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Université Catholique du Graben CENTRE DE RECHERCHES INTERDISCIPLINAIRES DU GRABEN B.P. 29
BUTEMBO/NORD-KIVU |
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PARCOURS ET INITIATIVES |
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Promotion de la matière organique du sol, environnement et économie Réponses du Galinsoga ciliata à l’ombrage et à l’apport d’urée
dans le sol Logique d’acteurs et
durabilité de l’agriculture urbaine et périurbaine en Ville de Butembo |
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N° du dépôt légal : 11108–2002–38 © 2023, PUG - CRIG |
N° 22 Mai 2023 |
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https://doi.org/10.57988/crig-2338
Intou
Kahambu Matimbya[1], Jonathan Ahadi Mahamba[2], Moise Musubao Kapiri[3], Gloire Kayitoghera Mulondi[4], Isaac Uzimati Djurua[5], Valentin Kamabu Vasombolwa[6], Charles Kambale Valimunzigha[7] et Gilbert Paluku Mutiviti[8]
L’agriculture urbaine et périurbaine (AUP) devient de plus en plus une
composante importante dans le développement des zones urbaines. Cette étude
vise à identifier les facteurs de la durabilité interne et externe de l’AUP
dans la Ville de Butembo en se basant sur les logiques d’acteurs. 800 acteurs
intervenant dans ce secteur ont été soumis à un questionnaire. Les acteurs
considérés dans la présente étude demeurent, notamment les agriculteurs, les
commerçants, les consommateurs et aussi les décideurs. Les résultats révèlent
qu’au niveau interne, les agriculteurs perçoivent en majorité que leur activité
d’agriculture est rentable. Cette perception est significativement (au seuil de
0,05) influencée par l’âge (p=0,004), le fait d’être propriétaire ou non du champ
exploité (p=0,01) et le milieu d’habitation (p=0,008).
L’AUP est socialement acceptée par la quasi-totalité des acteurs et les
agriculteurs acceptent en majorité de continuer à pratiquer l’agriculture dans
le milieu urbain et périurbain. Pour assurer une bonne transmissibilité, les
agriculteurs affirment en grande majorité (47,4 % en urbain et 36,5 % en
périurbain) qu’ils préparent bien la relève. La majorité de terrains exploités
appartiennent aux agriculteurs. La proportion des terrains publics reste faible
parmi les terrains exploités en AUP. Par ailleurs, 61 % de décideurs tiennent
compte de l’AUP dans le projet urbain. Les contraintes majeures de l’AUP
sont la divagation des bêtes, le vol, l’urbanisation, l’insécurité
foncière, l’infertilité du sol ainsi que les diverses contraintes climatiques.
Les décideurs devraient renforcer l’allocation de terres urbaines à l’AUP pour
garantir sa durabilité. Les prochaines recherches intégreront une approche
quantitative de certains facteurs afin d’affiner la compréhension de la
durabilité de l’AUP.
Mots-clés : Agriculture urbaine et périurbaine,
Durabilité, Logiques d’acteurs, Butembo.
Urban and peri-urban agriculture (UPA) is increasingly
becoming an important component of the development of urban areas. This study
aims to identify the factors of internal and external sustainability of urban
agriculture in the city of Butembo based on the logic of actors. 800 actors
involved in this sector were subjected to a questionnaire. The actors
considered in this study are: farmers, traders, consumers and decision-makers.
The results reveal that, at the internal level, most of farmers perceive that the
agricultural activity is profitable. This perception was significantly (at the
0.05 level) influenced by age (p=0.004), whether or not they owned the field
they farmed (p=0.01), and where they lived (p=0.008).
UPA is socially accepted by most of stakeholders and a
lot of farmers agree to continue farming in the urban and peri-urban
environment. To ensure good transferability, many farmers (47.4 % in urban
areas and 36.5 % in peri-urban areas) state that they are preparing for the
next generation. Most of the land used belongs to the farmers. The proportion
of public land remains low among the exploited land in UPA. Moreover, 61 % of
decision-makers consider UPA in the urban project. The major constraints of UPA
are: livestock in divagation, theft, urbanization, land insecurity, soil
infertility as well as climatic constraints. Policy makers should strengthen
the allocation of urban land to UPA to ensure its sustainability. Future
research should incorporate a quantitative approach to some of the factors to refine
the understanding of AUP sustainability.
Keywords: Urban and
peri-urban agriculture, Sustainability, Logics of actors, Butembo
L'agriculture urbaine et
périurbaine (AUP) s’invite de plus en plus dans le débat de la sécurité
alimentaire mondiale (THEBO et al., 2014). En effet, plusieurs villes africaines connaissent une
croissance démographique qui n’est pas le plus souvent accompagnée d’une
croissance économique correspondante (NGUEGANG, 2008) et un approvisionnement alimentaire adéquat (HALLETT et
al., 2017). Selon ANGEL et al. (2011), les populations urbaines de pays en développement
d’Afrique auront une croissance cinq fois supérieure à celle des pays
développés. Cette croissance démographique résulte principalement de l’exode
rural qui s’y opère depuis les indépendances (YEMMAFOUO, 2014).
