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Potable Water Resources
Management in the City of Butembo
https://doi.org/10.57988/crig-2367
Galilée Kambale
MUSAVANDALO[1]
Résumé
La présente étude traite de la «Gestion
des ressources en eau potable en ville de Butembo ». L’objectif en est
triple : d’abord, évaluer les potentialités de la ville en eau
potable ; puis, identifier les différents problèmes que connait le
secteur ; et, enfin, recenser les différentes solutions envisagées.
Pour cette finalité, nous avons utilisé
deux techniques : l’entretien basé sur un questionnaire soumis à la
production et à la consommation de l’eau et l’expérimentation consistant à
l’estimation des débits des sources et des analyses au laboratoire.
Dans
la fourniture de l’eau, Butembo dispose de trois structures de
production : la Regideso (480 m3/h),
d’autres réseaux d’adduction (10,218 m3/h) et 328 sources (180,298 m3/h
soit 549,69 l/h/source). Les sources occupent une place de choix dans la
fourniture en eau, en vertu de l’importance des ménages qu’elles desservent.
Pour ce qui est de la consommation, le niveau moyen (13.4 l/jour/personne) est
estimé largement en dessous du seuil d’accessibilité (25 l/jour/personne) et
ceci sans compter la distance d’accès au point d’eau.
Ici,
les institutions chargées de la gestion de l’eau sont encore peu structurées. A
côté de la Regideso, société paraétatique qui a eu le
monopole dans ce secteur, d’autres acteurs prennent maintenant, tant bien que
mal, le relais sur le terrain.
Sur ce terrain d’investigation, à la
gestion de la ressource est liée des nombreuses difficultés. D’une part, le
niveau peu performant des infrastructures ne permet pas de rentabiliser le
potentiel réel de production de la ressource. D’énormes quantités sont perdues
par écoulements libres dans la nature, notamment nocturnes, par manque
d’ouvrages de stockage et par des fuites au sein du réseau de distribution
souvent vétuste. D’autre part, la localisation des sources dans des creux
conduit à leur pollution régulière par des eaux de ruissellement peu ou pas
contrôlées. Ainsi la potabilité des eaux des sources est mise à mal, avec des
densités microbiennes pouvant dépasser 300 colonies.
Des
solutions pour rendre l’eau potable sont proposées au niveau communautaire
comme au niveau des ménages. Il s’agit de la production des solutions
d’hypochlorite de sodium qu’utilisent les adductions avant la distribution de
l’eau, certaines sources aménagées et quelques ménages qui procèdent
régulièrement à la chloration de l’eau de boisson.
Abstract
This study
explores the management of Potable Water Resources in the City of Butembo. It is underscored by a tripartite
objective: firstly, to evaluate the potable water potentialities within the
urban expanse; secondly, to meticulously identify the multifaceted challenges
that afflict the sector; and lastly, to comprehensively catalog the array of
potential remedies under consideration.
To achieve these aims, a dual-method
approach was meticulously employed: a structured interview employing a
questionnaire encompassing both water production and consumption dynamics, and
a systematic experimentation entailing the quantification of source discharge
rates and laboratory analyses.
Within the water provisioning landscape,
Butembo is endowed with three distinct production entities:
the Regideso (480 m3/h), supplementary
conveyance networks (10.218 m3/h), and 328 natural springs (180.298 m3/h,
equating to 549.69 l/h/source). The pivotal role of these springs in water
provision is underscored by their significant service to local households. As
regards water consumption, the average per capita level (13.4 l/day/person)
conspicuously falls below the accessibility threshold (25 l/day/person), and
this discrepancy persists while disregarding the often substantial travel
distances to water access points.
It
is noteworthy that the water management institutions remain relatively nascent
within this context. Aside from
the Regideso, a semi-state enterprise
that historically monopolized the sector, other stakeholders have now assumed,
albeit intermittently, operational responsibility in the field.
Within
this research domain, the management of water resources is intrinsically
entwined with a multitude of challenges. On the one hand, the suboptimal
condition of existing infrastructures precludes the realization of the
resource's full production potential. Vast quantities of water are lost due to
uncontrolled discharge into the environment, primarily during nocturnal hours,
owing to the lack of adequate storage facilities and pervasive leaks within the
often antiquated distribution network. On the other hand, the siting of natural
springs in topographical depressions exposes them to recurrent pollution from
unregulated or poorly controlled runoff. Consequently, the potability of spring
waters is compromised, with microbial densities occasionally surpassing 300
colonies.
Communal
and household-level solutions for water purification have been advanced.
