reproduisent
leur vie hors du champ officiel, par des stratégies relationnelles. Les
expédients, les bricolages, la débrouille de chacun s’inscrivent dans des réseaux.
Prêter, emprunter, donner, recevoir, s’entraider, passer commande, livrer, se
renseigner, supposent des rencontres, des visites, des réceptions, des
discussions. En dépit donc de la monétarisation et de l’environnement marchand,
le social enchâsse l’économique[32].
Il y a alors lieu de reconnaître que le social contribue largement à
résoudre la crise économique. Bien sûr les formes de solidarité que met en
œuvre le système non marchand sont rendues possibles grâce au mode de
redistribution sociale des revenus opérée sur les activités marchandes[33].
Il y a tout de même le risque que ces relations sociales nuisent à la
rentabilité, à la bonne gestion. En effet, les entrepreneurs peuvent faire face
au parasitisme alourdissant leurs charges, et annihilant leurs possibilités
d’accumulation et d’investissement. Le risque est réel ; cependant, il
faut aussi reconnaître que la redistribution sociale s’accompagne de
réciprocité dans la perspective de ce qu’on peut appeler une forme d’assurance
sociale. Il y a donc à la fois des objectifs prioritaires économiques et
sociaux.
Les activités de ces acteurs ne sont donc plus perçues uniquement du
point de vue économique ni légaliste mais aussi par rapport aux autres
dimensions notamment le développement des stratégies sociales. On peut dès lors
parler de système productif spécifique qu’il convient d’appréhender en prenant
en considération ses différents aspects. Il ne s’agit simplement pas d’une
économie juste pour survivre, qui est non moderne. Mais c’est une économie
populaire, où des pratiques économiques sont enchâssées dans la réalité
socioculturelle. Ce point de vue se retrouve aussi chez Gauthier de Villers.
Pour lui il s’agit d’un univers socio-économique que l’on peut délimiter en
adoptant le point de vue des gens d’en bas. C’est le champ dans lequel se déploient
et où dominent numériquement leurs petites activités mais où se noue aussi
l’articulation de celles-ci à certains segments ou à certains aspects de
l’économie pratiquée par des gens plus riches. C’est un champ, poursuit-il où
coexistent et interfèrent des activités « non modernes » et
« modernes ». C’est encore un champ où les activités (d’un lieu à
l’autre ou d’un moment à l’autre et pour des raisons tenant à leur nature, aux
circonstances, aux comportements des acteurs) sont tantôt enregistrées, tantôt
non enregistrées, tantôt réglementées, tantôt non réglementées[34]…
Nous partageons cette conception de l’économie informelle : une
économie accessible au peuple, qui caractérise son mode d’organisation socio-économique,
où l’économique est une composante de la réalité sociale, cette économie aux
activités hétérogènes, enchâssée dans le social, dont les acteurs sont porteurs
d’un dynamisme articulant des logiques économique, culturelle, relationnelle
etc., afin d'améliorer leurs conditions de vie, dans leur milieu. L’analyse de
ces activités importe de les replacer alors dans le processus historique de la
reproduction socio-économique de ce peuple. Elle peut être de la sorte mieux
comprise.
L’économie informelle serait ainsi une dimension d’une société où l’on
peut parler également de phénomènes informels en politique, en droit, en
religion, en éducation, en santé…
Gauthier de Villers voit alors dans l’informel une manifestation du
métissage culturel des sociétés africaines. L’informalité, c’est donc finalement
une des modalités majeures selon laquelle s’opère le changement culturel et
social dans un contexte comme celui de l’Afrique noire aujourd’hui[35].
L’optique est ici socio-anthropologique.
Ce contexte est aussi celui où des acteurs ignorent, évitent ou manipulent
les systèmes juridiques de l’Etat ou les combinent avec des normes de la
pratique. L’analyse des activités d’économie informelle nécessite ainsi de les
situer par rapport à un autre acteur : l’Etat.
Les années 1980 et 1990 ont connu une
expansion des activités économiques informelles dans les pays africains.
Plusieurs sont soumis aux mesures d’ajustement structurel avec ses contraintes
de restructurations économiques et budgétaires. Parmi ses conséquences, on peut
citer des licenciements massifs au sein de la fonction publique, l’érosion des
salaires réels, l’abandon par l’Etat de certaines de ses fonctions sociales, la
suspension de certains travaux d’investissement et d'infrastructures…Cette
situation a contribué à une certaine défaillance et impuissance de l’Etat post colonial.
En effet, aux premières années des
indépendances, devant la capacité limitée des capitaux privés et la nécessité
de faire face aux immenses problèmes de développement (pauvreté, éducation,
manque d’infrastructures…), les nations africaines ont suivi un modèle
économique dans lequel l’Etat est le principal acteur. Il s'implique
directement dans l’organisation des activités économiques. Mais une certaine
bureaucratie a développé des réseaux clientélistes préoccupés plus
d’enrichissement individuel que de compétitivité économique et de bien-être
collectif. On en est arrivé, dans certains pays, comme au Zaïre à l’époque, à
un Etat « kleptocrate » qui a fini par perdre de sa crédibilité. Les
programmes d’ajustement structurel ont accru cette perception négative de
l’Etat[36].
Les mesures de réformes administratives, en exigeant « mieux d’Etat »
ont plutôt mis en pratique « moins d’Etat ». Celui-ci s’en est trouvé
davantage fragilisé.
En effet, l’Etat s’est révélé de plus en plus incapable de répondre aux
demandes sociales de ses populations. Ce contexte a contribué à l’expansion des
activités informelles pour répondre à certaines de ces demandes. On peut citer
des écoles, des postes ou centres de santé initiés par des individus, des
associations, des confessions religieuses etc., souvent de manière informelle,
entendu au sens de ce qui est en dehors du cadre institutionnel de l’Etat.
C’est dans ce sens que Claude de Miras estime qu’une certaine nature de
l’Etat va motiver l’émergence des pratiques économiques informelles. Celles-ci
sont hétérogènes dans leurs formes concrètes et leurs fondements économiques.
Mais elles sont rendues possibles par des conditions particulières de mise en
œuvre de la puissance publique. En ce sens, l’informalité interroge la nature
de l’Etat dans les économies non développées[37].