Cette croissance est
généralement suivie d’un étalement urbain qui menace les terres jadis destinées
à l’agriculture ( DRECHSEL et al.,
2008; SKOG & STEINNES, 2016). Pourtant, cette agriculture, une fois pratiquée dans
le milieu urbain a un impact significatif sur le développement économique
des villes d’Afrique (CISSE et al., 2005). Comme d’autres villes
d’Afrique sub-saharienne (ANGEL et al., 2011), les villes de la République Démocratique du Congo (RDC)
connaissent une urbanisation rapide et croissante selon diverses projections (POURTIER, 2018; UN, 2019). Cette urbanisation engendre l’élévation de la rente
foncière qui selon DOUCOURE & FLEURY
(2004) est un facteur fort de rejet de l’agriculture. Par
ailleurs, la concentration non planifiée de la population dans les villes (ERIC et
al., 2010) engendre plusieurs problèmes d’ordre socio-économique ( Nguegang, 2008). Face à ces problèmes, de nombreuses familles sont
poussées à rechercher des solutions palliatives dont l’AUP (TAMBWE, 2006; MUSIBONO et al., 2011).
L’AUP constitue une bonne
stratégie de subsistance viable et durable spécialement pour les populations
urbaines pauvres et elle contribue au développement durable des villes (DEELSTRA & GIRARDET,
2001; CISSE et al., 2005; DRECHSEL & DONGUS, 2010).
La Ville de Butembo connaît
une croissance démographique élevée dans un contexte marqué par les
instabilités politiques et celles sécuritaires (BWEYA et al., 2019; IRENGE et al., 2021; SAHANI, 2012). L’entité urbaine constitue bien souvent le lieu de
refuge pour de multiples déplacés qui fuient la guerre dans les zones
environnantes. Cette situation crée souvent des instabilités sociales et le
manque d’emploi en milieu urbain (POURTIER, 2018). L’AUP se révèle comme une issue, mais reste soumise à
de multiples contraintes (MUKENDI et al., 2016). Une contrainte majeure de l’AUP est le manque d’espace
pour cultiver les aliments en ville (DEELSTRA & GIRARDET,
2001; WALTERS & MIDDEN, 2018). En effet, les quelques espaces exploités sont
vulnérables au potentiel développement (WALTERS & MIDDEN,
2018). Cet état de chose rend ainsi donc l’AUP vulnérable et
moins durable (BA & AUBRY, 2011).
Faire sortir l’AUP de
son caractère plus informel serait une étape importante vers un soutien
officiel et une grande durabilité de cet intéressant système agricole (DRECHSEL & DONGUS,
2010; AUBRY et al., 2012). Cette reconnaissance dépendra fortement, d’une part, de
la fonction difficilement substituable que l’agriculture joue pour la ville (BA & AUBRY, 2011;
DEALLE-FACQUEZ, 2013) et de l’autre, de la perception des décideurs et
d’autres acteurs (agriculteurs, consommateurs, commerçants) par rapport à l’AUP
(DEELSTRA & GIRARDET,
2001). Ce travail s’inscrit dans cette dernière logique.
Dans ce contexte urbain,
la durabilité de l’agriculture peut donc être considérée à deux niveaux :
la durabilité des exploitations (interne) et la durabilité territoriale
(externe) (AUBRY et al., 2012). L’objectif de cette étude est d’analyser principalement
les facteurs internes et externes de la durabilité de l’AUP de la Ville de
Butembo en se basant sur les perceptions des acteurs en milieu urbain et
périurbain. Nous postulons que les facteurs externes rendraient l’AUP beaucoup
plus vulnérable et moins durable cette entité urbaine. Ces facteurs resteraient
alors sous l’influence des caractéristiques sociodémographiques des acteurs
sans dépendre de leur milieu de résidence (milieu périurbain ou milieu urbain).
L’étude a été menée
dans et autour de la Ville de Butembo, une de trois villes de la province du
Nord-Kivu. Butembo appartient au climat du Kivu montagneux qualifié de « subtropical tempéré par l’altitude» (KASAY,
1988; VYAKUNO,
2006). Il est du type Afi (classification de Köppen). Ce
climat jouissait jusqu’il y a peu d’une certaine isothermie qui rappellerait le
type colombien d’après De Martone (DE
VIERS, 1999). La température moyenne
est d’environ 18°C. La pluviométrie moyenne annuelle est estimée à 1365 mm (Sahani,
2012). Les différents types
de sol sont de nature argileuse et ferrugineuse, mais varient suivant le
relief. Sur les collines et les pentes, ils sont bien drainés et gardent leurs
couleurs caractéristiques brune ou rouge. Cependant, dans les fonds des vallées,
plats et aussi marécageux, ils sont hydromorphes, tourbeux, très acides et de
couleur noire ou bleuâtre (MUTIVITI
et al., 2002).
La zone périurbaine a
été délimitée à 10 km vol d’oiseau des limites administratives de la Ville de
Butembo. La délimitation de cette zone à 10 km a été choisie en se basant sur
le modèle de Von Thùnen.
La figure 1 localise ce milieu d’étude.

Figure 1. Carte de localisation de la zone d’étude.
La collecte des données
s’est réalisée en juin 2022 par la méthode d’enquête. Un questionnaire a été
formalisé moyennant l’outil Kobotoolbox afin
d’être téléchargé sur un smart phone via
l’application KoboCollect v1.25.1. La
population d’étude était constituée de quatre groupes d’acteurs intervenant
directement ou non dans l’AUP. Il s’agissait, notamment de : (i)
agriculteurs, (ii) commerçants de produits agricoles, (iii) consommateurs,
enfin (iv) décideurs. L’échantillon était constitué de 800 individus (400
individus en milieu périurbain et 400 individus en milieu urbain). Les enquêtés
en milieu urbain sont repartis dans les quatre communes et sur 8 axes le long
des routes des dessertes agricoles en milieu périurbain.
