https://doi.org/10.57988/crig-2355
(Avant-Propos, Présentation et Conclusion des Mélanges en
hommage au Professeur Ordinaire Abbé Apollinaire Muholongu
Malumalu)
Jean-Bosco
KAKULE MATUMO[1]
(pp. 1-6)
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’adage français est de toute notoriété : « Comme on connaît ses
saints, on les honore ». Au mémorial du décès du
Professeur Ordinaire Abbé Malumalu Muholongu Apollinaire, c’est un homme à géométrie variable
que l’on évoque volontiers. Prêtre, théologien, politologue, philosophe,
penseur et activiste des droits humains, protagoniste de la Société civile,
acteur de développement, tout cela, l’Abbé Apollinaire l’a été.
Aussi, saisit-on l’opportunité offerte pour présenter les Mélanges que, à
son deuxième anniversaire de naissance dans l’au-delà, l’Université Catholique
du Graben de Butembo a daigné consacrer à sa mémoire
indélébile. À titre d’éditorial de cet
ouvrage, le présent préambule n’en circonscrirait guère un contour complet du
contenu. Son seul objet, c’est de jeter un regard croisé sur le labeur
intellectuel et engagé d’Apollinaire et les textes de ce document, afin d’y
refléter en filigrane un brin multifacial de la vie
de l’Abbé, aux confluents des disciplines et des pratiques.
Car, au sein de la Société
civile, aussi bien que dans des institutions ecclésiales et universitaires et
dans celles d’appui à la démoratie en RD Congo, son
engagement a témogné d’une polvalence visionnaire et praxéologique. Chez cet artisan
inlassable de la paix, de la combativité sociopolitique, de la quête de
développement local, de la promotion de la dignité humaine, du respect et/ou de
la défense des droits de l’homme, tout cela devait rimer avec carrière
professorale, intensification de la coopération interuniversitaire, formation
des formateurs et recherche en tant que partie intégrante de l’université…
Plusieurs chantiers sont
synchronisés en cheval de bataille de cet acteur à la vision intégrale. Ils
témoignent avec éloquence de sa dynamique pluraliste et multidirectionnelle.
Autant dire que, même en temps de turbulence multiforme, l’Abbé Apollinaire
faisait rimer en lui science avec conscience, théorie et pratique. Outre celle de Professeur des Universités, l’on salue sa
reconnaissance de Professeur des élections, en tant que premier architecte des
premières élections libres, démocratiques et transparentes en RD Congo et
d’animateur et formateur en matière d’élections en Afrique Centrale. A ce propos,
son combat mené
sur plusieurs fronts lui a valu, à titre
posthume certes, le titre de Grand Officier sur Ordonnance 6/064 du 14 juillet
2016 portant admission dans l’ordre national des héros nationaux
Kabila-Lumumba. Cette disposition le couronnait comme « un héros multiforme, une icône complexe dont la réputation
dépasse le cadre étroit de la relation ».
Ce n’est donc pas exhaustif que
le présent ouvrage ait pour titre principal « La
République Démocratique du Congo en quête de stabilité politique et
socioéconomique ». Cette thématique générale n’égale pas la carrure
polycentrique de celui en hommage de qui il est dédié. La puissance discursive
et active de cet homme s’inscrit tant à la croisée des actions et des pensées qu’elle invaliderait toute clôture. Pourtant, la
tonalité respective des contributions constitutives du document autorise d’en
ranger la quintescence dans une quadruple
orientation.
Primo, certains textes portent
une sensibilité sociologique, philosophique et théologique de la politique
selon le regard de leurs auteurs respectifs. Au sujet de l’illustre disparu,
dans une circonstance obséquieuse, les allocutions funèbres peuvent
s’interpréter comme des objets politiques non identifiés (OPNI). En son
honneur, l’ouvrage tient à souligner aussi l’enracinement politique dans le
terreau de la tradition propre, en conformité avec un des créneaux de
prédilection des recherches de l’Abbé Apollinaire depuis le début des années 1990. Il
s’agit d’alterner les regards traditionnel et moderne du politique (Malumalu : 1992a ; 1992b ; 1999) au nivau tant local (Malumalu :
1992b)[2]
que national (Ibidem, 1992 ; 1999). Au niveau international, ses
recherches en sciences politiques allient avec eurythmie les deux facettes,
avec la pertinence interrogative de la philosophie sur la figure démocratique en RD
Congo. Outre son
étude sur l’homme révolté de Camus (Malumalu, 1991a),
sa thèse doctorale sur la vérité, le pouvoir et le gouvernement chez Michel
Foucault (Ibidem, 2012-2013) confirmera, à bien des égards, sa casquette de
philosophe politique. Pourtant, ses aspects heuristiques de penseur politiste
et philosophe s’harmonisent avec ceux de chercheur et fin théologien catholique
brûlant d’une Eglise de développement (1991b) et épris de la doctrine sociale de l’Eglise
(2016). Ce triple regard, du politologue, du philosophe et du théologien est
ici représenté, tour à tour et, parfois, de façon itérative.
Secundo, d’autres textes
rassemblent les témoignages
tonifiés sur le plan des sciences juridiques, de droits humains et genre. De
fait, un autre pan important de
la personnalité de l’Abbé Malumalu, c’est son vif
engagement sur le terrain des droits humains. Fort du statut de la personne
humaine -masculine et féminine- au centre de la société, il en souligne
l’inaliénabilité. Ce sont leur promotion, leur respect et leur protection qui légiment et justifient l’existence d’une constitution, sa
révision et, par ricohet, l’établissement de
l’arsenal et des instruments juridiques nationaux et interétatiques.
Bien
plus, un homme de la
trempe de l’Abbé Malumalu ne pouvait
manquer à l’impératif actuel du phénomène « gender ». Sous sa gouvernance, la composition des
animateurs de la Commission Électorale -Nationale- Indépendante (C-E-N-I)
pouvait en renseigner assez. La résorption de la disparité des chances entre les
sexes et les âges figurait sur l’agenda de son souci permanent. Face à la
formation à l’UCG, il a mis sur pied un mécanisme de parrainages négociés
auprès des donateurs -Wima-Isère et France Université
Butembo- pour la scolarité des filles. Face à
d’autres opportunités existentielles, il a plaidé en faveur de la stabilisation
des enfants de rues et des enfants ex-soldats démobilisés, notamment, dans des
projets d’apprentissage des métiers au travers le Centre de Formation et d’Animation
au Développement Economique et Social (CEFADES). A ce sujet, Abbé Apollinaire
espérait l’avènement d’un système juridique assaini des dispositions -us et
coutumes- implacables. Sa tendance allait plutôt vers une sorte de discrimination
positive, en vue de la participation des humains épanouis au développement de
la société.
Sur
le plan théorique, Malumalu a signé des recherches
diplômantes de maîtrise en Droits humains dans une des universités françaises.
Ce sont elles qui, pourrait-on ainsi dire, culmineront sur sa production du savoir
(Malumalu, 2009) qui reste à être publiée à titre
posthume. L’on y découvrira, de par et d’autre,
l’impératif de tropicaliser la pensée ascendante dans la conceptualisation des
droits de l’homme. Sur le plan pratique et parénétique, l’on retient ses brillantes prestations de penseur
et activiste des droits humains et du genre dans la Société civile tant au
niveau local, qu’aux niveaux national et international. Il leur accordait une
épaisseur si essentielle de sa vie qu’il en a fait partie, sinon le gond de sa pratique sociale et de son
engagement intellectuel. En l’occurrence, qui prendrait en dérision sa
contribution à la consolidation structuro-organisationnelle de la Société civile
de Beni-Lubero ? Qui négligerait ses énormes
efforts consentis, à haut risque, pour négocier la paix dans l’ancien Kivu et y
décompresser la fougue des belligérants, milices et autres groupes
armés ?...
Tertio,
d’autres
textes encore prendraient pour vitrine de relecture la recherche-action de Malumalu en socioéconomie et en
développement. En tant que chercheur et acteur de développement,
l’Abbé tournait le regard vers l’analyse des problèmes sociaux de la population.
Son énergie se déployait dans la
mise sur pied des cadres de pérennisation des activités d’auto-développement
intégral ? Ce ne paraît donc pas anodin qu’il ait mené des recherches
scientifiques théologiques sur l’Eglise à
l’épreuve du développement (Malumalu, 1991b). Il
y condensait comme un manifeste-programme dans la société d’aujourd’hui. A
l’instar de Cosmao (1979), son leitmotiv était que « changer le monde » est « une véritable tâche pour l’Eglise ».