L’Etat-nation, affaibli, a vu sa puissance publique amoindrie. Il n’a
plus été suffisamment capable de jouer son rôle de régulation et d’intégration
économique, sociale et politique. Les situations de guerre dans des pays
d’Afrique contribuent encore davantage à affaiblir cette puissance publique.
Sans totalement partager cette notion formulée par Myrdal en 1969, on
pourrait appliquer à cet Etat , le qualificatif
d’ « Etat mou ». La notion s’applique à une situation d’absence
de discipline sociale dans les pays sous-développés. Cette absence se traduit par: le manque d’obéissance aux règlements et directives édictées
par l’autorité, de fréquentes collusions entre cette autorité, les individus
puissants et les groupes de personnes dont elle devrait contrôler les actes et,
enfin, une tendance sensible dans toutes les couches de la population à résister
au contrôle de l’autorité publique et à ses voies et moyens[38].
Parmi ces voies et moyens, on peut citer les législations fiscale,
commerciale, douanière, de travail etc. Beaucoup de raisons peuvent être à la
base de cette « mollesse » de l’Etat. Nous pouvons évoquer en ce qui
concerne l’Afrique, l’insuffisance des moyens de fonctionnement, l’inadaptation
aux cultures locales et aux réalités nationales de certaines institutions,
lois, structures et formes bureaucratiques héritées de la colonisation, une mauvaise
gestion…
Parlant spécifiquement des pratiques informelles au Zaïre, Kuyu Mwissa
estime qu’avec la panne de la machine institutionnelle étatique, s’est posé la
nécessité de la régulation de la société par le bas[39].
Ainsi beaucoup d’aspects de la vie réelle de la population se passent hors des
instances étatiques grâce à des formes de survie, des réseaux de solidarité,
des modes de reproduction et des valeurs qui sont des réponses à des situations
concrètes devant l’impossibilité ou les difficultés à se référer aux cadres
institutionnels.
Face à l’échec des politiques de développement par l’Etat, d’autres
acteurs, ceux de l’économie informelle, notamment ceux qu’il ignorait, ont
développé des activités qui, à leur tour, ont plus moins ignoré l’Etat[40].
Ils ne pouvaient plus attendre de lui la production et la répartition du
bien-être collectif à l’instar d’un Etat providence. En effet, dans la
perspective keynésienne, les questions du chômage et de l’emploi, des salaires
et de la gouvernance macro économique sont considérées comme des composantes
essentielles de l’Etat-providence[41].
Ces acteurs sont animés de la conviction qu’ils doivent se prendre.
En tout état de cause, on ne peut pas dire que les activités
informelles soient dépourvues de tout cadre de régulation, bien qu’elles ‘ignorent’
l’Etat. Avec Maldonado[42],
force est de reconnaître que l’économie informelle est régie par des normes,
des règles, des procédures de différentes opérations ou pratiques, par exemple
en matière de règlement des conflits. Elles peuvent évidemment ne rien avoir de
commun avec les régulations et procédures officielles. Néanmoins, ses acteurs
s’y conforment.
On se trouve donc devant un phénomène de pluralisme institutionnel et
juridique, avec imbrication d’institutions et des pratiques issues de sphères
économiques et sociales différentes. L’on ne peut donc pas brandir un
positivisme et un monisme des institutions et du droit, qui voudraient qu’il ne
soit de droit et d’institutions que de l’Etat. L’informel serait alors rejeté
dans une sphère d’infra-droit ou de non droit, ce qui n’est pas réaliste.
Du point de vue de la législation, certaines activités informelles ne
s’acquittent pas des impôts et taxes. D’autres s’en acquittent après
marchandage avec les services publics percepteurs. Une certaine complicité peut
ainsi lier les acteurs de l’économie informelle et ces services. C’est sans
doute ce qui fait dire à Bruno Lautier que ce que l’on nomme informalité n’est
pas le signe de l’absence de l’Etat. Elle en est constitutive. Ainsi, au lieu de
se demander « pourquoi l’Etat ne parvient-il pas à appliquer les lois
qu’il émet ? », il estime que la bonne question serait :
« pourquoi l’Etat fabrique-t-il des lois qui sont faites pour ne pas être
respectées ? »[43]
Ces questions ne s’excluent pas. Elles traduisent une réalité:
la connivence entre l’Etat et des opérateurs de l’économie informelle. L’Etat
lui-même peut recourir à des pratiques informelles, y opérer, ou développer des
outils, des institutions qui les favorisent.
D’un autre côté, le fait d’ échapper aux
impôts et taxes, volontairement, par ignorance des acteurs informels, par
manque de confiance aux services publics ou par défaillance de contrôle de
l’Etat, prive celui-ci des moyens de son action. Il en est affaibli au point de
devenir dans certains cas un Etat ‘informalisé’, prédateur. Ce dernier use plus
de racket des opérateurs économiques que de sources légales de recettes publiques .
L’informel pose donc la nécessité de la réflexion sur la nature de
l’Etat. Pour le bien être collectif, il y a la nécessité d’un autre Etat que
l’Etat mou, ou l’Etat prédateur. La définition d’un autre Etat, est un débat de
nature politique qui doit associer tous les acteurs d’une société. Ce débat,
s'il est réellement démocratique, est une occasion de négocier le droit et les
institutions, selon les intérêts de tous les acteurs.
La manière de concevoir l’Etat influence le type de politique
économique. Dans sa réflexion sur l’économie informelle, le péruvien Hernando
de Soto estime que ces activités sont hors lois parce qu’elles sont entravées
par des régulations publiques[44].
Certes, il n’y a pas une seule cause à l’émergence des activités
économiques informelles. Mais il est clair, dans la conception de Hernando de
Soto, que c’est l’Etat qui, en régulant fortement des activités pousse les
opérateurs économiques à les développer de façon informelle. La conséquence,
pour cet auteur, c’est que l’Etat entrave ainsi les activités qu’il régule et
en même temps le progrès économique. La mesure de politique économique sera
bien sûr la déréglementation. C’est le ‘laisser-faire’ du libéralisme.