Les informations
relatives à l’enquêté et aux caractéristiques de leurs ménages sont identiques
pour toutes les catégories (i) l’âge, (ii) sexe, (iii) Etat civil, (iv)
position dans le ménage, (v) niveau d’études. Ces ménages ont été caractérisés
par : (i) le type de ménage, (ii) le nombre total de personnes dans le
ménage, (iii) nombre de personnes en charge permanente, et (iv) le nombre de
personnes actives dans le ménage. Les contraintes dans ce domaine ont été
récoltées auprès de tous les acteurs. En plus, les informations relatives au
consentement des acteurs à maintenir ou pas l’agriculture en milieu urbain et
celles relatives aux contraintes y afférentes ont été récoltées auprès de tous
ces acteurs.
Par ailleurs, les
informations spécifiques à chaque catégorie d’acteurs ont été récoltées. Ces informations
sont :
- Pour les
agriculteurs : (i) le propriétaire du champ exploité, (ii) le projet futur
d’exploitation de la terre par le propriétaire, (iii) la perception de
l’agriculteur sur la rentabilité de son champ, (iv) l’appartenance ou non à une
organisation professionnelle des agriculteurs ainsi que les avantages tirés de
cette appartenance, (v) aussi l’activité principale et le temps consacré à
l’agriculture, (vi) la préparation ou non de la relève pour booster les
activités agricoles, (vii) le consentement à continuer ou pas avec les
activités agricoles.
- Pour les commerçants:
(i) la commercialisation ou pas des produits agricoles issus de l’AUP, (ii)
l’origine des produits commercialisés.
- Pour les
consommateurs, les informations relatives à la consommation ou pas des produits
issus de l’AUP constituent bien les seules informations particulières pour ce
groupe.
- Enfin, pour les
décideurs, (i) l’avis du décideur par rapport à l’avenir de l’AUP, (ii) la
prise en compte de l’agriculture dans les projets urbains et/ou plans locaux
d’urbanisme, (iii) l’existence d’une loi qui régisse l’agriculture.
L’analyse statistique
des variables qualitatives s’est réalisée grâce au calcul des proportions (%),
au test khi-deux d’indépendance et la régression logistique. Les variables
quantitatives ont été synthétisées par des paramètres de position (la moyenne
principalement) et des paramètres de dispersion (écart-type). En plus, ces
variables ont été regroupées par classe dans certains cas et comparées selon le
milieu d’habitation par le test de Wilcoxon (en raison des données ne
respectant pas la distribution normale). En effet, pour les questions à
réponses multiples, les pourcentages de chaque modalité ont été calculés par rapport
au nombre total de répondants selon l’équation (1).
% =
x100 (1)
Dans cette équation, la
fréquence observée est le nombre d’enquêtés ayant coché une modalité
(assertion) et la fréquence attendue est le nombre total de répondants à la
question concernée. Le logiciel R sous l’interface R studio 1.2.5001 a permis
de réaliser ces analyses statistiques.
Les femmes sont
majoritaires dans toutes les catégories sauf chez les décideurs. En effet, les
agriculteurs, les commerçants et les consommateurs sont constitués
respectivement de 66,5 %, 78,4 % et 57,0 % de femmes, alors que les décideurs
sont constitués seulement de 3,6 % de femmes. L’âge moyen global pour toutes
les catégories d’enquêtés est de 39,9 ± 13,2 ans. Globalement, les mariés
occupent une place importante parmi les enquêtés suivis des célibataires et ils
occupent la position de chef de ménage pour la plupart, sauf pour les
commerçants parmi lesquels les conjointes sont le plus représentées (43,2 %). Les enquêtés ont plus globalement un niveau d’étude
secondaire, sauf pour les commerçants. En effet, les commerçants ayant un
niveau d’étude primaire occupent la première place (47,1 %) suivi de ceux du
niveau secondaire (31,2 %).
La figure 2 révèle que
le nombre total de personnes dans les ménages en milieu urbain et périurbain de
la Ville de Butembo est en moyenne de 6,9 ± 2,5 personnes avec un minimum de 1
personne et un maximum de 18 personnes. Le test de Wilcoxon révèle que pour les
agriculteurs (p=0,15) et les décideurs (p=0,31) le nombre total de personnes
par ménage demeure statistiquement le même selon qu’on est en milieu urbain ou
périurbain. Cependant, pour les commerçants (p=0,0021) et les divers consommateurs
(p=0,00044), le nombre total de personnes par ménage est différent selon le
milieu d’habitation.

Figure
2.
Nombre total de personnes dans les ménages selon les groupes d'acteurs dans le
milieu urbain et périurbain de Butembo.
3.2.
Analyse de la durabilité selon les catégories d’acteurs
La plupart d’agriculteurs
rencontrés dans le milieu urbain et celui périurbain sont propriétaires des
terrains qu’ils exploitent. Par ailleurs, le milieu d’habitation n’influence donc
pas le fait d’être propriétaire du terrain exploité (X-carré = 0,14564, ddl =
1, p-valeur = 0,7027). Les agriculteurs qui n’exploitent pas leurs propres
terrains sont au nombre de 69. La majorité de ces derniers affirme que leurs
champs appartiennent à un privé dans le milieu périurbain. Cependant, les terrains
publics sont plus exploités seulement par 11,6 % (périurbain) et 24,6 %
(urbain). Les proportions sont significativement différentes selon le milieu
d’habitation (X-carré = 6,8386, ddl (degré de liberté) = 1, p-valeur = 0,008921).