A Beni Lubero, il
avait marqué des scores dans la création et les actions des centres de recherches de
rayonnement de l’Université Catholique du Graben (UCG) en matière de promotion
humaine et de développement (Kivu1 Magazine, 2013 : 9-11). L’on connaît,
le Centre d’Études Juridiques Appliquées (CEJA), le Centre d’Etudes,
Formation et Animation au Développement Solidaire (CEFADES), les Cliniques universitaires du
Graben, la Centre de Formation, Recherches et Développement en Aquaculture (CEFORDA),
la Station Agro-Pastorale Horizon (SAPH), le Centre de Réadaptation à Base
Communautaire (RBC), le Centre de Recherches Cliniques de Butembo
(CRCB), le Centre de Recherches Agricoles et Vétérinaires du Graben (CERAVEC),
le Centre de Recherches et d’Études Stratégiques, Politiques,
Administratives et Juridique (CRESPAJ), le Centre Nutritionnel et Thérapeutique Cerruto,
le Centre Universitaire de Diagnostic du Graben (CUD), etc. A partir de l’UCG, Malumalu a compté parmi les initiateurs et/ou les parties
prenantes dans d’autres institutions de développement socioéconomique. Parmi
elles, l’empreinte s’avère perdurable dans le Réseau-WIMA, le Consortium pour
l’Agriculture Urbaine de Butembo (CAUB), la Société
d’Électrification du Nord Kivu (SENOKI) ; etc.
En RD Congo et en Afrique, son génie a signé
aussi bien des actions, soit comme animateur, soit comme administrateur au
doigté managerial remarquable. Pour ne citer que quelques-uns, à
son actif, s’inscrivent la conduite de la conférence de Goma ou symposium pour la
paix et le développement du Kivu, la direction de la Fondation Monseigneur
Emmanuel Kataliko (FOMEKA), de la Fondation
Universitaire du Graben (FUG), de l’Ecole des élections, l’Institut Panafricain
Cardinal Martino pour l’enseignement social de l’Eglise; la présidence de la
Commission Électorale -Nationale- Indépendante ; etc.
Quarto, une autre artère
textuelle des présents Mélanges, enfin, couvrent quelque peu un autre
jalon : le domaine
de l’aménagement territorial, de la santé et de la sanitation.
L’Abbé Malumalu y était aussi bel et bien présent. De fait,
cet acteur polyvalent brûlait aussi d’un ardent désir de voir naître en RD Congo l’aménagement du
territoire de développement local. Il concouru à la production d’un cadastre des infrastructures au Nord et Sud Kivu (Bob Kabamba et
Apollinaire Malumalu, 2010). Son vœu était d’y voir l’effectivité des équipements collectifs en infrastructures
économiques et sociales et de la desserte en biens et services sociaux :
électrification, hydraulique rurale, santé communautaire, hygiène et
assainissement ; routes de desserte agricole ; etc.
A titre
indicatif, outre sa médiation pour la dotation de la ville de Butembo en énergie électrique (SENOKI), son
concours pour la mise en place
des mécanismes pour la salubrité de ce milieu urbain et pour la fourniture
urbaine et périurbaine de l’eau à Butembo est bien
notable. Ce dernier se vérifierait autant par les œuvres du CAUB que par sa
propre initiative d’implantation d’une unité de recherche pour la
potabilisation de l’eau (Eau du Graben). Aussi, c’est sous son instigation que
le CEFADES s’est appliqué à installer des marchés modernisés dans la contrée.
En vertu de sa conviction selon laquelle « La
route est le nerf du développement », Malumalu
portait soutien et
sympathie au Projet Musakala
par ses visites solennelles au Bureau Diocésain pour le Développement (BDD)/Butembo-Beni, in
situ, sur la route parallèle à la RN2 en construction à l’ouest de Beni Lubero. Sans doute, a-t-il même appliqué, avec beaucoup de
générosité, son pladoyer pour l’établissement à Butembo de l’arsenal institutionnel assorti à l’évolution
des Cliniques Universitaires du Graben…
En somme, le Professeur Ordinaire Abbé Malumalu Muholongu Apollinaire a engagé son activité intellectuelle
et sa pratique sociale sur plusieurs champs. Les impératifs de son temps exigeaient de prendre
à bras le corps sa besogne théorique et praxéologique plurielle. Les quatre
parties des présents Mélanges en son hommage n’en sont donc que des jalons,
pour fixer quelques repères sur la démarche pluridisciplinaire et
plurisectorielle de ce chercheur et acteur. Comment pourrait-il s’émouvoir
autrement dans la mensuétude et la complexité des
savoirs et des modalités praxéologiques ? Certes, cette grille de lecture
des présents Mélanges ne prétend à l’exhaustivité. En revanche, fort que la tétrade
d’orientation textuelle qu’elle propose à l’ouvrage ferait bien percevoir l’itérativité entre l’artère du sociolitique,
du philosophe et du théologien, avec celle des sciences juristes et des droits
humains, celle de la socioéconomie et du
développement ainsi que celle de sciences et techniques liées à l’aménagement
du territoire, à la santé et à la sanitation. La
force des Mélanges ne consiste-t-il pas à éluder le danger auquel exposerait
« le sage à l’unique livre » ?
Références
bibliographiques
COSMAO, Vincent, Changer le monde. Une tâche pour l’Eglise, Paris,
Editions du Cerf, 1979.
MALUMALU Muholongu,
Apollinaire, De la responsabilité dans
l’homme révolté de Camus. Mémoire de Maîtrise de Philosophie. Lyon,
Université Catholique de Lyon, 1991a.
MALUMALU Muholongu,
L’Eglise à l’épreuve du développement. Mémoire
de Maîtrise de Théologie. Lyon, Université Catholique de Lyon, 1991b.
MALUMALU Muholongu,
Apollinaire, Recours à l’authenticité et
légitimité politique au Zaïre sous la deuxième république (1965-1990). Mémoire
DEA d’Etudes politiques. Grenoble, IEP de Grenoble, 1992a.
MALUMALU Muholongu,
Apollinaire, L’économie du pouvoir dans
l’espace traditionnel Nande, Université Catholique de Lyon, 1992b.
MALUMALU Muholongu,
Apollinaire, La politique de recours à
l’authenticité du Congo-Zaïre sous le régime de Mobutu (1965-1997). Thèse
de doctorat de Science politique. Grenoble, Université de Grenoble 2, 1999.
MALUMALU Muholongu,
Apollinaire, Les droits de l’homme à l’épreuve de l’universalité.
Perspectives africaines. Inédit, 2009.
MALUMALU Muholongu,
Apollinaire et KABAMBA, Bob, Cadastre des
infrastructures : problèmes et recommandations. Provinces du Nord et du
Sud-Kivu, République Démocratique du Congo. Liège, CAPAC, 2010.
MALUMALU Muholongu,
Apollinaire, Vérité, pouvoir et
gouvernement chez Michel Foucault. Thèse de doctorat canonique de
philosophie. Lyon, Université Catholique de Lyon, Année académique, 2012-2013.
MALUMALU Muholongu, Apollinaire (sous la direction de), Les doctrines sociales de l’Église.
Kinshasa, 2016.
Regard sur
une université inspirée. U.C.G. – Butembo. 25 ans d’une œuvre prophétique, prédite par Mgr Kataliko, dans Kivu1
Magazine, Edition spéciale, octobre 2013, p.9-11.
(pp. 7 – 12)
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e
par une frange de ses recherches bien connue, l’Abbé Malumalu
est aussi bien théologien, politiste que
philosophe politique. Le regard du sociopolitologue,
du philosophe et du théologien politique est ici représenté, tour à tour, et,
parfois, de façon itérative, par les professeurs Augustin Kahindo
MUHESI, Abbé Athanase WASWANDI et Abbé Ildefonse SOLY ainsi que par l’Assistant
Christian LWANZO Mumbere.
Le texte du Professeur Augustin
tourne autour des allocutions funèbres des hommes de divers acabits pour la
circonstance des obsèques du disparu. L’auteur y dénote l’empreinte
événementielle tant religieuse, humaine que politique. Mais, outre des aspects
sociaux et économiques, elles ont été auréolées des véritables et spéciaux
objets politiques non-identifiés (OPNI), à la hauteur de la polyvalence avérée
d’Apollinaire et de sa position humaine, socioreligieuse et sociopolitique au
sein de la citoyenneté congolaise. Leur retentissement à l’égard de l’homme aux
multiples facettes à l’échelle tant micro que méso et macro-spatiale, auront
surligné sa carrure axiologique et multidirectionnelle.
Le politologue politiste Augustin
entreprend donc de décrypter, au-delà de ces discours circonstanciels, le fait politique.
Pour cela, il utilise, essentiellement, la méthode fonctionnelle et les
techniques d’analyse de contenu, de documentation et d’interprétation. Son œil
pénétrant en relève la propension du politique de toute tendance à
s’autolégitimer, se re-légitimer.