Notably, the production of sodium hypochlorite solutions has been adopted by
conveyance systems prior to water distribution, select spring sources have been
adapted, and a fraction of households consistently engage in chlorination
practices for their drinking water.
In
summation, this study offers a comprehensive assessment of potable water
resource management dynamics in the urban settings of Butembo, encompassing
evaluative dimensions, challenges, and potential strategies for enhanced water
quality and provisioning across communal and household spheres.
Introduction
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A |
vant d’être un facteur de
développement économique, l’eau est une ressource vitale indispensable
(République du Tchad, 2003). Villes et villages
se sont créés autour des
points d’eau (Peter, 2001 : 28-33).
Pourtant elle est
considérée comme relativement rare, voire de plus en plus rare. Tout d’abord,
toute l’eau n’est pas ressource : seuls 2,5 % du volume total d’eau
représentent de l’eau douce et ils ne sont pas toujours exploitables (69 %
de glace et de neiges) ou même accessibles (Veyret,
2007).
Au-delà
des chiffres d’emblée gigantesques qui quantifient les stocks d’eau sur la
planète -un stock global de 1 460 000 km3 d’eau, un stock d’eau
douce de 313,2 km3-, la répartition de la ressource, dans l’espace
comme dans le temps, pose problème. Certains pays vivent déjà au-delà de leurs
moyens hydriques (Veyret, 2007). En dépit du constat
apparemment optimiste : « une grande quantité d’eau disponible par
rapport à la demande », une bonne
part de la population mondiale, plus
d’un sixième, n’a pas accès à l’eau (Veyret et Jalta, 2010).
Dans
sa globalité l’Afrique dispose en
réalité d’un potentiel hydraulique assez important. Il en va tout autrement à
des échelles régionales plus ou moins spécifiées. A côté des zones reconnues
arides -le Nord et le Nord-est du continent-, même en Afrique subsaharienne,
plus de la moitié de ses habitants n’ont pas accès à l’eau potable (Bernard, 2008 :
78-81). Non seulement la rareté, mais aussi la gestion peu efficiente
expliquent bien souvent l’absence d’accès ou de raccordement à l’eau des
populations. Le non-accès à l’eau potable et la non-gestion des eaux usées peuvent souvent relever des problèmes politiques. Beaucoup de
villes ou de campagnes situées pourtant dans des espaces bien pourvus en eau
n’y ont cependant pas accès. C’est le cas des villes de Goma ou de Bukavu, au
bord du lac Kivu, dans la région des Grands Lacs d’Afrique centrale (Veyret et Jalta, 2010).
Malgré
les pénuries, l’eau est très souvent mal
utilisée. Petites communautés ou grandes
villes, exploitations agricoles ou industries, tous participent à la dégradation, bien qu’à des
degrés différents, des ressources en eau (Vaucelle et
André-Lamat, 2007 : 57-76). Année après année,
les maladies liées à l’eau représentent un coût important en vies humaines dans
le monde. Elles tuent chaque année, selon un rapport
de l’OMS (2004),
environ 1,8millions de personnes, dont 90 %
d’enfants de moins de cinq ans, principalement dans les pays en développement
(Jamie, 2008 : 86-89). La gestion de l’eau, considérée comme une ressource
commune, vitale, vulnérable et même limitée, mérite donc de maîtriser la
ressource dans ses deux aspects : quantitatif et qualitatif. Comme le
traduit si bien le vieil adage : « l’eau c’est la vie, mais l’eau
c’est aussi la mort ! » (Baudin, Couderc, Janex-Habibi
et Schlosser, 2008 : 82-84).
En
ville de Butembo, au Nord-est de la RD Congo, en province du Nord-Kivu, la
question particulière de l’eau potable se pose avec acuité au point qu’elle
ne peut échapper à tout observateur. Elle relève bien des deux aspects soulignés pour la gestion de la
ressource. Du point de vue quantité, des populations bruyantes (principalement
féminines) rassemblées autour des sources ou des points d’eau disputée
illustrent l’ampleur de la question et la grande nécessité dans laquelle se
trouveraient les habitants de la ville.
Du
point de vue qualité, il sied de se demander si les usagers ont même le temps
d’observer l’état qualitatif de la ressource. Déjà traumatisées par des quantités médiocres
leur offertes, au vue des longues files d’attente aux points d’eau, ces populations semblent se contenter des ressources en eau rencontrées. C’est ce
qui ressort du rapport des activités promotionnelles du District sanitaire de
Butembo qui affirme : « Plus de 30507 habitants utilisent de l’eau
des sources non améliorées pour leurs besoins domestiques avec tous les risques
possibles de contamination. » (District sanitaire de Butembo, 2008)
De
plus, la gestion de l’eau potable à Butembo met en exergue d’autres
contradictions aussi difficiles à surmonter. D’abord, la ville est en pleine expansion ;
l’extension des constructions se fait sans aucun rapport avec la quantité et la
qualité d’eau domestique disponible (Kikwaya, 2014).