Les agriculteurs qui
exploitent leur propre terrain sont au nombre de 216 sur 285. Ceux-ci prévoient
en majorité de continuer à pratiquer davantage l’agriculture sur leur terrain. En effet,
l’agriculture demeure essentiellement le projet d’exploitation de terrain pour
53,2 % (milieu périurbain) et 36,6 % (urbain) de 216 agriculteurs propriétaires
des terrains retrouvés in situ. Les
agriculteurs ont également des projets de réaliser des constructions sur leurs
terrains, les lotir et/ou le vendre. Cependant, les agriculteurs qui
n’exploitent pas leurs propres terrains affirment que la vente et l’agriculture
restent des projets communs à plusieurs propriétaires des terrains exploités.
Une partie évoque le déguerpissement en milieu périurbain.
La majorité des
agriculteurs estime que leurs champs sont rentables. 86,7 % d’agriculteurs
rencontrés dans le milieu urbain et périurbain estiment que leurs champs sont
économiquement rentables. Parmi ces agriculteurs, 34,0 % seulement disposent
des documents « comptables » pour le suivies de leur activité. Selon
le tableau (1), les variables (i) groupe d’âge, (ii) le fait d’être
propriétaire ou non du terrain exploité, et (iii) le milieu d’habitation ont
des effets hautement significatifs sur la perception des agriculteurs sur la
rentabilité du champ et/ou de l’activité d’agriculture.
Tableau
1.
Significativité des variables indépendantes sur la perception de la rentabilité
du champ par les agriculteurs en milieu urbain et périurbain de Butembo (ddl=
degré de liberté, AIC= Critère d’information d’Akaike, Pr= p valeur).
|
ddl |
Deviance |
AIC |
LRT |
Pr (>Chi) |
|
|
Intercept |
- |
139,8559 |
165,8559 |
- |
- |
|
Sexe |
1 |
139,8652 |
163,8652 |
0,009317 |
0,923 |
|
Groupe d'âge |
3 |
153,0917 |
173,0917 |
13,23579 |
0,004** |
|
Propriétaire |
1 |
150,2596 |
174,2596 |
10,40373 |
0,001** |
|
Etat civil |
3 |
147,5184 |
167,5184 |
7,662484 |
0,054 |
|
Niveau d'étude |
3 |
146,1222 |
166,1222 |
6,266281 |
0,099 |
|
Milieu |
1 |
146,8824 |
170,8824 |
7,02648 |
0,008** |
En effet, les agriculteurs ayant fait des études
universitaires (p= 84,9 %) perçoivent moins la rentabilité de leur champ et/ou
activité d’agriculture que les autres ayant un niveau d’étude inférieur. En outre,
les agriculteurs qui cultivent leurs propres terrains (p=97,2 %) ont une
probabilité élevée de percevoir que le champ et/ou l’activité d’agriculture est
rentable par rapport à ceux qui ne sont pas propriétaires (p=88,5 %). Cette
probabilité est la plus élevée chez les célibataires que chez les autres
modalités de l’état civil. Enfin, les agriculteurs qui habitent le milieu
urbain (91,3 %) ont moins de probabilité que ceux qui vivent dans le milieu
périurbain (97,9 %) de percevoir que le champ et/ou l’activité d’agriculture
est rentable.
Figure 3. Probabilité
de percevoir la rentabilité du champ et/ou de l'activité d'agriculture selon le
sexe, le groupe d’âge, Niveau d’étude, le fait d’être propriétaire du terrain
exploité, l’état civil et le milieu d’habitation (avec F : Féminin,
M : Masculin, Célib : Célibataire, Veuf-V : Veuf-Veuve,
Anal : Analphabète, Et.Pri : Étude Primaire, Et.Sec : Étude
Secondaire, Et.Univ: Étude Universitaire).
Les agriculteurs, qui
demeurent beaucoup plus impliqués dans une organisation professionnelle,
représentent 24,6 % d’agriculteurs rencontrés en milieu urbain et milieu
périurbain. Les avantages que ces agriculteurs tirent de ces organisations sont
la formation, les divers échanges d’expériences et l’entraide. Une petite
portion estime en revanche qu’il n'en tire aucun avantage.
La majorité
d’agriculteurs rencontrés en milieu périurbain et urbain de la Ville de Butembo
(77,5%) affirment que l’agriculture constitue leur activité principale.
D’autres sont occupés plus par le commerce, l’enseignement, l’artisanat et
autres domaines salariés. Ces proportions sont significativement différentes
selon que l’agriculteur habite le milieu urbain ou périurbain (X-carrée =
3,9095, ddl = 1, p-valeur = 0,04801).
Le consentement de
différents agriculteurs par rapport à la poursuite de l’agriculture dans
l’avenir a été évalué également par le modèle logistique. En effet, 93,7 %
d’agriculteurs acceptent continuer avec l’agriculture (54,4 % en milieu
périurbain et 39,3 % en milieu urbain). Le tableau (2) présente la
significativité des effets des variables indépendantes dans le modèle. Les
résultats révèlent que le fait que l’agriculture soit (ou pas) l’activité
principale de l’agriculteur est la seule variable indépendante qui a un effet
significatif dans le modèle.