L’intention de reconquérir les cœurs des éprouvés par le deuil passerait
en filigrane, de l’évocation des rôles reconnus à l’acteur disparu, au rappel
de l’image héroïque et multidimensionnelle construite sur lui. Rien d’étonnant.
Dans la dimension pragmatique,
la question de l’impact du discours politique s’avère toujours pertinente.
Ce qui y est souvent en cause, c’est surtout la « forme de la relation sociale créée à l’occasion de la
communication ». Ne s’agit-il pas, notamment, de produire un double
effet d’améliorer la légitimation occasionnelle des gouvernants et de créer un
cadre d’échange autour du souci majeur de la communauté du disparu ?
En somme, l’occasion fait le
larron. Tout semble concourir à cette double quête de soudure entre gouvernés
et gouvernants. L’allure élogieuse des allocutions vis-à-vis de la personnalité
de l’Abbé Apollinaire, de l’activisme tous azimuts, ainsi que l’identification
de son image épique, tout cela semble moulé politiquement au prisme de la
reconquête de l’allégeance circonstancielle des gouvernants face à leur
incapacité institutionnelle dans un environnement politique délétère
particulier dans le grand nord du Nord Kivu.
Pour sa part, le Professeur Abbé Waswandi Ngoliko Athanase
centre le débat de la construction de l’Etat moderne sur la connaissance du
pouvoir traditionnel à partir des
symbolismes yira
d’investiture du Grand Chef Mwami. Cela coïncide aussi avec l’impératif, que
soulignait l’Abbé Apollinaire, d’enracinement politique dans le terreau de la
tradition propre, avec qui l’auteur partage une conviction : l’on ne peut
comprendre la démocratie des autres sans, au préalable, comprendre la sienne
propre.
Par la méthode anthropologique
culturelle[3],
le sociologue et théologien Athanase entend percer le sens de la conception politique traditionnelle
Yira à partir
des principaux symboles de l’investiture du Grand Chef Mwami lors de son intronisation par la coutume. A partir de la
compréhension du pouvoir politique, en tant qu’ensemble des moyens
institutionnels permettant la conduite des affaires publiques, sa
recherche-action pivote autour d’une triple interrogation.
L’une de ses facettes concerne
l’existence d’une coutume qui fasse autorité dans un pays en proie avec le
chauvinisme de la modernité. Elle interroge les déterminants de la géométrie de
l’édifice national congolais. Il stigmatise ainsi le décalage
dramatique entre juridique
moderne et coutume africaine ; et les difficultés
cognitives liées à la multiplicité des messages contradictoires sur la gestion
des chefferies et à la méprise de la sagesse traditionnelle plus
particulièrement congolaise par l’« assimilationnisme » culturel
(occidentalisation). Dans une perspective maussienne,
il en appelle-t-il à réhabiliter le symbolisme de l’investiture royal en guise
d’aréopage ou d’espace public...
L’autre
facette de l’interrogation a trait à la valeur symbolique des insignes portées
par le Grand Chef coutumier « o’Mwami » de
l’Afrique Centrale en général et, en particulier, chez les Yira en RD Congo. La question fondamentale
du chercheur peut être ainsi formulée : pourquoi ces insignes et rites rentrent-ils dans le cadre
d’une coutume à grande signification en termes d’alternance au pouvoir, soit au décès, soit en cas
d’incapacité du tenant du pouvoir ; et cela, grâce alors aux deux modes
d’accession au trône : l’héritage -succession verticale- et la rotation -succession
horizontale- des hommes et/ou des femmes ?
C’est
alors que la valeur symbolique des insignes, portés par lui, revêtent une
importance rituelle inouïe : consacrer ou légitimer l’ordre social et
l’ordre mental à s’auvegarder à tout prix. Loin de tourt dualisme manichéin, le
filtre des anthropologues voit, dans l’investiture du Grand Chef Mwami, la traduction de la vie selon une vision religieuse et existentielle dans l’organisation sociopolitique. De par son
investiture, il incarne la vie, la garantie de l’eurythmie cosmique ;
bref, son investiture et ses insignes comportent une symbolique
plurielle : fraternité cosmique, liberté universelle et prospérité pour
tous ; sans oublier les vertus assorties à la démocratie participative et
à l’orientation des réponses au questionnement téléonomique,
téléologique et métaphysique.
La
troisième facette de l’interrogation concerne les valeurs politiques indispensables de son
investiture traditionnelle dans la consolidation du débat actuel d’affûtage de la
gouvernance locale et de la réforme administrative locale, base essentielle de
toute construction d’un Etat-Nation moderne. C’est ici qu’Athanase propose une
piste de recherche. Elle se focalise sur deux valeurs politiques fondamentales
à inculturer pour moderniser l’administration locale
et la qualité de son cadre juridique : le respect de la loi et la
fraternité cosmique. Le premier est fondé sur la fidélité à la procédure
coutumière (Eri’kenga e’bhithula)
inscrite dans la conscience collective africaine ; la seconde est source
de toute liberté (O’bhwiranda)
dans la dignité humaine ; ainsi que dans la protection de l’environnement
assortie à la réalité totémique.
En définitive, faute d’inspiration
coutumière, le monologue donne rendez-vous dramatique au mutisme social, à la mière et à des malheurs inouïs s’y donnent rendez-vous
dramatique. La jeune génération des politologues et politiciens est invitée au
changement de comportement et de paradigme, en se ré-imprégnant
de la coutume de jadis. S’en imprégner résoudrait mieux la question du pouvoir
dans la construction d’un Etat-moderne. Question de prendre une posture de la
subsidiarité ascendante et améliorer la gouvernance participative locale. C’est
la voie pour transcender la politique du ventre, la méthode d’improvisation,
les vues électoralistes et
exorciser les relations de domination dans la Fonction publique. C’est aussi la
voie pour opérationnaliser le vivre ensemble dans la liberté, la paix et la
diffusion de bien-être à tous ; ainsi que l’enracinement des relations de
collaboration avec les collectivités locales dans la logique de l’Etat-Nation par
le bas.
Un
troisième texte à sensibilité politique émane de l’Assistant Mumbere Lwanzo Christian. Il se penche sur la
rivalité entre l’Accord de la Saint Sylvestre du 31 décembre 2016 et le respect
de la Constitution ainsi que sur les
défis de la nouvelle transition congolaise consécutive. Selon l’auteur,
l’opposition textuelle a créé au Pays un régime d’exception qui mise sur le compromis, à cause
de la maladie de la classe politique irrespectueuse des textes régissant l’Etat
et du profil bas de l’élite et des soi-disant éminents juristes entamés par la
corruption et par l’âpreté à des avantages égoïstes.
Du coup, l’Accord de la Saint
Sylvestre a couru le risque de devenir un orphelin ; et ses contours et
enjeux, de s’enliser dans la stratégie du naufragé. Le dualisme
quasi-dichotomique entre le respect de la constitution et le recours effréné à l’accord du 31 décembre 2016
cautionnerait un marché des dupes, source des crises
récurrentes ou perdurables et d’un dysfonctionnement institutionnel son nom.
Sans
se limiter au
débat sur base d’une difficile cohabitation entre constitution et accord
politique issu des discussions, Christian trouve impérieux de réhabiliter sans
complaisance le pouvoir de la CENI en tant que pilier dans la dévolution du
pouvoir. A force de vouloir affronter l’exception pour atterrissage en douceur
par le compromis politique, l’homme politique congolais risquerait de céder à la compromission ; faute de
volonté de normaliser le processus électoral. D’où, un fossé s’est creusé entre
ce que veut le peuple et ce que fait la classe politique. Les accords
politiques du 18 octobre 2016 et du 31 décembre 2016 n’ont-ils pas effiloché
tout ce qui, concrètement, formait ou constituait le socle de la cohésion
nationale issue du dialogue inter congolais de Sun City ? Depuis, à la
croisée des chemins, le recours au compromis politique fait mariner son régime
d’exception et régir ses institutions par deux textes : la constitution et
l’accord politique.
Le
projet de Christian
semble donc ambitieux. Il entend analyser les tenants et les aboutissants de l’Accord,
faire des études prospectives, anticiper sur les évolutions futures des
processus politiques, à la lumière de l’histoire politique passée et récente dde la RD Congo, en débattant de l’actualité du moment et
en filigrane, à anticiper sur le futur de l’Accord de la Saint Sylvestre. Après
avoir examiné les contours et enjeux de l’Accord de la Saint Sylvestre, dont
les contours et les enjeux s’inscrivent dans une stratégie du naufragé, Christian décèle
l’aspiration du peuple au changement, les défis politiques et l’hypothèse de
l’an-étatisme (désétatisation ?).
De fait, l’auteur le souligne sans ambages.