La Régie officielle de Distribution de l’Eau (Regideso),
totalement dépassée par cette expansion, n’arrive pas à desservir une
population qui ne fait qu’augmenter. Cette dernière est passée de
quelques 200 à 300 milles habitants aux années 1990 à 606 208 en 2008 et à
environ 700 milles (678 123 habitants) en 2013. Cependant les productions
de la Regideso n’ont bougé d’un seul pas ; elles
se seraient même amenuisées. Sur les sommets du mont Lubwe
qui alimentent d’autres grandes adductions de la ville, les terrains se
dénudent et le déboisement s’y vit bien, ce qui limite leurs capacités
d’infiltration (Vikanza, 2013 : 178).
Ensuite, à l’insuffisance
d’infrastructures s’ajoute leur état très souvent déplorable. Les ouvrages, de
production à la consommation, sont souvent dans un état tel qu’ils entraînent
des pertes énormes de la ressource dans le circuit de distribution. On connaît
bien des cas de fuites d’eau qui privent des quartiers entiers et pendant
longtemps de la ressource tout comme des éventuels cas de contaminations des
sites, souvent accusés comme causes des maladies dites hydriques.
Aux vues de ces problèmes, la présente étude se veut répondre aux questions suivantes :
Quelles sont les potentialités de la ville en eau potable ? Quels sont les
principaux problèmes liés à ce secteur et quelles en sont les solutions
proposées et envisagées localement ? Les objectifs de notre études sont
d’abord d’évaluer les potentialités de la Ville de Butembo en eau potable face aux
besoins des populations pour ensuite
identifier les principaux problèmes liés à la production, à la distribution et
à la consommation et enfin, recenser les solutions envisagées localement.
1. Milieux, Matériels et Méthodes
L’objet
de nos investigations est une de trois villes du Nord-Kivu située au nord-est
de la République Démocratique du Congo. La circonscription urbaine, Butembo est
située entre 0°05’ et 0°10’ de latitude nord et 29° 17’ et 29°18’ de longitude
Est. Située à environ 17 km au nord de l’équateur, la ville de Butembo est
formée d’une succession des vieilles collines souvent arrondies aux sommets,
entourant un creux plus ou moins plat qui constitue le premier site d’implantation de la ville. L’altitude moyenne est de
1 750 m. Butembo jouit d’un climat tempéré de montagne avec une
moyenne des précipitations annuelles
estimée à 1365 mm. La température moyenne annuelle se
situe aux environs de 18°C (Sahani, 2011 : 148).
Sa superficie est de 190,34 km2 et elle est subdivisée en quatre
Communes et vingt-huit quartiers (Mairie de la Ville de Butembo, 2013).
La ville de Butembo est habitée par le peuple Nande, appelé aussi Yira. Ces bantous constituent environ 98 % de sa population, les 2 % restants étant formés d’autres ethnies venues de tous
les coins de la RDC (Musyenene,
2012). Les habitants de Butembo sont issus d’une société vivant
presqu’entièrement de l’agriculture traditionnelle. Même en ville, ils ont
gardé le même instinct. Ils pratiquent la
même agriculture rudimentaire sur des espaces étroits qui sont
des petits jardins forcés dans des parcelles habités ou sur des parcelles
récemment loties dans les périphéries de
la ville. Après l’agriculture, le commerce est l’activité visiblement dominante
à Butembo. Au centre de la ville, presque toutes les rues sont inondées des étalages d’articles
manufacturés, bien souvent de moindre qualité, venus principalement du
Moyen-Orient et de l’Extrême Orient (Mirembe, 2005).
Généralement, les matériels à
utiliser sont tributaires de la nature des informations que l’on recherche. Le
sondage a été réalisé dans quatre cents ménages en ville de Butembo. L’évaluation
des potentialités de production des différentes structures et la détermination
de la qualité bactériologique de l’eau utilisée par la population ont été
effectuées au laboratoire d’analyse de l’eau.
Les indicateurs que nous avons voulu
observer à travers cette étude qui s’est étalée sur une période de temps sec allant du 1er décembre 2014 au 15 avril 2015 sont groupés à
trois : la production de l’eau potable, la gestion communautaire et domestique de l’eau
et la qualité microbiologique de l’eau consommée.