Tableau 2. Significativité des effets des
variables indépendantes dans le modèle pour la Ville de Butembo (ddl=Degré de
liberté, AIC= Critère d’information d’Akaike, Pr= p valeur, ** = effet
hautement significatif au seuil de 0,01).
|
ddl |
Déviance |
AIC |
LRT |
Pr |
|
|
Intercept |
NA |
78,32015 |
106,3202 |
NA |
NA |
|
Sexe |
1 |
78,32016 |
104,3202 |
1,13E-05 |
0,997 |
|
Groupe d’âge |
3 |
83,39783 |
105,3978 |
5,077684 |
0,166 |
|
Propriétaire ? |
1 |
78,35507 |
104,3551 |
0,03492 |
0,852 |
|
Etat civil |
3 |
82,58534 |
104,5853 |
4,265185 |
0,234 |
|
Niveau d’étude |
3 |
79,75174 |
101,7517 |
1,431593 |
0,698 |
|
Milieu d’habitation |
1 |
81,21124 |
107,2112 |
2,891093 |
0,089 |
|
Agriculture activité principale ? |
1 |
85,93902 |
111,939 |
7,618867 |
0,006** |
La figure 3 présente les
« odds ratio » de chaque modalité des variables indépendantes du
modèle. Les résultats révèlent qu’il existe une certaine indifférence par
rapport au sexe. Cependant par rapport au groupe d’âge, la susceptibilité de
continuer à pratiquer l’agriculture augmente avec l’âge. En effet, les
agriculteurs qui sont dans le groupe d’âge de 65 à 85 ans (OR=4,967*107)
sont beaucoup plus susceptibles de continuer avec l’agriculture par rapport à
d’autre agriculteurs et surtout les plus jeunes. Selon l’état civil, les catégories
de divorcé (e) (OR=8,8045*106) et de Veuf (ve) (OR=2,7426*106)
sont plus susceptibles de continuer avec l’agriculture par rapport à d’autres
catégories. En outre, les agriculteurs qui habitent le milieu urbain disposent
de moins de chance de continuer à pratiquer l’agriculture (OR=0,25269) par
rapport à ceux du milieu périurbain. Enfin, les agriculteurs qui pratiquent
l’agriculture comme activité principale sont plus susceptibles de continuer à
pratiquer l’agriculture dans l’avenir par rapport aux autres (OR=7,3130).

Figure 4. Odds ratio des modalités de chaque variable
du modèle logistique pour expliquer le consentement de continuer ou non à
pratiquer l'agriculture pour la Ville de Butembo.
La majorité des
agriculteurs du milieu urbain et périurbain prépare la relève dans leurs
activités agricoles afin d’assurer leur continuité. En effet, les agriculteurs
qui préparent la relève représentent 47,4 % et 36,5 % respectivement en milieu
périurbain et milieu urbain. La préparation de la relève ne dépend pas du milieu
d’habitation (X-carré = 0,01109, ddl = 1, p-valeur = 0,9161).
Tous les commerçants
(100 %) rencontrés au cours des enquêtes en milieu urbain et périurbain
affirment qu’ils commercialisent les produits issus de l’AUP. Ces produits
proviennent principalement du milieu périurbain. La quasi-totalité des
commerçants soutient le maintien de l’agriculture en milieu urbain et
périurbain (98,2 %) à cause de sa fonction d’approvisionnement, et de la mise à
disposition de la marchandise dans le milieu proche des centres de
consommation. Le milieu d’habitation influence significativement l’avis des
commerçants sur le maintien de l’agriculture dans le milieu urbain et celui périurbain
(X-carré = 5,2301, ddl = 1, p-valeur = 0,0222).
La quasi-totalité des
consommateurs rencontrés dans le milieu urbain et celui périurbain consomment
des produits issus de l’AUP. La plupart des consommateurs sont également
favorables au maintien de l’agriculture dans le milieu urbain et périurbain
(98,8 %). L’avis des consommateurs sur le maintien de l’agriculture dans le
milieu urbain et/ou celui périurbain n’est pas influencé par le milieu d’habitation
(X-carré = 0,01499, ddl = 1, p-valeur = 0,9026). Ceux qui ont l’avis contraire
estiment que cette activité constitue un gaspillage des ressources foncières et
un frein au développement.
Tous les décideurs
rencontrés dans la Ville de Butembo (59) sont unanimement favorables au
maintien de l’AUP dans le milieu urbain et/ou périurbain. Ils estiment
également à 72,9 % qu’il existe des lois qui régissent l’AUP. L’avis de
décideurs sur la prise en compte de l’AUP dans les projets urbains et/ou plans
locaux d’urbanisme est le même selon l’habitation (X-carré = 0,14646, ddl = 1,
p-valeur = 0,7019).
Les principales
contraintes citées par les acteurs sont : en milieu urbain, la divagation
des bêtes et le vol en raison de 49 % et 40,7 % de répondants. En milieu
périurbain, la divagation des bêtes, le vol, l’infertilité du sol et les
contraintes climatiques et cela pour les mêmes proportions de répondants (23,7 %).
Les autres contraintes sont, notamment le manque de capitaux suffisants, l’insuffisance
d’espace et aussi celle d’eau, l’absence d’encadrement et de formation ainsi
que l’insécurité surtout dans le milieu périurbain.
Les agriculteurs, les
commerçants et aussi les consommateurs sont constitués en majorité de femmes.
Ces résultats ne s’écartent pas de ceux obtenus par (RAGASA et al., 2012) dans leur recherche menée en République Démocratique du
Congo (RDC). En effet, en RDC, le secteur agricole concerne une forte
proportion de femmes et pour l’année 2010, la part des femmes dans la
population active était estimée à 38,5 %, dont 72,6 % actives dans
l’agriculture (RAGASA et al., 2012). La présence des femmes parmi les acteurs est un
indicateur important de la durabilité de l’AUP selon VAN VEENHUIZEN & DANSO (2007). La faible représentation des femmes parmi les décideurs
peut s’expliquer par la moindre participation des femmes dans les instances de
décision.
La présence des enquêtés ayant au moins un
niveau supérieur résulte, d’une part, du chômage généralisé chez les jeunes
diplômés et de l’autre, du souci, découle donc de l’autosuffisance alimentaire
dans les ménages. Cette situation témoigne d’un recrutement des acteurs de
l’AUP dans plusieurs classes sociales comme c’est le cas dans plusieurs villes
camerounaises (YEMMAFOUO, 2014). De même, MUSIBONO et al. (2011) ont trouvé la présence des universitaires parmi les
agriculteurs dans la Ville de Kinshasa en RDC.