Pour d’autres par contre, devant les méfaits du marché, l’Etat, comme
puissance publique, doit intervenir en matière économique notamment pour
assurer la redistribution.
François Roubaud[45]
fait la synthèse de trois conceptions de rapport entre l’informel et l’Etat et
les politiques y relatives, dans ce tableau.
Tableau
1. : Rôle de l’Etat et politique économique
|
Position idéologique |
Définition |
Recommandations de politique économique |
|
Keynésiens
et néo-keynésiens |
Logique
de production |
Politique
active d’emploi et de redistribution des revenus |
|
Néoclassiques
et Libéraux |
Position
vis-à-vis des régulations publiques |
Retrait
de l’intervention de l’Etat |
|
Néomarxistes |
Position
vis-à-vis des régulations publiques |
Remplacement
de l’Etat Capitaliste |
Nous n’allons pas embarquer ici dans le grand débat entre économistes
néo-libéraux, néo-keynésiens et néomarxistes autour de qui, de l’Etat ou du
marché doit réguler l’économie, ou autour du compromis d’une économie sociale
de marché.
De toutes les façons, la dérégulation a déjà montré ses désastres au vu
de l’accroissement des marginalisés, des méfaits des crashs financiers etc.
Malgré cela, l’idéologie dominante reste le libéralisme qui continue à
proclamer la suprématie absolue des forces et de mécanismes du marché. La
mondialisation a accru la suprématie de ce modèle, concentrant ainsi le pouvoir
de décision entre les entreprises rentables et compétitives, présentes sur des
pôles de performance et qui contrôlent le capital, la technologie et
l'information. Les Etats en sont réduits au rôle minimal de servir ce modèle, -
ce que Coméliau qualifie d’ « Etats
subordonnés »[46].
D’autre part, l’Etat interventionniste a déjà prouvé aussi ses limites.
Il nous semble donc que, selon chaque contexte, dans chaque lieu, tous
les acteurs sociaux doivent négocier sans cesse des mécanismes de régulation de
leur économie, des rapports entre l’Etat et la société.
Par rapport à l’économie informelle, on ne peut raisonner en termes de
causalité, mais il est on ne peut plus clair qu’il existe un lien entre les
faiblesses de l’Etat dans ses fonctions redistributives, sociales, de
régulation et de gouvernance et l’expansion des activités informelles.
I.4. Activités économiques informelles et développement
Les activités informelles entreprises dans le domaine économique
traduisent un dynamisme porteur d'atouts pour le développement selon le sens
que lui donne le peuple qui en est acteur. Sa volonté de se prendre en charge
et ses différentes expressions d’autogestion, à travers des activités
socio-économiques informelles sont à prendre en considération dans des
politiques de développement. Dans le domaine économique, la contribution de
l’informel est sensible en matière d’emploi, des revenus, des investissements.
Ces politiques devraient être centrées sur les conditions de vie concrètes que
ces populations veulent améliorer par des initiatives à la base. Elles sont
donc à reconnaître comme véritables acteurs qui veulent assurer la maîtrise de
leur destin.
Comme l’indique Jean Philippe Peemans[47],
le démantèlement du secteur public et la réduction drastique des dépenses de
redistribution a obligé, dans de nombreux pays les populations à se prendre en
charge elles-mêmes avec plus ou moins de succès selon la capacité d’initiative
locale. Et les nouvelles tendances de la pensée sur le développement à la fin
des années 1980, vont dans le sens de reconnaître la vitalité et la créativité
des sociétés que la théorie de la modernisation qualifiait de ‘traditionnelles’
et d’ ‘obstacles’ au décollage économique.
Ces nouvelles tendances reconnaissent les voies plurielles de
développement et ont ainsi abandonné non sans le récuser, l’évolutionnisme
universaliste, linéaire des théories de la modernisation[48].
Du reste on peut reconnaître avec Ignacy Sachs que l’expérience des pays en
développement montre qu’il peut y avoir différentes voies de développement et
que le modèle historique des pays développés n’est pas à considérer comme le
seul possible[49].
S’il existe un consensus autour de la reconnaissance du dynamisme dont
sont porteurs les acteurs de l’économie informelle, il n’en est pas de même
quant aux politiques de développement à adopter à leur égard, en vue de leur
promotion.
Celles-ci sont liées essentiellement aux conceptions de l’informel, de
l’Etat et du développement.
Face à l’objectif de promotion de l’économie informelle en vue du
développement, on peut retrouver deux positions majeures divergentes[50].
Les uns estiment qu’un contrôle plus strict des conditions d’exercice des activités
informelles est indispensable pour garantir la rentabilité des entreprises
modernes. Les activités informelles sont jugées nocives pour les entreprises
modernes. Il est alors clair qu'on propose à l’Etat de les réprimer.
D’autres préconisent une réforme en profondeur du système législatif et
administratif afin de libérer les initiatives et le potentiel économique des micro-entreprises
informelles.
Pour la première tendance, les activités informelles doivent être
réglementées, normalisées. Elles sont plus perçues de façon négative :
elles contournent sans cesse les lois, échappent aux impôts et taxes privant
ainsi l’Etat des moyens de sa politique économique et redistributive. Mais
aussi elles mènent une concurrence ruineuse pour les entreprises formelles.
C’est dans ce sens que, parlant du Zaïre, à l’époque, Buabua estime
qu’il faut cerner et fiscaliser l’économie informelle, car elle prive l’Etat de
ses ressources. L’Etat qui a besoin des ressources fiscales pour assurer la
sécurité des personnes et de leurs biens et aménager un environnement
économique et socio-culturel sain, devrait prendre soin de réglementer
l’informel. Car, poursuit-il, la prédominance de l’informel sur le formel sape
l’autorité de l’Etat et expose le pays à l’anarchie[51].
Plus loin, il évoque comme méfaits de l’informel : le fait de priver
l’Etat de ses revenus, le non-rapatriement des devises, la thésaurisation, la
rétention des stocks, la fixation des prix fantaisistes, les mauvaises
conditions de travail, l’absence de l’équité, la prolifération de la corruption
pour éviter le contrôle officiel… Ce sont autant des raisons pour lesquelles,
il faut réglementer l’informel.