Pour obtenir les données présentées dans ce travail, nous
avons utilisé quatre techniques :
-
Une collecte des données basée sur
la revue documentaire et sur des informations disponibles sous formes
d’archives ou de rapports annuels ;
-
Une collecte des données basées sur
les enquêtes par questionnaire et les
entretiens à partir d’un guide d’entretien.
Les enquêtes ont été utilisées pour la collecte de données
sur la gestion et consommation domestique d’eau. L’entretien semi structuré est
une technique que nous avons utilisée pour obtenir de données auprès de certaines personnes ressources dont les différents
responsables des adductions d’eau potables et le responsable de la Regideso. Les grandes lignes sur le système de gestion
communautaire de l’eau, les grandes difficultés de la gouvernance du secteur
d’eau en ville de Butembo et certaines perspectives pour une amélioration des
services d’adduction en eau potable ont été recueillies par cette technique.
Les observations sur les différents points d’approvisionnement
en eau potable : Avec un sens aigu de
l’observation, cette outil nous a permis d’apprécier l’état de l’environnement
tout autour d’une source, le genre et aussi l’organisation autour de site
d’approvisionnement.
Une technique expérimentale consistant au calcul du
potentiel sur base des estimations des débits de certaines sources et aux
analyses microbiologiques des eaux de quelques sources utilisées dans la
boisson.
Il existe différentes méthodes pour
estimer le débit des cours d’eau. La technique à utiliser est fonction de la
gamme de débit et surtout de condition d’écoulement. On peut utiliser la mesure
directe ou la mesure de la vitesse du courant ou encore la mesure de hauteur
(Adam, Arroys, Breysse et
Vincent (2006 : 71). Pour notre cas, nous avons opté pour la technique
directe consistant à utiliser un récipient et un chronomètre. Cette estimation
a été réalisée sur 328 sources reconnues officiellement selon le recensement
fait par le CAUB.
Pour ce qui est des analyses microbiologiques, elles ont
été faites par un appareillage du « Kit pota-test »
(Ibidem, 126). Cette méthode a consisté à filtrer 100 ml d’eau et de faire cultiver le papier
filtre sur le milieu de culture Membrane Lauryl Sulphate Broth.L’objectif à
atteindre par ces analyses a été d’estimer le niveau de pollution de nos sources en
entérobactéries non coliforme (colonies de couleur rouge après incubation à 37o
C), coliformes totaux (colonies de
couleur jaune) et les coliformes fécaux (Escherichia coliqui
est un germe thermo-tolérant).
2. Résultats
Dans cette
partie du travail, nous décrivons la situation de l’eau
potable dans la ville de Butembo, en termes des potentialités dont elle regorge
et la gestion qui en est faite suivant les deux perspectives ci-après : la
gestion communautaire et la gestion
ménagère (ou familiale) de l'eau. Dans cette gestion, nous présenterons les
acteurs engagés dans le secteur et leur dynamique et nous relèverons les enjeux
particulièrement liés à la mobilisation communautaire qui apparaissent comme
des contraintes à la gestion de l'eau. À la lumière de ce travail, nous présenterons les pistes de solutions qu'ont
dégagées les acteurs pour améliorer la situation de l’eau en ville de Butembo.
2.1.
De la production de l’eau potable en ville de Butembo
Dans la fourniture de la ville de
Butembo en eau potable, trois catégories de structures existent : la Regideso, les autres réseaux d’adductions et les sources.
La Regideso, une société paraétatique, dispose de deux usines de production et de
traitement de l’eau (l’usine de MAKAMBA et celle de KANYANGOKO), toutes deux en commune Vulamba, dans la partie Nord-ouest de la ville de Butembo (REGIDESO, 2014-2015). Avec ses deux usines, la Regideso totalise un débit de 480m3/h dont 450m3/h
pour MAKAMBA et 30m3/h pour KANYANGOKO. Selon les indicateurs
recueillis à la Regideso relatifs à l’exploitation
courante de ces deux usines et réseaux associés, la production journalière de
l’eau est estimée à environ 3188m3, soit une production mensuelle
moyenne de 96984 m3.
Partant des observations faites aux
niveaux des cellules
et quartiers raccordés par la Regideso, le constat
est que seuls les ménages non loin situés du centre commercial sont
approvisionnés en eau. Les périphéries de la ville ne profitent pas du service de la Regideso. Pour l’année 2014 et le premier semestre de
l’année 2015, seulement environ 3437
ménages restent encore actifs.