Bien que quelques
agriculteurs aient affirmé qu’ils possèdent des documents comptables, le
caractère informel prime toujours dans l’AUP. L’étude s’est limitée à l’analyse
des perceptions des agriculteurs sur la rentabilité de leurs champs. Suite au
caractère très informel de l’AUP, BA
& AUBRY (2011) se sont également basés sur l’avis des agriculteurs pour
analyser la viabilité des exploitations pour la Ville d’Antanarivo au
Madagascar. La majorité des agriculteurs estime davantage que leur activité
d’agriculture est plus économiquement rentable.
Une situation similaire où les agriculteurs
estimaient que l’AUP était rentable plus qu’un travail salarié de 75 euros par
mois, a été retrouvé par NGUEGANG (2008) pour certains agrosystèmes dans le milieu urbain et
périurbain de la Ville de Yaoundé. Il faut signaler tout de même que cet auteur
est allé au-delà des perceptions des agriculteurs en analysant leurs comptes
d’exploitation.
Pour la Ville de
Butembo, cet avis des agriculteurs sur la rentabilité économique demeure
significativement influencé par l’âge, le fait d’être propriétaire ou non du
terrain exploité et le milieu d’habitation (tableau 1). La probabilité de
percevoir que son champ est rentable pour un agriculteur augmente avec l’âge.
Ceci s’expliquerait par le fait qu’avec l’ancienneté dans l’agriculture, les
vieilles gens qui considèrent l’agriculture comme activité principale, aient eu
à bénéficier à des formations leur permettant de corriger les failles
rencontrées dans leur activité et à d’autres avantages si faisant membre d’une
association à caractère agricole.
Par ailleurs, les résultats montrent que les
agriculteurs qui cultivent leurs propres terrains ont plus de probabilité de
percevoir que leur champ est rentable. Ce qui peut s’expliquer par le fait que
ces agriculteurs bénéficient de l’absence de redevance et/ou de taxe sur
l’exploitation de la terre, mais aussi peuvent amender et fertiliser leurs
champs sans se poser beaucoup de questions.
Les agriculteurs
retrouvés dans le milieu urbain et périurbain de Butembo ne sont pas impliqués
dans les organisations professionnelles pour la plupart. Cependant, ceux qui
sont dans ces organisations tirent plusieurs avantages. Il s’agit de la
formation, des échanges d’expériences, l’entraide et l’accès aux intrants. Tous
ces avantages contribuent plus au renforcement des capacités des agriculteurs
afin de les aider à optimiser la rentabilité de leurs activités agricoles. Dans
la Ville de Johannesburg en RSA (Afrique du Sud), MALAN
(2015) a trouvé que les organisations d’agriculteurs ont joué
un rôle clé dans la mise en place d’un système d’AUP durable.
Les agriculteurs, les
commerçants, les consommateurs, les décideurs sont presque unanimement d’accord
pour le maintien de l’agriculture dans le milieu urbain et/ou celui périurbain.
Cette attitude démontre que l’AUP est socialement acceptée par tous les acteurs
susceptibles d’influencer cette activité en Ville de Butembo. Dans la Ville de
Lubumbashi, BALASHA et al., (2019) ont trouvé également
que les jardins familiaux (une composante de l’AUP) étaient socialement
acceptés par le ménage. L’avis favorable au maintien de l’AUP pour les
consommateurs et les décideurs est justifié plus essentiellement par la
multiple fonction de l’AUP comme c’est le cas aussi dans certaines villes
camerounaises (YEMMAFOUO, 2014).
La contribution de l’AUP
dans la résilience des populations urbaine et périurbaine face à l’insécurité
dans les zones rurales de production autour de la ville justifie en partie
l’attitude des décideurs et des consommateurs. En effet, durant la période de
la seconde guerre mondiale, HALLETT et
al. (2017) affirment que l’AUP a nourri plusieurs villes du Nord et
dans les pays du Sud, l’AUP fut alors bien longtemps un composant principal du
système d’alimentation.
Par ailleurs, dans une
ville du Nord (Berlin), SPECHT et al. (2016) ont trouvé que le degré d'acceptation le plus élevé est
atteint par une agriculture urbaine multifonctionnelle qui combine alors plus des
objectifs commerciaux, écologiques et sociaux. Ceux, qui ont l’avis contraire,
évoquent la faible rentabilité de l’AUP résumé par le gaspillage des ressources
foncières et un frein au développement. Des propos similaires justifiaient des
attitudes de méfiance par rapport à l’AUP parmi le chef de décideurs de la
Ville de Yaoundé (NGUEGANG, 2008). En outre, selon LE GALL-ELY (2013), les activités agricoles en ville sont perçues comme non
adaptées au milieu urbain voire sales et à l’origine de la dégradation de
l’image de la ville africaine.
Selon BA & AUBRY (2011), la transmissibilité des exploitations est aussi
appréciée par les dires de l’agriculteur sur l’opportunité et également les possibilités
concrètes de continuité de l’activité agricole et de successions
intergénérationnelles. Ces mêmes critères ont été utilisés dans cette étude en
utilisant le critère de la préparation de la relève au lieu de la succession
intra et intergénérationnelle.