Mais on peut aussi relever que ces maux ne peuvent pas être attribuées
uniquement aux activités informelles. Il y a par ailleurs une confusion entre
économie informelle et économie souterraine.
Si la solution consiste à les formaliser, ne court-on pas le
risque d’en annihiler le dynamisme ?
La question mérite un examen global sur les causes de l’informel. En
effet, certains peuvent se soustraire à l’impôt par manque de confiance en
l’Etat, s’attendant à ce que celui-ci dilapide ses ressources au lieu de les
consacrer à l’intérêt général. Dès lors suffit-il de les fiscaliser pour
renflouer les caisses de l’Etat ? Il faut à notre avis examiner aussi la
question du point de vue des opérateurs de l’informel pour qui la légalisation
renferme des coûts.
Une autre tendance voudrait laisser s’épanouir le dynamisme des
activités informelles. Ainsi, pour le développement des sociétés où elles se
pratiquent, il faudrait laisser le jeu libre aux initiatives, à la créativité,
à la vitalité des individus au lieu de les entraver et de les étouffer par des
réglementations et des procédures étatiques.
Hernando de Soto, figure représentative de cette tendance, reconnaît
qu’échapper aux lois ne procure pas de bénéfice net aux informels. Mais c’est
parce qu’ils sont exclus des bénéfices que procure une légalité
discriminatoire, qu’ils s’y réfugient, affirme-t-il. Les informels enfreignent les
règles parce qu’elles ne leur conviennent pas. Le défi pour le Pérou, cas qu’il
traite, est d’instaurer un système légal et institutionnel qui soit le reflet
de la nouvelle société et permette le fonctionnement harmonieux de l’économie
surgie spontanément du peuple, mais freinée par une bureaucratie lourde.
Si cet objectif d’adaptation de l’appareil administratif aux réalités
sociales est fondé, le moyen d’y parvenir peut quant à lui susciter quelques
réserves. En effet, De Soto propose simplement la déréglementation :
l’Etat, soutient-il, doit renoncer à vouloir directement contrôler la
production ; toutes les activités doivent avoir accès au marché, dont
l’Etat ne doit pas chercher à prendre la place ; il doit exercer son rôle
re distributif sans décourager la production, le travail et l’épargne (De SOTO,
1994, pp.208-215.
Cette tendance analyse entre autres la réglementation en termes de
coûts. L’importance de ceux-ci orienterait des opérateurs vers l’informel.
A partir des données empiriques, Maldonado en fait l’estimation dans
les pays en développement en distinguant :
-
les coûts et les
délais de constitution d’une entreprise : les démarches administratives de
constitution d’entreprise sont lourdes ; elles prennent trop de temps, et
coûtent beaucoup d’argent. Selon une étude à Lima, les coûts de constitution
engloutiraient l’équivalent de 1231 dollars américains, tandis que ceux du
temps des démarches s’élèverait à 590. Ces coûts représentent respectivement 32
et 15 fois le salaire minimum.
-
le coût du maintien
dans la légalité : les coûts fiscaux et du respect de la législation du
travail ne permettent pas d’affecter des excédents à l’investissement et au
développement des entreprises. Ces coûts représenteraient 348 % du bénéfice après
impôt.
La solution consiste donc, dans cette optique, à transformer les
institutions et les instruments juridiques, en vue de l'épanouissement des
initiatives et du potentiel entrepreneurial populaire que recèle le secteur informel
et qui représente, en fait une nouvelle culture et un capital humain
indispensable au décollage économique[52].Une
consolidation de l'informel contribuerait à une amélioration des ‘inputs’ de la
comptabilité nationale : valeur ajoutée, revenus, épargne,
investissements, emplois[53]…Il
en résulterait des effets bénéfiques pour le développement économique national.
La tendance traduit ainsi une crainte que la formalisation de
l’informel par sa réglementation n’ait un effet néfaste sur ces activités :
l’étouffement de leur dynamisme et de leur potentialité en termes d’emploi, de
rentabilité, d’épargne. Les coûts de la légalisation feraient baisser les
bénéfices nets. La conséquence serait la disparition d’un grand nombre de micro
entreprises, ou tout au moins la compression sensible de leurs effectifs, suite
à leur incapacité à supporter les nouvelles charges[54].
Le corollaire serait aussi une aggravation du chômage et une accentuation de la
détérioration des conditions de vie pour un grand nombre. Même les clients s’en trouveraient pénalisés,
comme souligné précédemment, car les coûts de production se répercutent sur le
prix de revient et sur celui de vente.
Nous partageons en partie cette analyse. Ces conséquences arriveraient
dans le cas où cette légalisation ne s’accompagne pas de mesures telles que des
subventions, des exonérations, des simplifications administratives et de code
d’investissement, l’accès au crédit bancaire, l’alphabétisation pour vulgariser
les lois et encourager l’enregistrement des opérations…
Mais il y a lieu de s’interroger d’abord si la légalisation constitue
la meilleure solution de promotion des activités informelles en vue du
développement.
Nous reconnaissons par ailleurs que les tendances interventionniste et
néolibérale revêtent des éléments d’analyse et des propositions qu’il mériterait
de retenir, entre autres : la reconnaissance du rôle de l’Etat pour les
premiers et la nécessité de l’adaptation des institutions et procédures
administratives pour les seconds. En effet, les réformes administratives et
législatives sont nécessaires. Nous ne prétendons pas suggérer un cadre
normatif. Mais des réformes plus globales touchant à la fois l’économique, le
politique, le social…, s'imposent. La problématique de la recherche d’un cadre
institutionnel[55] des
activités économiques informelles touche à beaucoup d’aspects comme le statut
des activités, la protection du consommateur et de l’environnement, les
contraintes fiscales, le droit, le financement, ceux liés aux éléments culturels
des opérateurs, la qualité des services publics, la morale des agents de
l'’Etat ... Il s'avère nécessaire que les procédures administratives soient
moins lourdes, les agents de l’Etat plus honnêtes et plus efficaces, l’Etat
lui-même, moins bureaucratique, plus crédible, mieux gouverné.