Quant aux autres réseaux
d’adductions, treize sont officiellement recensées et connus. Il s’agit des AEP
ACEKAVU, ACEKA, ACEAVU, FIR-BEC, KAKOHWA, KANGOTE, FURU, KASUKA, MAHAMBA, NGESE,
VUTSUNDO, KALAMBI, et UCG. Aux vues de leur capacité de production et des
ménages desservis en eau, l’ACEKAVU, l’ACEKA, l’ACEAVU et le FIR-BEC occupent
une importance considérable dans la fourniture de l’eau « potable ».
Les sources pour leur part ont été de 328 avec des inégalités dans leur
répartition spatiale. Pour leurs érections, les eaux sont directement captées à
leurs exutoires.
Au cours de nos investigations,
caractérisées par un temps sec, les valeurs des débits des différentes adductions
et sources sont représentées sur les deux graphiques ci-dessous.


Figure 1 : Les valeurs de débits
horaires: à gauche, le débit des réseaux d'adductions recensées en ville et à
droite la répartition des sources selon les valeurs des débits (en
litres/heure)
L’analyse de données relatives aux
débits des adductions montre une moyenne horaire de 10218.64 litres. Cependant
une hétérogénéité dans les valeurs est observée, pour un coefficient de
variation de 56.2%. Comparativement aux adductions, la capacité de production
des sources est faible avec une moyenne horaire d’environ 549.69 litres. Malgré
l’allure de la courbe, le coefficient de variation estimé à 18% montre une
certaine homogénéité dans les valeurs.
Contrairement à la Regideso qui
fournit directement de l’eau aux
robinets des consommateurs, les adductions procèdent par une distribution
publique à travers les bornes fontaines érigées aux
différents endroits atteints par les raccordements. Certaines adductions, à côté des bornes
fontaines publiques, procèdent à une distribution privée à certains ménages où
l’eau est donnée à titre d’honneur ; ou à des institutions dénommées
« gros ménages » qui comprennent les écoles, les hôpitaux,
les églises, les congrégations, les salles polyvalentes, etc. En somme, les
informations recueillies auprès des responsables de ces adductions montrent une
couverture d’environ 12692 ménages mais inégalement répartis avec une faible
concentration dans la commune Bulengera.
L’approvisionnement
au niveau des sources se fait librement à l’endroit où elle est construite.
Dans sa répartition, nous avons constaté des inégalités à travers la
ville ; certains endroits bénéficient de nombreuses sources, de fois
caractérisées par des débits élevés, alors qu’à d’autres la ressource est rare.
2.2.
Gestion communautaire de l’eau
La gouvernance du secteur de l’eau
est structurellement faible, la ville de Butembo manque d’une
politique claire sur l’eau,
d’un cadre législatif en la matière et d’un service urbain dédié à
l’eau chargé d’orienter et conduire le développement durable du secteur. Face à
ce vide de gouvernance pour l’approvisionnement en eau potable, plusieurs
acteurs, allant des ONG nationales et internationales aux organisations
confessionnelles et aux entrepreneurs privés, ont étendu leur champ de travail
en y incluant l’approvisionnement en eau potable. Les ONG nationales et
internationales, les acteurs de la société civile, les organisations
confessionnelles, les entreprises du secteur privé, les agences de l’ONU et
autres partenaires du développement assurent progressivement le rôle de l’Etat
en fournissant les services d’eau à la population de Butembo. Cette « externalisation »
progressive des responsabilités de l’Etat dans le
secteur de l’eau est en grande
partie soutenue par des donateurs, qui
ont commencé à acheminer leur aide via des acteurs non-étatiques.
2.2.1. Difficultés financières de
la REGIDESO affectant la prestation des services
Le
manque de ressources financières empêche la Regideso
d’étendre la couverture de ses services. Le coût de production et la collecte
des recettes sont au cœur des problèmes de financement. En outre, une partie
des raccordements actifs ne sont équipés d’un compteur. Même lorsqu’ils sont
installés, la plupart des compteurs ne fonctionnent pas correctement, ce qui
désavantage sérieusement les consommateurs qui sont facturés à un taux fixe.
Normalement, cette
situation ne devrait pas poser de problème, mais étant données les nombreuses
fuites du système de distribution de la Regideso, le
risque pour les consommateurs est de devoir payer également ces pertes. Une
partie importante des infrastructures de la Regideso
date de longtemps. La distribution de l’eau est durablement affectée par
l’entretien insuffisant des
installations et le manque
d’investissements face aux besoins croissants de la population. C’est pourquoi
au robinet du consommateur l’eau est de fois colorées et chargée des substances
en suspension.