Dans et aux environs de
la Ville de Butembo, 93,7 % d’agriculteurs sont prêts à continuer avec
l’agriculture dans l’avenir. Parmi ces agriculteurs, les plus âgés sont les
plus susceptibles de continuer à pratiquer l’agriculture. Ceci pourrait se justifier
par le fait que, depuis leurs jeunes âges, ils pratiquent l’agriculture ;
aussi leur niveau d’études ne leur permet donc pas d’accéder à d’autres
fonctions. Par ailleurs, les agriculteurs situés en milieu urbain sont moins
susceptibles de continuer avec l’agriculture. Ces résultats peuvent s’expliquer
par le fait que les agriculteurs du milieu urbain perçoivent moins que leur
champ est rentable comparativement à ceux du milieu périurbain. En plus, par
les différents propos de DOUCOURE & FLEURY
(2004), il est à noter que l’urbanisation engendre l’élévation
de la rente foncière qui est un facteur fort de rejet de l’agriculture.
L’étude a montré que les agriculteurs préparent
leurs remplaçants dans les activités comme pour pouvoir exprimer une bonne
transmissibilité de l’activité agricole dans le temps. Par contre, AUBRY et al. (2005) avaient trouvé que la transmissibilité demeurait moins
assurée sur le Plateau Centre Essonne, car plusieurs fermes n’avaient pas de
successeur dans les 10 ans.
La majorité des
agriculteurs cultive sur leurs propres terrains. Cela explique quelque peu une
sécurité foncière de terrain agricole exploité dans l’AUP. Par ailleurs, les
autres divers terrains exploités dans l’AUP par les agriculteurs
non-propriétaires appartiennent également au privé en majorité. YEMMAFOUO (2014) a observé également une même situation dans plusieurs villes camerounaises.
Cependant, les terrains appartenant au pouvoir public restent moins représentés
parmi le terrain exploité. Cela rejoint les propos de DRECHSEL,et al. (2008) selon lesquels, en Afrique, il existe trop peu
d’exemples où les espaces libres sont désignés à l’agriculture. Butembo est
similaire à ce cas typique.
En plus de la tenure
foncière, BA & AUBRY (2011) stipulent que la sécurité
foncière peut être également appréhendée par l’avis du propiétaire sur le
devenir de ses terres. Ainsi donc, en déhors de continuer à pratiquer
l’agriculture qui constitue le projet le plus cité, il en existe d’autres selon
que le terrain exploité est propre à l’agriculteur soit du type privé ou
public. Ces projets sont, d’une part, la vente et/ou le lotissement du terrain
pour les terrains du type privé et du type public et, d’autre part, la
construction des infrastructures pour les propriétaires des terrains
exploités.
Par ailleurs, sur les terrains des types privé et public, les propriétaires prévoient
également de déguerpir les agriculteurs et de construire sur leurs terrains des
écoles, des maisons et/ou d’autres infrastructures sociales. Cela s’expliquerait
par les écrits de DIOP GUEYE, et al. (2009) et de NKAMBWE & AMBERG
(1996), selon lesquels, les problèmes d’accès à la terre et aussi
à la spéculation foncière sur les terres agricoles plus proches de la ville
sont des phénomènes récurrents, et les propriétaires coutumiers, au cœur des
jeux fonciers, finissent par vendre ou se faire déguerpir de leurs terres.
La reconnaissance
institutionnelle et le soutien à l’AUP demeure une composante importante pour
augmenter sa durabilité ( HALLORAN & MAGID,
2013). En effet, la majorité de décideurs rencontrés dans le
milieu urbain et périurbain de Butembo affirme que l’AUP est bien prise en compte dans les projets/plans locaux
d’urbanisme et il existe donc des lois qui régissent cette activité. HALLORAN & MAGID
(2013) affirment que les
autorités locales et du gouvernement central jouent un rôle fondamental dans la
légitimisation et l’institutionalisation de l’AUP à travers plusieurs acteurs,
le développement des lois, la conservation et l’allocation de terrains.
D’où l’inquiétude demeure plus par rapport à l’impact de
l’institutionnalisation de l’AUP en Ville de Butembo. Dans un même contexte, ROBINEAU
& DUGUE (2017) ont trouvé que pour la Ville Bobo-Dioulasso au
Burkina-Faso, malgré les politiques protégeant les terres contre
l’urbanisation, ces dernières n’ont pas conduit à un développement
socio-économique équitable de l’AUP.
Selon DRECHSEL, et al. (2008) , l’AUP peut avoir moins d’attention
des décideurs, car les villes font face à d’autres importants enjeux (gestion
de déchets, fourniture d’eau de boisson,
etc.) auxquels ils se penchent. En plus, en tant que activité urbaine,
l’AUP continue à être considérée comme non pertinente par les instruments de gestion
urbaine (CISSE et al., 2005). Cette situation est également en Ville
de Butembo. Par contre, YEMMAFOUO
(2014) affirme que pour les villes
camerounaises, l’évolution institutionnelle est de plus en plus bien favorable à
l’intégration de l’agriculture à la planification urbaine.
Selon les deux chercheurs, HALLORAN & MAGID
(2013), cette
institutionalisation/intégration de l’AUP devrait inclure plusieurs acteurs
pour faciliter le soutien de sa multifonctionnalité. Cette multifonctionnalité
doit être bien connue par les différents acteurs (PRIBADI & PAULEIT, 2016; VAN
VEENHUIZEN & DANSO, 2007). En effet, AUBRY et
al. (2012) stipulent, dans une étude de la
durabilé de l’AUP cas de la Ville d’Antananarivo au Madagascar, que la
durabilité territoriale dépend de la multifonctionnalité de l’AUP.