Comme à l’accoutumée, « les
politiques privilégient leur intérêt personnel au détriment de celui de la
population ». Leurs multiples recettes politiciennes servent à
déstabiliser le pays et, par conséquent, à retarder le processus électoral en
faveur des experts en anti-alternance politique. Parmi elles, en l’occurrence, il surligne la
dichotomie textuelle. Celle-ci susciterait les forces armées parfois mal
identifiées et des « enclaves politico-maffieuses », via l’omniprésence de
l’identitaire linguistique, nationaliste, celui religieux, ethnique manipulé et
instrumentalisé dans les rapports sociaux et politiques. D’où, la panoplie des
violences et rhétoriques de la libération nationale et de la démocratisation,
régimes militaristes, mercenariats particuliers, etc. sont de nature à faire
déferler des crises durables et
perdurables, et aussi le dysfonctionnement institutionnel du pays : le
régime d’exception.
Somme toute, pour pallier les antipodes
oiseux de la rivalité textuelle, Christian propose pour impératif de réhabiliter
le pouvoir à la CENI. Cette institution d’appui à la démocratisation devrait
recouvrer son statut de pilier dans la dévolution du pouvoir en RD Congo. Sinon, les fléaux de
désétatisation, voire d’an-étatisation, demeureront invincibles. Les conflits
sanglants conséquents à l’échec de démocratisation du pays ne cesseront pas.
C’est
ici que la pertinence interrogative de l’œil de la philosophie politique
s’impose sur la figure démocratique en RD Congo. Le professeur Abbé Ildefonse Soly Kamwira rend hommage à son
collègue Malumalu pour sa casquette de philosophe
politique. Pour cela, il consacre sa lecture à la démocratie en tant que
meilleur gouvernement selon le De l’esprit
des lois chez Montesquieu. L’actualité du sujet tient du fait que,
aujourd’hui, la démocratie juridique de son auteur polariserait l’assentiment
de la plupart des philosophes et politologues et, partant, se hisserat
à la hauteur des exigences du progrès socioéconomique et du respect des droits humains ; cela, malgré
son paradoxe et ses pathologies liés au pluralisme de paradigmes face aux
aspirations universelles de vie heureuse à l’abri de l’arbitraire grâce à un
Etat de Droit.
Par
une approche à la fois thématique, herméneutique, dialogique et critique,
Ildefonse en situe la clé de lecture dans les intérêts des citoyens,
conditionnés par la vertu politique. Il s’agit de l’amour de la partie, dont la
découverte laisse
toujours à désirer, surtout, dans les
pays africains, en l’occurrence, en RD Congo. Ici, le verbiage démocratique des
gouvernants prendrait en otage la nation et, faute de « frugalité » ou
refus de l’injustice sociale et l’horreur de s’enrichir sur le dos des
compatriotes, en hypothèquerait le développement politique, social et
économique.
Deux articulations constitutives
du papier étudient tour à tour les
principales caractéristiques de la démocratie selon De l’esprit des lois, et une réflexion philosophique critico-évaluative sur les mérites de la conception de la
démocratie par l’auteur à l’aune du livre de qui, la démocratie en Afrique est ensuite repensée. Trois éléments de la démocratie se
révèlent alors indissolubles : l’obéissance citoyenne aux lois civiles et,
entre gouvernants et gouvernés, aux lois politiques jugées rationnelles,
universelles ou objectives ; la représentation du peuple, premier
souverain et/ou législateur ; ainsi que la vertu politique. Prise pour le
principe axial, cette dernière est identifiée à l’amour de la patrie avec ses
corollaires vertueux pratiques qu’Ildefonse énumère.
Cela étant,
le professeur soulignera à l’actif de la pensée démocratique de Montesquieu les
points forts pouvant servir de vitrine pour envisager de soigner la maladie
sociopolitique de l’Afrique. Deux mérites ressortent de l’analyse. D’une part,
il s’agit de défendre avec lucidité la liberté
politique et la dignité humaine contre le despotisme et la monarchie. Car le
premier chosifie les collaborateurs par le solipsisme ; et que l’arbitraire
dans la seconde la dénue de toute vertu politique. D’autre part, il s’agit de
préférer le
réalisme aux antipodes du juridisme positiviste Kelsenien
dénué de référence morale et d’essence des lois.
En quoi servirait alors cette
pensée de la démocratie pour l’Afrique ? N’est-ce pas à en affûter la conception de la politique et
l’orientation du gouvernement des peuples ? Le vœu universel est
d’évincer le mal gouvernement gangrené par l’ambition personnelle et l’absolue politique du ventre. Contre la stérile et
incurable logomachie de cette « l’Afrique malade d’elle-même »,
Ildefonse propose que l’antidote
soit l’application effective de la théorie démocratique de Montesquieu. La
vertu politique serait alors le tremplin prédilection pour penser et/ou
repenser la démocratie africaine avec l’auteur du De
l’esprit des lois. Ce serait là une solution au despotisme en Afrique, pour
tempérer le vice dû à la corruption et pour privilégier le bien commun au bien
privé. Elle se déclinerait en amour de la patrie, en égalité devant la loi, en
distribution des pouvoirs ; et, in fine, la liberté politique dans
un Etat. Sur cette veine là, la lucidité contre la
monopolisation abusive du pouvoir fermenterait le pouvoir du peuple arrêtant l’autocratie en Afrique.
Au total, ce préambule n’a fait que
proposer ici certains jalons à titre de liminaire. Celui qui le tient en main y
orientera sa lecture en privilégiant ses ententes.
(pp 109-113)
Les théoriciens des
sciences juridiques et des droits humains se retrouvent ici dans les
contributions des Professeurs Télesphore Malonga et Rémy Kababala, du Chef
des Travaux Arthur Mumbere Malekani ;
ainsi que des Assistants Fiston Mumbere Mitamango et Ghislain
Kambale Kaghoma. Les textes des deux premiers concernent,
respectivement, la culturalité des droits humains et l’évolution des droits de la femme mariée
congolaise à travers la révision du code de la famille en 2016. Ceux des deux
suivants traitent aussi, d’une part, de l’effet de la réforme des entreprises
publiques depuis 2008 sur le rôle de l’Etat congolais après le désengagement à
leur égard ; et, d’autre part, du pouvoir de la révision
constitutionnelle. Tandis que celui du dernier pivote autour de la
problématique de l’exécution forcée des arrêts de la Cour Internationale de
Justice, par un regard croisé de l’affaire Congo-Ouganda.
En effet, le Professeur Abbé Télesphore stigmatise un paradoxe de l’effectivité des
droits de l’homme. Il est souvent cristallisé dans le hiatus ou incohérence
entre texte et application à travers le monde. Cette contingence de l’adéquation opérative
pose une question pour le moins virulente. Les droits humains sont-ils vraiment
universels ? Et si le discours sur l’universalité des droits de l’homme
servait de plus en plus la philosophie de la « tabula rasa » ? Ne serait-ce pas là un étendard de
complaisance au service d’autres agendas politiques beaucoup plus discutables ?
Et si l’application en consacrait le triomphe du droit de la force au détriment
de celui de la force du droit ?
De fait, ce paradigme est parfois contesté par
certains pays. Ils le prennent pour tremplin de relance indirecte du
colonialisme politique. Ce serait alors un moyen de pression «
occidentale » sur d’autres pays du monde qui, pourtant,
seraient à tort considérés comme un simple consommateur dans le marché des
droits de l’homme. Sur ce plan, le principe d’universalité remodèlerait le
monde à l’image idéologique et économique de destruction culturelle et
religieuse des autres nations. C’est le spectre de « deux poids, deux mesures ».
A contrario, le Professeur Malonga postule la culturalité des droits humains. Il entend
les fonder sur un nouveau socle, celui
de penser l’universalité
par la pluralité, l’unité vécue à la lumière de la différence locale du
culturel et du coutumier. Ce pradigme infère, non pas
à la politisation, mais à l’insertion axiologique dans l’ethos d’une communauté
concrète donnée. Un vecteur préside ainsi à son texte. C’est le principe
sacro-saint de l’harmonie des différences, de l’unité dans la diversité. Les
droits des hommes sont issus, non seulement, d’une diversité idéologique, de
par leurs sources générationnelles marquées par la pesanteur situationnelle.
L’amont des droits de l’homme couvre des des
références diversitfiées, aussi bien complémentaires
que contradictoires, dans leurs postulats et dans leurs objectifs. C’est pour quoi, selon le Professeur, s’impose la prégnance
des particularités géographiques de ces droits humains représentés dans des
pactes régionaux. En vertu de son contexte sui
generis, chaque pays et/ou région doit donc lutter pour les droits des
peuples autochtones à disposer d’eux-mêmes
en Occident, dans les États socialistes et partis de gauche, dans
le Monde Arabe et aussi en Afrique.