2.2.2.
Dégradation des sources d’eau potable liée à la nature du sol
Pendant
nos travaux sur le terrain, nous avons pu observer les effets défavorables du
développement territorial incontrôlé sur
les sources d’eau potable. Le défi immédiat à relever sur le terrain est la
non-application des principes fondamentaux de zonage pour la protection des sources d’eau potable.
L’absence de délimitation de zones de
protection a été observée pour toutes les sources d’eau, les empiètements
résultant de cette absence de délimitation exposent les zones de sources vulnérables à la contamination et à la dégradation des terres, créant un risque
important pour la qualité de l’eau et la santé publique. Les plus grandes
menaces pour les sources d’approvisionnement en eau observées durant nos descentes sur les terrains de sites
incluent le ruissèlement des eaux de pluie, l’érosion accélérée et la
dégradation du paysage.
L’accès
physique aux points d’eau est une autre contrainte importante qui pèse sur
l’amélioration de la qualité du service
de l’eau. Bien que la distance jusqu’aux sources soit dans
de nombreux cas de moins d’un kilomètre, on a
observé qu’une grande partie de ces sources étaient situées dans des vallées
encaissées, le transport de l’eau, presque exclusivement effectué par les
femmes et les enfants est, par conséquent, une corvée. A certains endroits, la
pente d’accès est si raide que le risque de chutes et de blessures est
particulièrement élevé. Il est donc important lors de la sélection de ces sites
que les questions d’accessibilité soient soigneusement considérées.
2.2.3.
Pollution des sources d’eau
Alors que l’eau de
source est généralement sûre, le risque de contamination, en particulier étant
donnée la mauvaise qualité des aménagements, est une question préoccupante. La
source principale de pollution des eaux qu’on a pu observer est le rejet direct
d’eaux usées non traitées dans les cours d’eau ou indirect suite à une
infiltration dans les eaux souterraines et des déchets ménagers de toute
nature. Ainsi avec le ruissellement, ces derniers sont entrainés vers les
vallées où sont généralement érigées des sources. A côté de cette principale
source de contamination, le non-respect de l’espace vert à laisser autour des
sources expose les sources à la contamination.
La conséquence de ce manque de
politique dans la protection des zones autour des sources d’eau est sa qualité
microbiologique médiocre comme le traduisent les deux figures ci-dessous.
(a)
(b)
Figure 2 : Le niveau de
contamination des sources analysées (en UFC/100 ml) (a): la contamination par
les bactéries non coliformes; (b): la contamination par les coliformes totaux
2.2.4.
De la création de la plate-forme inter-EAU en ville de Butembo
La
situation de l’absence de la gouvernance est néanmoins sur le point de changer
avec la réorganisation en cours du secteur de l’eau dans le cadre d’une
initiative mise en place d’abord par le regretté Abbé Apollinaire MALUMALU. En
effet, c’est en mars 1997 que le CAUB (Consortium de l’Agriculture Urbaine de
Butembo) a été créé par ce regretté Abbé dans l’objectif d’assurer une sécurité
alimentaire durable de citadins et de villageois, mais aussi d’assurer une
gestion rationnelle des ressources naturelles, dont les ressources
hydriques, pour la promotion de la santé.
De nos jours, le secteur de l’eau
constitue la plus grande tâche que le CAUB ne cesse d’accomplir par la construction des infrastructures d’eau potable
et l’amélioration de la qualité de cette eau par le bien des agents de
traitement (NaOCl).
Les
animateurs du groupement EAU du CAUB et
les techniciens producteurs de chlore en ville de Butembo s’interrogent actuellement de la durabilité du service dans
les 30 ans à venir vue l’expansion de la ville qui se fait sans aucun rapport
avec l’extension des constructions et l’amélioration de la ressource en eau.
Sur les sommets du mont LUBWE qui alimente
certaines des grandes adductions de la Ville, les terrains se
dénudent et le déboisement s’y vit bien, ce qui limite leurs capacités
d’infiltration.
Ainsi
le CAUB, à travers son Groupement EAU, a recensé tous les intervenants dans le
secteur de l’eau en ville de Butembo, en vue de statuer sur la question de la
gestion de l’eau. A l’heure actuelle, 25 intervenants font membre de la
plate-forme et l’association a pris le
nom de « REBU » qui veut dire « Réseau d’Eau de Butembo ».
La gestion des conflits survenant souvent entre les détenteurs de terre et les
acteurs et/ou associations distributeurs de l’eau, la protection des bassins
versants et la sensibilisation de la population dans la pérennisation de la
ressource constituent les trois principales missions du réseau.