Par ailleurs, on peut promouvoir les activités informelles : ce
sont des unités d’offre. Il importe aussi d’agir sur les conditions liées à la
demande, notamment dans le sens de l’amélioration du pouvoir d’achat des populations.
Car il existe un lien entre celui-ci et l’émergence des activités économiques
informelles.
En plus, mieux poser le problème, nécessite d’y associer les acteurs de
l’économie informelle. Il importe qu’ils participent au débat qui les concerne.
Ils peuvent ainsi s’exprimer sur la façon dont ils perçoivent les lois, l’Etat,
les services publics, la société, la nature de leurs activités, les coûts de la
légalisation et ceux de l’informalité, les avantages et les inconvénients de
l’une et de l’autre situation, la recherche d’un cadre approprié à
l’épanouissement de leurs activités… Ils peuvent également exprimer les raisons
de leur préférence pour des activités informelles. Il est clair que la
connaissance des causes ouvre des pistes de recherche des solutions plus durables
au lieu de se limiter à agir sur les effets.
Le regroupement des acteurs de l’économie informelle en associations
renforcerait leur capacité de se faire entendre, de négociation, au sein de ce
débat sur le rôle de leurs activités et leur promotion pour le développement.
C’est à notre sens, au sein de ce processus de négociation, entre
acteurs aux intérêts divergents, par un débat démocratique, compte tenu de
chaque contexte spécifique, que peuvent jaillir des pistes de solution à la
promotion de l’économie informelle face au développement du milieu.
On ne peut pas proposer une stratégie unique d’action comme
‘formaliser’ ou ‘laisser faire’. C’est au sein de chaque société que doivent
s’imaginer des initiatives, des inventions de solutions pour répondre à la
demande d’un cadre pour les activités informelles. Encore faut-il que cette
demande soit réelle. Elle ferait alors partie de l’ensemble des problèmes de
développement qui se posent dans une société. On y retrouve plusieurs acteurs.
Cette pluralité d’acteurs implique une pluralité d’objectifs mais aussi
des moyens qui peuvent entrer en confrontation. Au niveau local leur présence
peut se traduire par des actions et des réactions. Celles-ci peuvent être de
collaboration, de soumission, d’antagonisme, de concurrence, d’exclusion, de
domination, etc. C’est à travers elles que se composent et se recomposent
l’équilibre social, l’économie, le processus de développement de la société, sa
gestion, l’identité sociale etc.
Le développement de cette société est lié justement au renforcement de
sa capacité à s’autogérer. Comme l’exprime Jean Philippe Peemans[56],
il est intrinsèquement lié à la capacité de consolider les liens sociaux à
l’intérieur des collectivités ayant une base territoriale définie. Il est aussi
lié à la capacité des populations de gérer leur environnement (naturel,
social…) d’une manière viable à travers l’élaboration d’un cadre institutionnel
approprié et d’une identité culturelle qui a sa base matérielle dans la
construction même d’un territoire donné.
I.4. L’informalisation en période de guerre à
l’est du Congo
Les périodes de guerre contribuent à
l’affaiblissement de l’Etat en tant que puissance publique, particulièrement en
Afrique. La République Démocratique du Congo s’est davantage ‘affaibli’ dans sa
capacité de régulation et de contrôle à la suite des séquelles des deux
dernières guerres : celle qui a porté Laurent Kabila au pouvoir en
1996-1997, et celle qui dure encore, déclenchée en août 1998. Ces guerres
partent toutes de l’Est du pays. La dernière a consacré la partition du pays en
territoires sous contrôle gouvernemental et ceux sous administration de
différentes ailes de la rébellion.
Nous abordons des aspects de l’informalisation de
l’économie surtout au Nord Est du Congo, territoire contrôlé par le Rassemblement
Congolais pour la Démocratie/ Mouvement de libération, alors mouvement rebelle
au régime de Kinshasa, soutenu militairement par l’Ouganda. Il n’est pas facile
d’accéder aux données relatives à ces pratiques surtout souterraines, étant donné que par nature, les traces
sont dissimulées ou inaccessibles.
Il faut de prime abord remarquer qu’une
certaine nature de la puissance publique motive l’émergence des pratiques
économiques, fiscales, financières informelles.
Nous pouvons évoquer
pour illustration le cas du système qui a caractérisé la gestion en zone
rebelle, celui du préfinancement. En effet, le mouvement rebelle, a présenté
des besoins de financement pour sa gestion. Faute de ressources il s’empruntait
auprès des opérateurs économiques non pas en émettant des bons de trésor comme
peut le faire un gouvernement central, mais par des arrangements avec les
commerçants. Les relations, les affinités, les réseaux clientélistes entre les
opérateurs économiques et les gestionnaires du mouvement rebelle sont entrés en
ligne de compte dans la négociation de ces préfinancements. Le remboursement
s’effectuait en compensation d’équivalent des impôts, taxes ou droits de
douanes. Ce système qualifié au départ de mesure exceptionnelle de dédouanement
s’est généralisé. Des commerçants eux-mêmes ont commencé à proposer un
préfinancement au mouvement rebelle. En effet, les commerçants y ont gagné car
ils ont commencé à imposer un taux d’intérêt à ce prêt. Ce taux à court terme
pouvait être élevé, jusque 30 %. En plus,
le mouvement étant à cours d’argent, il pouvait arriver aux commerçants de
proposer un rabais des droits de douane et donc un accroissement de quantités à
dédouaner en apurement de ce prêt. Ces sommes importantes d’argent pouvaient échapper
au compte du trésor, même si des notes d’emprunt étaient parfois signées par
des responsables du Commissariat des finances du mouvement rebelle.
Déjà au tout début de
la rébellion, par une lettre du 22 septembre 1998, le chef du département des finances
du Rassemblement Congolais pour la Démocratie de Goma faisait savoir au contrôleur chef local de
l’Office des Douanes et Accises /Butembo que, pour faire face aux priorités
urgentes de l’armée, il avait demandé à un opérateur économique de la place de
percevoir anticipativement (préfinancement), pour le compte du trésor public un
montant de neuf cents mille dollars américains (900.000 USD) équivalent aux
droits d’entrée et taxes de cinquante containers de tissus imprimés à raison de
dix-huit mille dollars américains (18.000 USD) chacun, jusqu’à apurement de la
dette. Dans cette note ce chef ajoute
que cet opérateur économique « me versera intégralement cette somme en
dollars américains ».