C’est la jouissance du droit à l’autodétermination.
Certes, pense Télesphore, devenue monnaie courante, la violation des droits humains et des libertés
publiques est un problème complexe global des souffrances des populations de
notre époque. En revanche, parallèlement à leur vocation à l’universalité,
selon leur Déclaration de décembre 1948, l’effectivité de ces droits humains
fait état de leur
diversité parfois contradictoire. Leur particularité
spatiotemporelle du creuset de gestation textuelle, l’encastrement axiologique
et idéologique et/ou le degré de coerciticité des
rôles de l’Etat n’en accorderait à cette universalité qu’une épaisseur
dénominative, virtuelle et putative. Faute de contenu unique, leur
conditionnement idéologique et culturel risquerait d’en céder à la seule rhétorique du vocable
et de la violation. Le différentiel d’options des peuples en légitimerait
plutôt le pluralisme, en fonction soit de la teinte civile et politique, soit de la
connotation économique, soit encore de l’empreinte religieuse, soit de
l’insistance sur l’autodétermination des peuples aux autres, etc.
En
définitive, de par l’histoire, les textes relatifs aux droits de l’homme ont
été d’abord de droit interne, avant l’internationalisation de sa matière, pour endiguer les abus déshumanisants
du principe de souveraineté. Pourtant, la prétention à les qualifier de
pan-cosmiques reforcerait, sous un autre palier, la
machine de chosification juridique du sujet humain. En hypostasier la
naturalité, l’inhérence, l’inaliénabilité, l’imprescriptibilité et
l’universalité reposerait sur une présomption. Existe-il vraiment une justice
valable pour tous « erga omnes » et un droit absolument impératif « jus cogens » à toute éventuelle
dérogation ? En Occident tout comme ailleurs, les vives critiques de l’universalité des droits humains nourrissent la dialectique
entre leur adoption et leur adaptation praxéologique à la socio-culturalité des
uns et des autres. Et si leur
effectivité et leur revendication administrative et judiciaire passaient
par l’acceptation de leur contextualité ?
Tout
comme son Collègue Télésphore Malonga,
la contribution du Professeur Rémy Kababala Vutsopire s’inscrit, justement, dans ce refus de
momification des lois injustes. A l’instar de celui en hommage de qui sont réunis les
présents mélanges, il en appelle à transcender les us et coutumes implacables ;
ainsi que les dispositions d’un système juridique inhibiteur du développement
humain.
En effet,
Rémy jette un coup de projecteur sur le code congolais de la famille. Il met le curseur sur
les droits de la femme selon sa révision portée par la loi n°16/008 du 15 Juillet
2016, en relai de la loi n° 87-010 du 1er Aout 1987. Eu égard aux
innovations ultérieures constitutionnelles (février 2006) et à l’évolution
légale sur la parité et les droits des enfants (2009 et 2015), il en stigmatise
la vétusté, voire l’inadéquation de la loi de 1987 avec les autres instruments juridiques consacrant les droits
de la femme congolaise ; ainsi que le déphasage des instruments juridiques
internes ; parfois, en contradiction avec les obligations internationales
de la R.D.Congo. Pour lui, ces tares traînées alors en matière de statut de la
femme, mariée en l’occurrence, et de droits de l’enfant, nourriraient la base
disharmonie entre les textes juridiques internes, d’une part, et les
engagements internationaux de la R.D.Congo
en faveur des droits de la femme, d’autre part. Il s’agit, notamment, en matière de suppression de l’autorisation
maritale, de l’égalité dans les rapports entre époux, de la participation
concertée des deux conjoints à la gestion du ménage ; ainsi que de la
protection des droits de l’enfant, de la suppression du principe d’émancipation
automatique sur effet de mariage, etc.
Mais, était-il besoin de reforme eu égard aux écarts entre le code de la famille par rapport
à d’autres instruments juridiques postérieurs ? Quels aspects relèvent-ils
de la loi modifiant le code de la famille ? Peut-on discuter de leur
pertinence ? Pour Rémy, l’impératif de l’harmonisation s’avère
constitutionnel (2006, art 14) : droits de la femme à la
non-discrimination, à la promotion dans tous domaines et à la protection contre
les violences par devoir du pouvoir public, à une représentation équitable dans
les institutions de la république, à l’accès aux établissements d’enseignement
national (2006, art 45 al. 3 de la constitution congolaise). Si les lois
particulières Loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 (art.48) consacrent bel et bien
les droits de
tous les enfants, notamment, l’interdiction de leurs fiançailles et mariages,
l’on doit encore en mesurer les écarts, aussi bien entre ces différentes lois
et dispositions qui existent aussi bien entre le droit constitutionnel et le
code de la famille, qu’entre ce dernier et le code pénal dans ses dispositions
pénales en général ainsi qu’entre lui et la loi portant protection de l’enfant.
Quoi qu’il en soit, l’insertion de
la parité dans la constitution congolaise de 2006 visait de corriger les déséquilibres
fondés sur les rôles sociaux stéréotypés et de donner à tous les textes une égalité chiffrée des
sièges ou des postes, par quotas, dans les institutions publiques et privée.
C’est le droit féminin à une représentation équitable. Il vise d’améliorer
l’indicateur de condition féminine ; ainsi que l’indicateur de
participation féminine dans le pays, pour le codéveloppement national endogène.
En sus, pense le Professeur, le
renforcement de la loi sur les violences sexuelles (Loi n° 06/018 du 20 juillet
2006) et par la loi sur le VIH (Loi n°08/011 du 14 juillet 2008)
valent leur pesant en bien des matières. L’on aura l’opportunité d’en saisir la
nomenclature qu’il dresse. Pour le chercheur en sciences juridiques, désormais,
sans rotéger la femme (enfant fille) de manière
spécifique, La loi portant protection de l’enfant (Loi n°09/001 du 10 janvier
2009) le ferait, soit directement (en visant en l’enfant toute personne de
moins de moins de 18 ans et en interdisant fiançailles et mariage des mineurs ;
et en protégeant la prise en charge de la fille mère ou porteuse de grossesse) ;
soit indirectement, en protégeant l’enfant à naître par le doublement de la
peine de coups et blessures assénés à une femme enceinte.
Par ailleurs, Rémy en appelle à la
mise en œuvre des obligations internationales du pays, sur base de traités et
conventions internationaux. Ce serait la voie pour assurer l’eurythmie et
l’adéquation des instruments juridiques internes, tant par les engagements en
faveur de la femme à l’échelle internationale « Pacta servanda sunt », que
par l’implémentation des conventions sur les droits de la femme en R.D.Congo, en fonction de la mise
en vigueur soit de l’unicité juridique ou système moniste, soit de la
juxtaposition juridique ou système dualiste.
Au bout des son parcours, le
Professeur trouve que la
reforme du code congolais de la famille a abouti à
une adhésion partielle aux obligations internationales de la R.D.Congo souscrites en vertu de la CEDEF et des deux Pactes internationaux. Deux points releveraient de cette réforme. Ils
concerneraient deux éléments axiaux : le statut de la femme mariée et des
conjoints, l’un vis-à-vis de l’autre ; et la gestion du ménage. Le premier
couvre l’égalité entre les époux ; c’est-à-dire aussi bien leurs capacités
réciproques, notamment la suppression de l’autorisation maritale, leurs
rapports personnels de conjoints assortis d’obligation d’obéissance à la
protection mutuelle ainsi que l’abolition de la magistrature domestique ou du
tribunal marital. Le second implique la gestion concertée du ménage. Malgré le
principe de la présomption de la gestion maritale, les décisions doivent y être
concertées.
Dans
la même optique juridique, le Chef de Travaux Arthur
Mumbere Malekani fixe son
regard à un autre niveau crucial de la réforme de la loi.
Son attention concerne le pouvoir de révision constitutionnelle. Il entend
mener une analyse critique du système congolais à l’épreuve factuelle en droit
constitutionnel comparé. Selon lui, si la Constitution demeure la loi suprême
d’encadrement du pouvoir public au sein d’un Etat, elle n’est ni statique ni
implacable. Néanmoins, la possibilité de la retoucher tiendra compte de la
prévention des abus susceptibles de la dénaturer. Ce qui implique un double
impératif : mettre en œuvre une procédure de révision reposant sur des organes
compétents adéquats ; ainsi que circonscrire des limites temporelles et
matérielles à la révision et prévenir les mécanismes de leur contournement par double
révision successive et donc sans plus de fraude constitutionnelle. L’ingénierie
des mécanismes constitutionnels veillera donc à rendre coercitive son
intangibilité.