2.3.
Gestion ménagère (ou familiale) de l’eau
Dans
cette section, nous présentons le mode de gestion domestique de l’eau en ville
de Butembo.
2.3.1.
Approvisionnement en eau au niveau du ménage
En ville de Butembo,
comme ailleurs en RDC, la gestion de l’eau
est une tâche traditionnellement réservée aux femmes. En général, l'eau de
boisson est prélevée à la source, c'est-à-dire là où elle jaillie
du sol plutôt que dans les rivières. Le choix d'un
point d'eau est surtout justifié par la proximité plutôt
que la qualité et ce dernier reste le même toute l'année. L'approvisionnement est accompli souvent une
fois par jour, soit à l'aube, soit au crépuscule. Le plus souvent, un bidon en
plastique de 20 litres est utilisé pour prélever l'eau, mais des bidons de
petites dimensions ou grandes dimensions peuvent être aussi utilisées.
Le couvercle des bidons
est vissé, généralement pour éviter les pertes d'eau au cours du transport et
pas nécessairement pour préserver la
qualité de l’eau qui y est contenue. Avant le prélèvement de l’eau, le récipient est généralement
rincé, lavé le plus souvent avec du
savon et exceptionnellement avec du sable, de la cendre ou des feuillages. Dans
la maison, le puisage de l'eau n'est pas uniquement réservé aux adultes, mais à
toute la famille.
2.3.2.
Traitement domestique de l’eau
Même si certaines femmes font bouillir l'eau, spécifiquement pour
leurs enfants les plus jeunes ou le chef du ménage (8.7%), le plus souvent, l’eau
est bue sans avoir été traitée. Quelques rares ménages (12.3%) chlorent leur eau de boisson à l'aide de petits bocaux
de chlore «uzima» ou « maisha »
achetés sur le marché ou avec de la chloramine T
(chlore sous forme de comprimé). Plusieurs raisons ont été évoquées pour ne pas
traiter l'eau: «l'eau bouillie n'a pas de saveur », l'ébullition «tue les
vitamines », «le chlore est un produit chimique» (et constitue une menace pour
la santé), instructions liées à la chloration moins maîtrisées, 1'« habitude »,
« la coutume », 1'« ignorance », le manque de temps, le manque de
moyens, l'incertitude concernant l'impact négatif de l'eau consommée sur la
santé.
Néanmoins, les acteurs
ont affirmé que, parmi toutes les techniques de traitement de l'eau,
l'ébullition est celle qui s'intégrait le mieux dans la routine quotidienne,
mais de nos jours la chloration est beaucoup utilisée, car certains ménages
sensibilisés sur son action sur les germes pathogènes de l’eau ont affirmé
qu’il s’agit d’une bonne méthode que l’ébullition de l’eau.
2.3.3.
Consommation domestique de l’eau potable
Partant de nos enquêtes menées
auprès des consommateurs ou tout simplement la population de Butembo, les
valeurs de consommation par ménage en eau supposée potable sont présentées dans
graphique suivant.

Figure 3 : Répartition des ménages
selon les quantités d'eau potable consommées par jours (en litres)
L’analyse de cette figure montre une consommation journalière moyenne
par ménage d’environ 107.2 litres. Compte tenu de la taille moyenne du ménage
observée lors de nos enquêtes, et qui a
été de 8 personnes/ménage, nous en déduisons une consommation
individuelle d’environ 13.4 litres d’eau/jour.
Des
données de la Regideso, on pouvait facilement se
rendre compte que chaque ménage raccordé consommerait environ 0.6m3/jour,
soit 600 litres par jour. Néanmoins, les bénéficiaires estiment que ces
quantités sont de loin supérieures à leur consommation domestique et surtout
que la Regideso reconnaît la non-conformité des
compteurs. Il sied donc de considérer ces données avec précaution.
2.3.4. Différentes stratégies mises
en place pour faire face aux conditions de sécheresse
En Ville de Butembo, la période de sécheresse est souvent défavorable pour la
plupart des ménages d’autant plus que les sources se voient diminuer de leur
débit, et ceci oblige aux gens de passer trop de temps à la recherche de l’eau.
Lorsque les conditions le permettent, on procède au forage des eaux par
création des puits, malheureusement non améliorée, ce qui ne permet pas
d’utiliser ses eaux comme eau de boisson. Néanmoins, ces eaux suppléent les
sources pour la plupart des besoins domestiques autres que la boisson.