Les acteurs
(agriculteurs, commerçants, consommateurs, décideurs) rencontrés estiment que
l’AUP à Butembo fait face à de multiples contraintes dont le vol,
l’urbanisation, l’insécurité foncière, l’infertilité des sols, la divagation
des bêtes, les contraintes climatiques, accès difficile aux intrants et aux
crédits, l’insécurité, manque de formation sur des techniques agricoles. La
plupart de ces contraintes rejoignent celles évoqués par CISSE, et al. (2005) pour les villes francophones de l’Afrique de l’ouest. Le
vol fait partie des contraintes de l’AUP les plus citées par toutes les
catégories d’acteurs. En effet, le chômage suivis d’une pauvreté qui
caractérise une bonne partie de la population en ville poussent certains
habitants à voler des récoltes dans les champs d’autrui pour survivre.
NGUEGANG
(2008) affirme aussi que les agriculteurs de la Ville de
Yaoundé au Cameroun vivent également en permanence dans la crainte de voir
leurs récoltes volées en partie ou en totalité sur leurs diverses parcelles par
d’autres citadins. La pauvreté urbaine et périurbaine prédispose, en effet,
certains habitants à ce genre de dérèglement massif selon lui. Par ailleurs la
divagation des bêtes a donc été également incriminée par une grande partie d’acteurs
comme contrainte majeure de l’AUP. En effet, à Butembo, certains éleveurs ne
savent pas stabiliser leurs bêtes pour l’élever.
Pour MOUSTIER
& FALL (2004), l’intégration de
l’agriculture à la ville engendre des interactions négatives parmi lesquelles
les prédations et les nuisances. L’insécurité foncière a été également évoquée
outre les contraintes climatiques. L’urbanisation constitue plus une contrainte
non négligeable. En effet, l’augmentation de la population dans les milieux
urbains et périurbains en ville conduit à la conversion de terres jadis à
vocation agricoles sous d’autres usages. SKOG &STEINNES
(2016) ont prouvé qu’il existe un lien entre le processus
d’urbanisation et la conversion de terre agricole en bâti dans les villes de
Norvège.
Cette étude analyse les
logiques d’acteurs impliqués dans l’AUP afin d’identifier les facteurs internes
et externes de la durabilité de cette activité dans le milieu urbain et
périurbain de la Ville de Butembo. L’étude démontre qu’au niveau interne, les
agriculteurs du milieu urbain et celui périurbain de Butembo estiment que leurs
exploitations sont viables économiquement. Les agriculteurs sont disponibles à
continuer la pratique de l’agriculture et de préparer leur successeur dans les
activités de routine.
L’AUP est socialement
acceptée par tous les autres acteurs dans les milieux urbains et périurbains.
La sécurité foncière est garantie par le fait que la majorité des agriculteurs
sont propriétaires des terrains mises en valeur. Par ailleurs, bien que le projet
d’exploitation de la terre pour la plupart des propriétaires des terrains soit
l’agriculture, les décideurs tardent à planifier l’intégration de l’AUP dans
les espaces urbains et périurbains. La pratique de l’agriculture en milieux
urbains et périurbains engendre des interactions négatives en termes de
prédations et des nuisances. Les décideurs doivent renforcer l’allocation des
terres urbaines à l’AUP pour garantir sa durabilité. Les aménagements futurs
devront intégrer dans leurs plans des espaces verts compte tenu de leurs
multiples fonctions pour un développement durable. Les prochaines recherches
devront intégrer une approche quantitative de certains facteurs afin d’affiner
la compréhension de la durabilité de l’AUP. Cette compréhension permettra à
tous les acteurs d’agir en vue de garantir cette durabilité.
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BRÈVE PRÉSENTATION DU C.R.I.G
Le Centre
des Recherches Interdisciplinaires du Graben (CRIG), créé par la
Décision rectorale n° UCG/RECT/022/98 du 15 juillet 1998, est
l’institution qui gère les recherches à l’Université Catholique du Graben. Il
regroupe des professeurs, chefs de travaux et assistants autour de cinq
cellules de recherche notamment : Santé animale et végétale, Droit, Économie,
Médecine et Sciences Politiques et Administratives.
Le CRIG publie
une revue scientifique dénommée « Parcours et Initiatives »
reconnue par le Conseil d’Administration des Universités du Congo à travers la
correspondance CAU/SP/NS.NL/MJ/162/2005 du 28 novembre 2005. D’autres travaux
de recherche peuvent être également publiés au CRIG sous forme de : Parcours
et Initiatives, Textes de conférences ou colloques ; Notes
de recherche et Documents : cette collection publie les résultats
des recherches particulières réalisées individuellement ou collectivement
jugées scientifiques par le Comité scientifique. Elle concerne aussi la
publication des travaux scientifiques sous forme d’ouvrages.
Dans le souci de faciliter les publications du CRIG, le Comité de rédaction fixe les préalables ci-après : Envoyer le fichier électronique de l’article en Word au crigpug@gmail.com en respectant les instructions aux auteurs telles que édictées par le CRIG. Les articles doivent respecter le canevas suivant : Résumés en français et en anglais + Mots clés, Introduction, Méthodologie, Présentation et analyse des données, Conclusions et Références bibliographiques.
[1] Chef de Travaux en Faculté des Sciences Agronomiques
de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC) : kahambumatimbya@gmail.com
[2] Assistant en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[3] Assistant en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[4] Assistant en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[5] Enseignant à l’Institut du Bâtiment et des Travaux
Publics (IBTP-Butembo, Nord-Kivu/RDC)
[6] Professeur en Faculté des Sciences Agronomiques de
l’Université Kisangani (RDC).
[7] Professeur Ordinaire en Faculté des Sciences
Agronomiques de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).
[8] Professeur Ordinaire en Faculté des Sciences
Agronomiques de l’Université Catholique du Graben (Nord-Kivu/RDC).