Sur un autre registre, l’Assistant
Fiston Mumbere Mitamango
envisage la réforme des entreprises publiques amorcée, depuis 2008, par la
réforme consacrant, sinon le non Etat, du moins le moins l’Etat dans les
entreprises. L’auteur s’interroge donc
sur le rôle qui doit, désormais, revenir à la Puissance publique congolaises
après son désengagement dans ces entreprises de son portefeuille. Certes, la
visée de cette privatisation est de revigorer la compétitivité productive et la
performance de ses entreprises ainsi que celle de l’économie nationale dans son
ensemble. Cela passerait par la compression de la charge du Trésor public et
par l’accroissement contributif du secteur du portefeuille dans le budget de l’Etat, grâce
à la rentablité financière, à l’éfficacité
du travail, au dégraissement du personnel et la compértence
managériale des entités entreprenieuriales
libéralisées. En revanche, cette transformation des firmes n’induirait pas
nécessairement la puissance publique à la passivité. Selon Fiston, redéfinir le
rôle étatique reposerait donc désormais le socle constitué par différents
piliers identifiés dans l’impératif de regulation, celui
d’incitation, d’inspiration et également d’accompagnement socioéconomiques.
Le dernier intervenant sur le volet
juridique et des des droits humains est l’Assistant
Ghislain Kambale Kaghoma.
Sa contribution soulève la problématique dont la portée juridique et/ou
judiciaire prend une dimension transfrontalière. Elle concerne l’exécution
forcée des arrêts de la Cour Internationale de Justice à l’égard des sujets de
droit international. Sa question de fond se
formulerait ainsi : le principe du devoir d’exécution de bonne foi par un
Etat succombant devant une juridiction international pourrait-il connaître une
insoumission ? Pour y répondre, l’auteur du papier passe par un regard
croisé en illustration. Il examine l’affaire des activités armées ougandaises
sur le sol de la RD Congo. Identifie-t-il des voies éventuelles pour vider ce
litige Congo-Ouganda, sur la valeur et la nature de l’indemnité de notre pays,
dont fixation n’avait pas accordé les parties ?
Telle
s’avère, dans ces mélanges, la file d’Ariane des textes écrits par les chercheurs
en sciences juridiques et des droits humains. Le lecteur les parcourira en fonction de ses préférences discrétionnaires.
|
L |
(pp. 209-211)
e regard socioéconomique
et de développement est représenté ici par les contributions du Professeur Omer
Kambale Mirembe et du Chef
des Travaux Florent Kambasu Kasula.
Ils concernent, respectivement, l’engagement social de l’abbé Malumalu, en tant que clerc dans la promotion du
développement et l’analyse des expériences du CEFADES dans l’accompagnement des
groupements paysans. Ces deux contributions font écho à un autre domaine de
prédilection de l’Abbé Malumalu : penser et
œuvrer pour le développement local.
En
effet, à partir des initiatives associatives et
développementales inscrite dans la ligne de pérennisation des idéaux et actions
de Mgr Emmanuel Kataliko, l’Abbé Apollinaire s’est
engagé sans réserver dans l’irradiation sociale de l’Université Catholique du
Graben. A ce sujet, le Professeur Omer Mirembe
recueillant des témoignages, il utilise des informations
documentées. Corroborant le rôle du clerc même au-delà de la sacristie, il
surligne l’importance d’acteurs non étatiques dans la promotion des initiatives
et des organisations de développement.
En
l’occurrence, dans un contexte d’action publique défaillante, le chercheur
souligne aussi la responsabilité sociale d’une université de développement,
celle d’un privé et /ou de la société civile ; fût-ce à titre supplétif.
Loin de se subtituer à l’Etat ni de le décharger,
repose sur les principes de subsidiarité
et de suppléance, pilier de la doctrine sociale de l’Eglise catholique. Le
chercheur semble affirmatif à ce sujet. L’on ne peut pas enfermer
l’examen du rôle des acteurs non étatiques dans le développement
socio-économique dans l’opposition des acteurs -État/Marché/Société
civile- ni dans la dichotomie des secteurs -marchand/non marchand-. La pensée polanyienne ne trove-t-elle pas
là son actualité dans la socioéconomie moderne -échanges
mercantiles, redistribution, réciprocité et administration domestique ?
C’est
dans cette optique que, pour Omer Mirembe, l’Abbé Malumalu est une interface du développement local et un
promoteur des ONGD. Dans la première hypothèse, il insiste sur les contacts de
plaidoirie et de lobbying dans plus d’une direction pour la coopération au
développement au niveau aussi bien local, celui national qu’international, pour
la sensibilisation à l’autodéveloppement. Il surligne
aussi la puissance fédérative d’Apollinaire vis-à-vis d’autres intervenants ou
partenaires locaux ou étrangers autour des centres d’intérêt commun de
développement.
Dans
ce sens, sa combativité créative dans les initiatives
de développement et des associations locales et groupements paysans
faisait de l’Abbé un acteur : il mettait la main à la pâte dans les
actions du développement. Son charisme fédérateur
l’incitait à constituer de grands ensembles à partir d’un point d’encrage, pour
créer un effet de synergie institutionnelle et praxéologique dans le pilotage
du développement. Pourtant, les projets dont il prenait la direction
initiale, il n’hésitait pas de les mener en délestage.
En
définitive, l’expérience de l’abbé Malumalu rappelle
combien, dans le temps et des lieux, la supplétivité ou suppléance indiquent la contingence opérative dans le rapport et la
répartition des compétences entre les institutions et entre les échelons de
leurs instances managériales. Au lieu d’imposer un centralisme étatique, il
sied de traiter leurs problèmes ou leurs demandes des citoyens par des
instances les plus proches d’eux, mieux en connivence avec elles, pour mieuxrépondre à leurs besoins des citoyens. Pourvu de
savoir identifier les structures les mieux indiquées pour enclencher les
actions ordonnées au bien commun. Le partenariat de l’Etat avec des
organisations non étatiques dans le service à la communauté prendra donc aussi
en compte le secteur universitaire et de recherche. Bref, en couplage avec la stimulation de la recherche,
Apollinaire
avait des idées et savait les partager pour la pratique. Plusieurs associations et organisations du développement sont nées sous
l’instigation de l’abbé Malumalu ou avec son
concours. Leur viabilité constitue un défi pour l’Université Catholique du
Graben, qui se veut socialement responsable.
A
titre d’illustration, le Chef de Travaux Florent Kasula
qui est, lui-même, homme de science et acteur de développement, fixe le curseur
sur la subsistance d’Apollinaire sur la mort, grâce à « ses projets et ses œuvres ». Sa
contribution polarise, ici, l’attention sur le CEFADES. C’est l’un des centres
de recherche porteur de la visibilité sociale et sociétale de l’Université
susmentionnée. A propos, la démarche
de l’auteur prend pour vitrine une étude-capitalisation portant
essentiellement sur les expériences d’accompagnement des paysans, mené par
cette institution depuis sa création (1995), grâce à une sorte de méthodologie dont le socle est la formation, l’animation
et l’accompagnement des activités rurales autour de l’agriculture stabilisée,
et avec comme tremplin ses stratégies d’intervention comme des approches du
développement solidaire.
Sa philosophie se fonde sur la synergie sur le tas du savoir scientifique et du
savoir des groupements citoyens ou paysans à la base, en signe d’autoappropriation du credo
originel de l’UCG : Université du
village, par, avec et pour le village.
Grâce à l’approche systémique et
fonctionnaliste, Florent veut répondre au rêve permanent de l’Abbé d’un outil
scientifique et objectif en termes d’ouvrage et/ou d’article qui en retrace en
quelques pages les expériences. Il traite directement des interventions du
CEFADES à travers deux points majeurs : d’une part, la raison d’être, la
vision et les objectifs d’adapter ou de croiser les « savoirs villageois
et universitaires » en vue du développement participatif ; et,
d’autre part, la concrétisation de ce savoir par une approche originale
d’accompagnement des producteurs dans les organisations paysannes (OB), selon
le modèle de l’économie plurielle, entre autres. Dans cette optique, sa stratégie principale consiste en l’empowerment, aux fins de conforter la subsidiarité ascendante et l’innovation de la base paysanne dans
ses propres filières d’actions.
En définitive, favoriser le développement
d’organisations de producteurs autonomes, dotées d’une forte capacité de
négociation et de gestion sur les marchés
conventionnels et/ou alternatifs et consolider
les réseaux de ces producteurs pour leurs performances socioéconomique
et pour la mise en place des politiques sectorielles en leur faveur ; tel
est l’un des champs de bataille du CEFADES. Cotta dit : « L’organisation est un miracle » ?
C’est en guise de
liminaire, que ces quelques idées ont été prélevées autour de textes à
sensibilité économique et développementale dans les présents mélanges. Puisse
le leceur aller au vif des écrits des auteurs
eux-mêmes, pour en glaner davantage.