A certains endroits de la ville,
les rivières sont exploitées par des mamans, jeunes filles et garçons pour
laver des habits, nettoyer la vaisselle, torchonner, et même certaines rivières
sont dénommées « piscines » par des jeunes gens, car le soir elles
servent de baignade. Cette situation expose aux risques de contamination
microbienne étant données les saletés qui s’y trouvent.
Bien
qu'ils soient peu nombreux, quelques ménages ont amélioré leur accès à l'eau en érigeant
certaines infrastructures de stockages de l’eau. Le plus
souvent, il s'agit d'un système de
récolte d'eau de pluie sur les toitures, canalisées dans des tanks à PVC ou
dans une citerne souterraine. Bien que cette source d'approvisionnement tarisse
à la saison sèche, elle permet tout de même à ses propriétaires de vendre de
l'eau au reste de la communauté lorsque les conditions deviennent défavorables
pour accéder facilement à l’eau.
Dans cette recherche, notre
préoccupation a été la gestion de l’eau potable en ville de Butembo, avec un triple objectif : évaluer les potentialités en eau potable, identifier les problèmes que connait
le secteur et recenser les différentes solutions envisagées.
Malgré la grande capacité de
production de la Regideso, le taux de couverture par ce dernier est très
bas et n’arrive même pas à couvrir les 10 % de la population de la ville.
Ce sont d’autres réseaux d’adduction et des sources qui cherchent à approvisionner la grande partie de la
population. La ville de Butembo détiendrait des bonnes potentialités en eau.
Néanmoins, l’accès et la rentabilisation de la ressource, des fuites et l’état
délabré des certaines sources posent encore un grand problème. C’est ce qui
expliquerait la faiblesse du niveau de consommation. Dans bon nombre de
quartiers, l’accès constant à l’eau reste un privilège réservé à une minorité
aisée, quand les plus nombreux se contentent d’une distribution fréquemment
interrompue et/ou d’un point collectif -une source ou une borne-fontaine dans
la rue pour plusieurs cellules.
Le
secteur de l’eau à Butembo subit aujourd’hui des réformes plus ou moins fondamentales notamment avec la
plate-forme inter-eau dénommée "REBU".
L’engagement des acteurs dans le secteur reste à soutenir. La question de l’eau
devrait faire une affaire de tous. Pour faire face à la crise d’eau connue
actuellement, il est important que les trois missions du "REBU"
soient réalisées de façon ordonnée : sensibiliser la population de la
fragilité de la ressource, protéger les bassins versants et arranger les cas de
conflits surtout fonciers.
Dans
tous les cas, la ressource en eau "potable"
reste un bien menacé en ville de Butembo. Les usages entropiques de l’eau, la
dégradation des sources d’eau "potable"
par des pratiques d’utilisation des terres hors de toute planification
représentent un problème qui génère la pollution microbiologique préjudiciable
à la qualité ; ce qui fait que l’eau consommée ne remplit pas le critère
de potabilité. Des mesures immédiates pour sécuriser les périmètres autour des
sources d’eau potable devraient être prises dans un premier temps afin de
limiter les dommages, et être graduellement étendues.
Répondre aussi aux critères de
qualité et de quantité passe par la mise en place d’aménagements qui vont satisfaire des objectifs différents et
complémentaires. Il peut s’agir d’ouvrages permettant un meilleur
accès à l’eau, une distribution de
qualité favorisant une lutte contre les catastrophes de type érosion et ruissellement. Il est également question d’aménagements visant à instaurer une véritable culture des
économies de l’eau.
La
culture industrielle de production des agents de traitement de l’eau, notamment
l’hypochlorite de sodium est une chose à encourager ; en attendant que
l’épineuse question des habitations construites dans la proximité des sources
soit résolue de manière durable, d’autres mécanismes de rendre l’eau potable
restent à envisager.
Une
bonne gestion de la ressource en ville de Butembo nécessite donc de concilier
protection de la ressource, pérennité économique, équité sociale. Il s’agira
par exemple de réduire les pertes, surtout nocturne, en équipant des sources
aménagées par des structures de stockage comme des réservoirs minus des vannes
car les pertes sont souvent très élevées ; de traiter les eaux
usées ; d’importer l’eau par transfert sur des distances -le cas de la Regideso qui devra étendre son rayon d’action vers les
périphéries de la ville- ; de la récupération de l’eau de pluie dans des
citernes, etc. Les solutions à envisager sont donc nombreuses, elles
nécessitent une bonne connaissance des ressources et leur maîtrise et des choix
politiques conséquents.
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[1] Galilée Kambale
MUSAVANDALO est Assistant en Faculté des Sciences agronomiques de l’Université
Catholique du Graben