Il est clair que ce
système a nuit au trésor public mais il est difficile d’accéder à la somme globale empruntée par les
rébellions sur base du préfinancement et aux données relatives à son
remboursement. Il n’est pas sûr que ces sommes ont été
toujours versées dans les comptes du trésor public de l’administration rebelle
et qu’elles ont été affectées aux dépenses publiques. En effet elle ne s’est
occupée ni de l’éducation, ni de la santé, ni de la paie de la fonction
publique etc., elle n’a pas entretenu les routes… Aux dires de certains
responsables rebelles, les moyens financiers ont surtout servi à couvrir les dépenses militaires, des
frais de l’administration, des voyages et missions diplomatiques.
Les sommes de
préfinancement sont prélevées dans le but du travail de l’Etat. Mais si elles
prennent une autre orientation, celui-ci est doublement pénalisé car, malgré
tout il doit rembourser, souvent avec des intérêts ou en concédant des
réductions, par amputation des droits de douanes. Il n’est pas sûr que le
contrôle de ce remboursement progressif a toujours été
efficace. Il a plutôt donné des occasions de contournement des contraintes
douanières.
Face à ces méfaits,
le système a été dénoncé même par certaines personnalités du mouvement rebelle.
Tel est le cas de Paluku Siwako, alors Inspecteur de la Commission
Présidentielle d’Inspection Générale. Pour lui, un préfinancement de 100.000
USD d’une durée de 9 mois sans contrôle aucun sur toute sorte de marchandise à
Bunia, le R.C.D./M.L. a encaissé une perte de 1.419.000 USD pour le pays[57].
Or à Beni et Butembo, deux autres villes commerciales du territoire sous
contrôle du R.C.D./M.L., le même système a fonctionné, peut-être même avec plus
d’ampleur. On peut dès lors imaginer l’importance du manque à gagner pour le
trésor public mais aussi celui du gain d’opportunité pour les commerçants.
Il est clair que des
commerçants avaient intérêt à apporter ainsi un quelconque soutien au mouvement
rebelle pour sécuriser aussi leurs affaires. Dans leur note du 2 juillet 2001,
signée par 37 opérateurs économiques, mémorandum de la Fédération des Entreprises
du Congo au Front de libération du Congo, plate-forme rebelle qui administrait
leur contrée, les commerçants écrivent : « en dépit de la conjoncture difficile, l’opérateur économique de Butembo
a répondu positivement à la sollicitation du pouvoir en accordant à ce dernier
des préfinancements »[58]
Un autre aspect à signaler est le trafic de monnaie. En effet depuis le
déclenchement de la guerre en 1998, le pays est divisé en zone gouvernementale
à l’Ouest et en zone contrôlée par les rébellions à l’Est et au Nord. Dans les
deux zones circulait la même monnaie nationale, qui a cours
légale : le franc congolais. Cependant, les institutions
financières de l’Est ne travaillent plus avec la banque centrale, émettrice du franc
congolais. Dans ces deux espaces, se présente une différence de change du
dollar américain par rapport au franc congolais. La rente liée à cette
différence a motivé le trafic souterrain des francs congolais de l’Ouest vers
l’Est. En effet selon les périodes, à l’Ouest pour un dollar, on avait
plus de francs qu’à l’Est. Des trafiquants allaient à Kinshasa munis de
dollars. Ils changeaient ceux-ci contre des francs congolais qu’ils
dissimulaient dans des cartons. Ils prenaient l’avion jusque Lubumbashi,
toujours en zone gouvernementale. Dans cette ville, ils dissimulaient ces
sommes en différents coins de convois de voitures. Ces dernières franchissaient
la frontière, avec un motif voilé de réparation ou d’achat à Lusaka, en Zambie.
La monnaie emballée en carton est mélangée aux marchandises conventionnelles ;
le tout est acheminé en avion jusqu’au Kenya ou à Entebbe en Ouganda, puis, de
là, mis en véhicule jusqu’à la frontière congolaise de Kasindi. Le trafiquant
déclare toute la cargaison comme marchandise conventionnelle, hors container. A
l’instar des autres trafics frontaliers, seule une déclaration simplifiée à l’importation est nécessaire. Une fois à
Butembo, l’argent entre généralement dans le circuit d’achat du coltan dont la
vente procure des devises. Et le cycle peut reprendre.
Ce trafic est dangereux étant donné que dans
la zone gouvernementale, il est assimilable à un crime économique. Mais le gain
est tout aussi important.
Les guerres ont paralysé beaucoup de secteurs
de l’économie. Certains autres ont brusquement connu de l’essor. C’est le cas de
l’exploitation et de l’exportation d’un minerai : le coltan (colombo
tantalite). Sa commercialisation a connu la prospérité surtout en 2000 et en
2001, période du cours à la hausse sur le marché. Mais le cours a commencé à
dégringoler à partir du premier semestre de 2001, jusqu’à ce jour. Mais les
premiers à se lancer à grande échelle dans cette exploitation en avaient déjà
retiré une rente. Parmi les grands acheteurs à Butembo, on peut citer les maisons
commerciales : G.B.S.,
W.M.C., Kahingania Stones, Kavatsi, Masasi, Laconmet etc. les
exportateurs ont l’obligation de déclarer les quantités exportées au service
des Mines et Energie. Mais peu se sont acquitté de cette obligation et cela
rarement. Il y a donc à conclure que de grandes quantités de ce minerai ont été
exportés illégalement à travers des réseaux clientélistes tirant des
opportunités de la rébellion. Il en est de même pour l’or.
Certaines entreprises sont apparu dans la contrée, comme par coïncidence , avec la rébellion. Tel est la cas de l’entreprise ougando-thailandaise Dara Forest,
installée en 1998. Elle s’est engagée en 1999 dans l’exploitation à grande
échelle et l’exportation du bois à Mangina, à 30 km de Beni et plus moins 120
km de la frontière avec l’Ouganda. En mai 2000, le mouvement rebelle qui
administre la contrée lui a octroyé une concession de 100 mille hectares de
forêt équatoriale pour cette exploitation[59].