(pp. 266-268)
|
C |
hercheur et acteur de développement, l’Abbé Malumalu
brûlait aussi d’un ardent désir de voir naître en RD Congo un aménagement du
territoire qui garantisse à la base citoyenne la desserte en divers biens et
services sociaux : électrification, hydraulique rurale, santé
communautaire, hygiène et assainissement ; routes de desserte
agricole ; etc. Dans le cadre des présents mélanges écrits à son hommage,
trois papiers semblent s’arrêter explicitement à quelques aspets
de cette vision : la décentralisation territoriale, l’eau potable et la
santé. Ils sont signés, respectivement, par le Professeur Abbé Emmanuel Kakule Vyakuno, l’ingénieur Galilée Kambale
Musavandalo et le Docteur Augustin Mapendo Ndaliko.
En effet,
le professeur Vyakuno élucide les principes et les
actions de l’aménagement du territoire dans le cadre de la décentralisation.
Cet aspect constitue un tremplin pour responsabiliser les entités territoriales
décentralisées (ETD) face à l’impératif de leur délestage
politico-administratif et socioéconomique. Son fondement juridique, c’est le
prescrit de
l’article 181 de la constitution nationale de février 2006. Consacrant le choix
d’un régime semi-présidentiel décentralisé, ce dernier accorde aux provinces
l’autonomie socio-économique alternée par le principe de la péréquation des
ressources, en vue du nécessaire équilibre face au différentiel de dotation
territoriale en RD Congo.
Pour
l’abbé Emmanuel, à tous échelons confondus, les ETD ont des compétences en
aménagement du territoire. La visée en est de disposer avec ordre, sur le
territoire national, les hommes et leurs activités ainsi que les moyens et
équipements permissifs. Pour la plupart, ces compétences convergeraient sur
l’affectation des inputs pour
l’obtention et l’installation des infrastructures socioéconomiques. On le sait,
c’est de celles-ci qu’émanerait le « Big
Push ». Dans l’histoire, les théoriciens de la stratégie du
développement par croissance équilibrée l’ont souligné sans ambages ; en
l’occurrence, Rosenstein-Rodan(1943) et Nurkse (1952). Ainsi,
les actions concrètes de l’aménagement du territoire prennent une orientation
triadique : prendre en compte les caractéristiques physiques, humaines et
économiques de l’aire à aménager ; y poser les équipements collectifs
(infra et superstructures) ; ainsi qu’y établir des plans d’aménagement.
C’est
à ce niveau que se greffe, non sans pertinence, la contribution de l’ingénieur Gallilée centrée sur la problématique de l’eau potable en
ville de Butembo. Outre son caractère vital, cette
denrée est aussi un facteur indispensable dans le développement
socioéconomique. Le texte de l’ingénieur attire ainsi l’attention sur
le réseau hydraulique et sur la gestion de la ressource eau. Il entend aussi bien
en évaluer les potentialités,
les différents problèmes, qu’en envisager différentes solutions en ville de Butembo.
La démarche méthodologique
empruntée par l’auteur fait un va-et-vient entre l’entretien -sur la production
et la consommation de la denrée hydrique- et l’expérimentation par estimation
des débits des sources et par analyses au laboratoire. Galilée distingue ainsi
trois structures génératrices et fournisseuses de ce bien : la société
paraétatique Regideso, les sources d’eau potable et
d’autres réseaux d’adduction. L’ordre productif décroissant les classe à
raison, respectivement, de 71,6 %, de 26,9 % et de 1,5 %des 670,516 m3 fournis
par heure. En termes de consommation,
le niveau moyen de 13,4 litres/jour/personne accuse une insuffisante accessibilité
de l’eau potable. Ce niveau est en deçà du seuil cible prescrite par les
instances internationales ; soit 25 litres/jour/personne. Cette faiblesse
est doublée d’une contrainte non négligeable : l’éloignement des points
d’eau par rapport à la population. Par ailleurs, souligne Gallilée,
la Regideso ne conserve pas son monopole de gestion
de l’eau. Sur terrain, elle est relayée par d’autres acteurs. Ainsi, de par
l’importance des ménages desservis par elles, une place non négligeable
revient-elle aux sources.
Quoi qu’il en soit, du point de vue
institutionnel, la gestion de la denrée hydrique souffre toujours d’un profil
peu structuré. Elle affronte des aléas et contraintes divers. Certes, grosso modo, ceux-ci tiennent, non
seulement, de la politique et de l’aménagement des infrastructures
territoriales ; mais aussi, des questions opérationnelles liées aux
équipements collectifs dans leur ensemble. En revanche, l’auteur du papier
surligne la performance des infrastructures et ouvrages de régulation et de
rentabilisation du réseau hydraulique, et la localisation par rapport à la
pollution et nuisance sur la pérennité de la potabilité de la ressource. Il ose
de s’y risquer par la suggestion de quelques palliatifs. A la stratégie et aux
politiques d’aménagement territorial et de développement socioéconomique
global, il adjoint des issues sur mesure, à l’échelle communautaire et dans les
ménages ; notamment, l’usage de l’hypochlorite de sodium dans les
adductions d’eau potable avant distribution de l’eau et la régularité dans la
chloration de l’eau de boisson.
Sur la même lancée de la désserte en biens et services sociaux, Docteur Augustin Ndaliko consacre sa contribution à la santé infantile dans
le Grand Nord du Nord Kivu. Sa cible, ce sont les nourrissons de moins de 5 ans
exposés à l’insuffisance pondérale et à l’émaciation à cause de la
malnutrition.
A titre d’illustration, il place le
curseur sur l’issue de ceux qui ont la chance de passer en
thérapie au sein du Centre nutritionnel Cerruto de
l’UCG. La recherche les soumet au test diagnostic tablant sur des critères
pertinents : la présence ou pas d’oedèmes, le
périmètre brachial et l’appétit. A partir des méthodes et techniques adéquates,
ce test révèle des résultats pour le moins intéressants. De fait, son
échantillon prend les 428 cas d’enfants soignés dans l’unité thérapeutique
nutritionnelle et intensive, sur une durée de traitement liée à l’âge du
patient. De cette population, 95 % en sont sortis avec appétit et sans
œdème ; tandis que 45 %, avec appétit et un périmètre brachial supérieur à
120 mm. Leur âge médian s’élevait à 21 mois ; le
sexe masculin en serait le plus atteint de sévérité aiguë de
malnutrition ; et leur durée de traitement connaîtrait l’emprise du milieu
rural. D’aucuns en sont sortis totalement guéris. Si la situation d’autres
était certes améliorée, ils étaient soumis en contre-référence dans des unités
nutritionnelles thérapeutiques intensives à proximité de leur résidence
respective.
Ce sont
quelques idées-forces perçues, à titre de préambule,
avant de laisser chaque lecteur à s’abreuver à la source textuelle respective
des auteurs concernés.
Références bibliographiques
ROSENSTEIN-RODAN Narcyz, Paul, Problems of Industrialization of Eastern and
South-Eastern Europe, in Economic
Journal 53 (June-September 1943), p. 202-211.
NURKSE, Ragnar, Les problèmes de la formation du capital
dans les pays sous-développés. Paris, Cuyas,
1952.
(pp.350-352)
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L |
es vertus et valeurs d’un homme ne se révèlent souvent qu’après coup. Sa
vocation ne se définit qu’à la mort. Pourtant, les présents Mélanges en hommage
du professeur Ordinaire Abbé Apollinaire MALUMALU Muholongu
ne versent pas dans une sorte de panygérique. Ils ne
retracent pas non plus un protrait robot de cet
acteur. Leur trame retrace une facette du mémorial que l’Université Catholique
du Graben, en ses quelques membres scientifiques, rend à l’un de ses principaux
architètes.
En marge de son parcours, une évidence s’impose. Tout comme la société,
l’homme est un chaînon social ou une toile d’araignée de relations (Verhelst,
[1987] 1994 ; 2008). La pluralité des thèmes et sujets traités dans les
présents Mélanges sont collectés à la hauteur de la personnalité de l’acteur
qu’ils honorent. Qui veut aller loin n’attèle-t-il pas sa monture ? L’Abbé
Apollinaire nourrissait un projet de société, voire une utopie dynamique de
civilisation congolaise. Pour s’essayer à sa réalisation, il s’est appliqué
assidûment à l’étude ; non pour boulimie de savoir ni pour académisme
évasif, mais pour goût de « capabilités »
(Sen, 2003) face aux grands enjeux et défis du moment.