Le mouvement rebelle a instauré pour le commerce extérieur, les droits
et taxes forfaitaires à l’importation, en remplacement des droits spécifiques
et ad valorem. Officiellement, la motivation était d’encourager l’importation
des produits de première nécessité et de grande consommation et d’alléger la
charge fiscale des opérateurs économiques en butte à des difficultés[60].
Ces droits et taxes ont connu ainsi, en moyenne, une baisse de plus ou moins 40
%. Sur le marché, les prix des biens importés ont en conséquence baissé. En ce
qui concerne les pratiques frauduleuses, des opérateurs économiques ont contourné
les normes en modifiant la provenance ou la nature des marchandises pour
bénéficier des droits de douanes les plus avantageux, avec certaines
complicités des services publics.
La fraude a été
présente dans l’importation du carburant, favorisée par des militaires qui
pouvaient l’exonérer avec motif qu’il leur appartient. Il est clair que cette
faveur était monnayée avec l’opérateur économique.
Certains produits
importés se sont retrouvé sur le marché avec cette
situation de guerre dans le pays. On peut évoquer le cas des bières ougandaises pilsner, chairmain etc. On peut par
hypothèse penser que la présence de l’armée ougandaise dans cette contrée
congolaise y a favorisé la pénétration des biens ougandais. Cette présence a
également facilité une plus grande fréquentation des marchés frontaliers situés
en territoire congolais par les ougandais. On peut évoquer le cas des marchés
de Ariwara, Nobili, Kasindi, Ishasha etc. Mais les commerçants congolais n’ont
pas la même facilité de fréquentation des marchés situés sur le territoire ougandais.
Ainsi des produits importés par les congolais sont achetés au Congo par des
ougandais puis réexportés souvent illégalement en Ouganda étant donné que les
droits à l’importation y sont plus élevés. Nous pouvons évoquer le cas des
tissus imprimés.
Mais il faut aussi déplorer le fait que ces
guerres ont paralysé le commerce de cette contrée. L’insécurité et
l’impraticabilité des routes ont handicapé la circulation des marchandises et
ralenti les affaires. L’insécurité a par ailleurs entraîné certains grands
opérateurs économiques à fuir le pays. Les bandes armées Mayi-Mayi ont décimé
le cheptel animal des fermes d’élevage, un des grands secteurs d’investissement
des commerçants locaux. La population n’a plus de pouvoir d’achat solvable pour
acheter des biens. La guerre a aussi paralysé des initiatives de développement.
Conclusion :
L’économie informelle est un phénomène réel. Des activités économiques
informelles ont des caractéristiques particulières. Mais il y a quelque réserve
à parler d’un secteur informel. Par ailleurs ces activités sont hétérogènes. Il
y a une imbrication, une interaction entre elles et celles qui sont formelles.
L’analyse des activités informelles mérite de les placer dans un contexte
de dynamisme de ses acteurs. Ceux-ci sont portés par une culture, un contexte,
un milieu. C’est à l’intérieur de ces éléments que se déploie leur dynamisme,
qu’ils créent, travaillent, produisent, échangent, s’affrontent, négocient, …
La pluralité des acteurs pose celle des logiques. On peut retrouver une
confrontation des logiques sociale, économique, politique… La logique de
l’acteur dominant peut paraître prépondérante. Mais les acteurs dominés savent
développer d’autres logiques dans leurs pratiques vitales, pour trouver des réponses
aux contraintes de leur existence. Une de ces logiques est liée à l’économie
informelle comme composante des pratiques sociétales du peuple particulièrement
dans le contexte africain.
C’est un élément de son processus de développement qui se recherche
dans un équilibre sociétal dynamique à travers une capacité de résilience,
d’adaptation, etc. C’est au sein de ce processus que des acteurs donnent sens à
leur identité, à la société, à l’État , au
développement.
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[1]
De MIRAS Cl., « L’informel : un mode d’emploi », LAUTIER B. et
al., L’État et l’informel, L’Harmattan, Paris, 1991, p.109.
[2]
NYSSENS M., Quatre essais sur l’économie populaire urbaine : le cas de
Santiago du Chili, éd. Ciaco, Louvain-la-Neuve, 1994, pp.56-60
[3]
De MIRAS Cl., ibidem
[4]
CHARMES J. ,« Revue critique des concepts, définitions et recherches sur
le secteur informel », TURNHAM D. et al., Nouvelles approches du
secteur informel, OCDE, Paris, 1990, p.12
[5]
SETHURAMAN S.V., cité par CHARMES J., art. cit., p.14
[6]
cité par CHARMES J., « Mesurer le non enregistré : un défi désormais
relevé ? », Le Courrier ACP
UE, N° 178, décembre 1999-janvier 2000, p.62
[7]
ibid., pp.62-63
[8]
BUGNICOURT J., « Espoir ignoré : l’économie informelle ou
populaire », Le courrier, N° 178,
décembre 1999-Janvier 2000, p.55
[9]
MARTINET P., « Secteur informel : débats et discussions
autour d’un concept », COQUERY-VIDROVITCH C., et NEDELEC S., Tiers-mondes :
l’informel en question, L’Harmattan, Paris,1991, p.31-32
[10]
MARTINET P. cité par COQUERY-VIDROVITCH et NEDELEC S., op. cit., p.11
[11]
BUABUA WA KAYEMBE, La fiscalisation de l’économie informelle au Zaïre,
Presses Universitaires du Zaïre, Kinshasa, 1995, p.16-17
[12]
De MIRAS C., « État de l’informel. Informel et État.
Illustrations sud-américaines », Revue Tiers Monde,
t XXXI, N°122, avril-juin 1990, p.386
[13]
De MIRAS C., « L’informel : un mode d’emploi », LAUTIER B. et al,op.cit.,p.118
[14]
LAUTIER B ., « Idées reçues et contestables sur le secteur
informel », Le Courrier, N° 178, décembre 1999-janvier 2000,
p.71-72
[15]
On peut objecter ici en faisant remarquer qu’une activité hors-loi, n’est pas
nécessairement hors-la-loi. Cette distinction a été faite par Gauthier de
Villers, nous la reprendrons en parlant d’économie souterraine.
[16]
MUHEME, G.B., L’économie informelle face à l’évolution du dualisme,
Thèse de doctorat, Bibliothèque nationale du Canada, 1995 suivi d’un
ouvrage : Comprendre l’Économie informelle, L’harmattan,
1996, 226.
[17]
CHARMES J., « Une revue critique des concepts, définitions et recherches»,
sur le secteur informel TURNHAM D., op. cit., p.17-18
[18]
De MIRAS, « L’informel : un mode d’emploi », Lautier B. et al.,
Op. cit., p. 111-113.
[19]
ROUBAUD F., L’économie informelle au Mexique. De la sphère domestique à la
dynamique macroéconomique, Karthala/Orstom, Paris, 1994, p.48.
[20]
MacGaffey,
J., Entrepreneurs and Parasites. The Struggle for Indigenous Capitalism in Zaïre, Cambridge University Press, Cambridge 1987, 241 P.
[21]
De VILLERS G., Le pauvre, le hors-la-loi, le métis. La question de
l’ « économie informelle » en Afrique, CEDAF, Bruxelles, 1992,
p.16
[22]
MALDONADO C., « Entre l’illusion de la normalisation et le laisser-faire :
vers la légalisation du secteur informel ? », MALDONADO C., et al.,
Le secteur informel en Afrique face aux contraintes légales et
institutionnelles, BIT, Genève, 1999, p.8
[23] De HERDT T., et MARYSSE S., L’économie
informelle au Zaïre. (Sur)vie et pauvreté dans la période de transition,
CEDAF/L’Harmattan, Bruxelles/Paris, 1996, p.12
[24] ROUBAUD F., op cit., p.79-80
[25]
LATOUCHE S., « La transnationalisation, la crise du développement et la fin
du Tiers Monde », Revue Tiers Monde, t.XXIX, N°114, avril-juin 1988,
p. 268
[26]
KARL K., « Le secteur informel », Le Courrier, N°178, décembre
1999-janvier 2000, p.53
[27]
MOUKO-A-BISCENE J.M., Du concept de « secteur informel » au
concept d’ « économie populaire » en Afrique : survie
populaire et développement socio-économique au Cameroun (L’exemple de Yaoundé),
Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1996, p.9
[28]
NYSSENS M., op.cit., p.41
[29]
PENOUIL M., cité par PEEMANS J.P., Crise de la modernisation et pratiques
populaires au Zaïre et en Afrique, L’Harmattan, Paris, 1997, p.109.
[30] PEEMANS J.P., Op. cit., p.117
[31]
CHARMES J., « Mesurer le non enregistré : un défi désormais
relevé ? », p.64.
[32]
LATOUCHE S., « L’auto-organisation des exclus du sud », Le
courrier, N° 178,décembre 1999-janvier 2000, p.73-74
[33]
LECLERCQ H., « L’économie populaire informelle de Kinshasa : approche
macroéconomique », De VILLERS G. (sous la direction de), Économie
populaire et phénomènes informels au Zaïre et en Afrique, in CEDAF,
Bruxelles, 1992, p.140
[34] De VILLERS G.,
Op. cit. p.67
[35]
idem,
p.64
[36]
HUFTY M., « Aux racines de la pensée comptable », HUFTY M. (sous la
direction de), La pensée comptable. État, néolibéralisme, nouvelle
gestion publique, PUF/Paris, Nouveaux cahiers de l’IUED/Genève, 1998,
p.35-36
[37]
De MIRAS C., article cité, p.124-125
[38]
MYRDAL G., « L’État ‘mou’ dans les pays sous-développés », Revue
Tiers Monde, tome X, N°37, janvier-mars 1969, p.8
[39]
KUYU MWISSA , « Zaïre : l’officiel contredit par le
réel », Politique africaine,
N° 63, octobre 1996, p.22
[40]
DE VILLERS G., Le pauvre, le hors-la-loi, le métis, p.51
[41]
ESPING-ANDERSEN G., Les trois mondes de l’État-providence. Essai sur
le capitalisme moderne, PUF, Paris , 1999, p.16
[42]
MALDONADO C., et al., Le secteur informel en Afrique face aux contraintes
légales et institutionnelles, BIT, Genève, 1999, p.VI
[43] LAUTIER B., op.cit., p.7
[44]
De SOTO H., L’autre sentier. La révolution informelle dans le tiers monde,
La Découverte, Paris, 1994, p.156
[45] ROUBAUD F., op.cit., p.67
[46] COMELIAU C., « L’Etat subordonné », HUFTY M. (dir.), op.cit., p.53
[47]
PEEMANS J.P., « Modernisation, globalisation et territoires :
l’évolution des regards sur l’articulation des espaces urbains et ruraux dans
les processus de développement », Revue Tiers Monde, N° 141 ,
janvier-mars, 1995, p.33-34
[48]
RIST G ., Le développement. Histoire d’une croyance occidentale,
Presses de la Fondation Nationale des Sciences politiques,Paris,1996, p.21
[49]
SACHS I., Pour une économie politique du développement. Études de
planification, Flammarion, Paris, 1977, p.285.
[50]
MALDONADO C., « Entre l’illusion de la normalisation et le
laisser-faire : vers la légalisation du secteur informel ? »,
p.1
[51] BUABUA wa KAYEMBE, op. cit., p.7-8
[52]
MALDONADO C., « Entre l’illusion de la normalisation et le laisser faire :
vers la légalisation du secteur informel ? », article cité, p. 5-6
[53]
ILENDA MBEMBA, Le secteur informel : un aperçu des aspects conceptuels
et méthodologiques. Quelques cas de l’Afrique sahélienne, Centre Sahel,
Université Laval, Québec, 1989, p.10
[54]
ibid., p.18-19
[56]
PEEMANS J.P., cité en « Éditorial », Alternatives Sud,
Vol II, N° 4, 1995, p.23
[57]
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83 du 15 au 30 septembre 2000, p. 9
[58]
Lettre de la F.E.C. Butembo du 02 juillet 2001, p.3
[59]
Les
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[60]
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