De fait, les problèmes semblent souvent inssolubles,
faute d’avoir été bien posés. L’on ne pourrait mieux les résoudre sans les
cerner dans leur multifacialité ; le tout étant
souvent supérieur à la somme de ses parties. Les saisir dans leur globalité
aboutit à des choix plutôt faciles et d’accommodation que radicaux ; comme
qui tiendrait le taureau plutôt par la queue que par les cornes (cf. Jowitt, 1971). Les issues s’en révéleraient plutôt
palliatives, éphémères et provisoires que définitives et durables. Malumalu avait des idées face à de multiples misères de la
société congolaise. Il savait les partager, sans les imposer à d’autres. La
conjugaison des efforts lui était nécessaire pour les matérialiser par « effet 2+2=5 » (Ansoff,
1984). Il entendait faire progresser ses partenaires et interlocuteurs vers la
saisie systémique et stratégique des causes profondes des situations
insidieuses. Car, la recherche des solutions devrait résister à la « dictature de l’immédiateté »
ou à l’empire du « court-termisme »
(Servan-Schreiber).
Les connaissances et expériences d’Apollinaire s’éprouvaient à la tâche.
Elles lui avaient obtenu une finesse dans la négociation, le plaidoyer et le lobbying. Ses prestations ne reposaient
jamais sur l’argument de la force. Quand la force de l’argument était
inopérante à cause de la turbulence, il la couplait au réalisme in situ. Souplesse, flexibilité et
adaptabilité s’accrochaient à l’érudition ; pourvu que compromis ne
devienne pas compromission. C’est ce qu’on appelle, en management, « le principe de la contingence ».
Pour cette infatigable tête
pensante et actrice socciale, l’idée de
convertibilité entre développement et paix (Paul VI, 1967 : §§ 30, 76-80
et 87, Jean-Paul II, 1987 : § 10) comptait sur la table axiologique d’action
et de jugement.
Malumalu était de
ceux qui s’inspiraient du spectre de la participation (Kakule Matumo, 2016).Il savait en activer
la trifacialité figurative -coréfléchir,
codécider et coagir- et la triadicité
opérative -prendre part, apporter une part et recevoir une part-. Pouvait-il
lésiner sur la mutualisation des efforts en commun ? C’était pour lui
aussi la voie pour contrer « la politique de
l’oxymore » (Méheust, 2009) qui, par des mécanismes propagandistes et
commercialistes, sert le pouvoir et les gouvernants. Il faut beaucoup de
concertation, pour en débusquer les moyens mythomaniaques de justifications
imaginaires des « cohérences antagonistes ». L’on ne pourrait
espérer en atténuer les méfaits de l’imposition du pôle imaginaire, ce tremplin
pour l’installation d’un monde unidimensionnel propice à la déflagration des
formes pathologiques individuelles et collectives dans notre société. C’était
là, semble-t-il, l’un des leviers dans le combat praxéologique de cet homme
fédérateur des regards tous azimuts.
Au total, loin de figer la vie d’un homme épris de patience et de
reconnaissance envers ses pairs, les présents Mélanges, dont l’on salue par
ailleurs la spécificité textuelle de chacun des contributeurs, contiennent des
repères susceptibles de refléter quelque peu la carrure de l’Abbé. Ce sont là
quelques-unes des fibres de sa trame existentielle quasi-rhizomique. Maître,
chercheur et homme de terrain, il voulait joindre en écho de circularité -feedback, ou mieux feedforward-, la science, le vivre
et le vivre-avec. Serait-ce donc trop
exiger de quiconque, tenant en mains cet ouvrage, redécouvre une des images de
l’Abbé, que de l’inviter à aller et à faire de même ?
Références
bibliographiques
ANSOFF H., Igor, Stratégie
du développement de l’entreprise. Analyse d’ne
politique de croissance et expansion. Paris, Editions hommes et Techniques,
1984.
JEAN-PAUL
II, Encyclique « Sollicitudo
Rei Socialis » à l’occasion du vingtième
anniversaire de l’encyclique « Populorum Progressio ». Rome, Cité du Vatican, 30 décembre
1987.
KAKULE MATUMO, Jean-Bosco, Tiers secteur et développement participatif à Beni Lubero.
Shärbrucken, Editions Universitaires
Européennes, 2016.
MEHEUST, Bernard, La
politique de l’oxymore. Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la
réalité du monde. (Les empêcheurs de penser en rond). Paris, Editions La
Découverte, 2009.
PAUL VI, Encyclique
« Populorum Progressio »
sur le développement des peuples, Rome,Cité du Vatican, 1967.
SEN K. Amartya, Un
nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté. Traduit de
l’anglais par Michel Bessière. (Poche 109), Paris,
Odile Jacob, 2003.
VERHELST, Thierry, Des
racines pour vivre. Sud-Nord : Identités culturelles et développement. (Perspectives),
Paris, Duculot – De Boeck, [1987]1994.
VERHELST, Thierry, Des
racines pour l’avenir. Cultures et spiritualités dans un monde en feu. Préface
d’Annick de Souzenelle. Postface de Henry Panhuys. (Economie plurielle, Groupe de Recherche sur les
Economies Locales Université du Littoral), Paris, L’Harmattan,
2008 .
1.
Avant-propos Apollinaire Malumalu. Une personnalité à géométrie variable. Jean-Bosco
Kakule MATUMO
2.
Les
mélanges scientifiques : un hommage mérité ? Florent Kambasu
KASULA
Sociopolitique,
philosophie et theoloigie politiques
3.
Les
éloges funèbres à l’abbé Apollinaire Malumalu en RD
Congo : entre redéfinition des rôles sociopolitiques et construction d’une
image épique. Augustin Kahindo MUHESI
4.
La
conception politique traditionnelle Yira du grand chef Mwami dans la
dynamique symbolique de son investiture en RD Congo. Athanase WASWANDI KAKULE
NGULIKO
5.
La
democratie comme meilleur gouvernement selon
Montesquieu dans l’Esprit de lois. Ildefonse Soly
KAMWIRA
6.
L’accord
du 31 decembre 2016 et les defis
de la nouvelle transition congolaise. Christian Lwanzo
MUMBERE
Sciences
juridiques et de droits humains
7.
La
culturalité des droits humains. Télesphore Muhindo MALONGA
8.
La
révision du code de la famille en 2016 : Pour quelle évolution des droits de la
femme mariée congolaise ? Remy Kababala VUTSOPIRE
9.
Réforme
des entreprises publiques : quel rôle pour l’Etat congolais après le
désengagement ? Fiston Mumbere MATAMANGO
10.
Le
pouvoir de révision constitutionnelle : Analyse critique du système congolais à
l’épreuve des faits en droit constitutionnel comparé. Arthur Mumbere MALEKANI
11.
Problématique
de l’exécution forcée des arrêts de la cour internationale de justice. Un
regard croisé de l’affaire Congo-Ouganda. Ghislain Kambale
KAGHOMA
Socioéconomie et Développement
12.
Un
clerc et la promotion du développement. De l’engagement social de l’Abbé Malumalu. Omer Kambale MIREMBE
13.
Accompagnement
des groupes paysans en milieu rural. Analyse des experiences
du CEFADES. Florent Kambasu KASULA
Aménagement
territorial, santé et sanitation
14.
La
décentralisation : un cadre juridique, administratif et conceptuel pour
l’aménagement du territoire. Des principes à l’action. Emmanuel Kakule VYAKUNO
15.
Gestion
des resources en eau potable en ville de Butembo. Galilée Kambale
MUSAVANDALO
16.
Issue
des enfants de moins de 5 ans admis pour malnutrition aigue
en ville de Butembo, RD Congo. Augustin Mapendo NDALIKO et Yves Coppieters
17.
Conclusion
prospective. Jean-Bosco KAKULE MATUMO
[1] Jean-Bosco Kakule Matumo est Professeur Associé à l’Université Catholique du
Graben (UCG). Outre les enseignements en diverses facultés de cette
institution, il assume la charge de Vice-Doyen de la Faculté des Sciences économiques
et gestion.
[2] Ce regard traditionnel du
politique est, notamment symbolisé par son L’économie
du pouvoir dans l’espace traditionnel Nande, écrit à Lyon, 1992b.
[3] Selon l’auteur du présent
article, face à la rareté des documents écrits sur les traditions congolaises,
une lueur sur la compréhension de la coutume autochtone émanerait alors du
recours aux données de l’approche ethnologique émanant de l’enquête de terrain
des anthropologues sur les peuples de civilisation orale. Ainsi, donnant toujours
à penser, en tant que réservoir de sens et de signification, les mythes et
rites de passage y expriment toute une weltanschauung.
Faute d’initiation, la profondeur insondable de la coutume qui dépasse toujours
l’orientation cognitive des penseurs, continue, malgré sa simplicité ou sa
complexité, de jouer un grand rôle dans l’organisation territoriale ;
notamment en RD Congo et, en l’occurrence, chez les Yira.