https://doi.org/10.57988/crig-2357
Omer Kambale
MIREMBE[1]
Résumé
Cet
article rend compte de l’importance d’acteurs non étatiques dans les
initiatives de développement. L’abbé Malumalu a usé de son capital
relationnel pour porter des demandes sociales locales auprès des structures
d’appui et de financement. Cet engagement social peut être compris comme l’appel d’un clerc à mettre en œuvre la doctrine
sociale de l’Eglise, notamment ses principes de solidarité et de subsidiarité.
Cette dernière suppose
que les acteurs non étatiques sont supplétifs à l’État défaillant dans sa mission de
production des biens et services publics. Par ailleurs, en initiant des associations comme
centres de rayonnement de l’UCG, l’abbé a promu le rôle social de l’université,
celui du service à la communauté, en plus de ses missions traditionnelles de
transmission des savoirs et de recherche.
Abstract
This paper highlights the
importance of non state
actors in promoting development initiatives. Father Malumalu
used his personal connections in advocacy work for local development support.
His social commitment would be understood as the implementation of solidarity
and subsidiarity principles in the framework of the Social Doctrine of the
Church. The principle of subsidiarity implies that non state
actors compensate for the State’s shortcomings, not to substitute for the
State. The Father has also implemented the university’s social role by creating
associations for enhacing the outreach of the
Catholic University of Graben.
Introduction
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D |
e plus en plus dans la littérature, la République démocratique du Congo
(R.D.C.) est qualifiée d’Etat failli. Il s’agit en fait de son échec à assumer
ses missions essentielles: la sécurité, la justice, la
redistribution, la régulation ; etc. Il est de la responsabilité de l’Etat
d’offrir à sa population des biens et services publics de base tels que
l’éducation, la santé, l’eau potable, les routes etc. Depuis plusieurs
décennies, l’Etat congolais n’est pas à mesure de répondre de manière
satisfaisante à ces demandes. Selon le Failed States Index,
la RDC est toujours rangée parmi les 10 premiers États faillis ou
fragiles, en situation critique (very high alert). Nous retenons pour cette étude cette définition
de l’OCDE (2011 : 50) :
« Un
État est fragile lorsque les instances étatiques n’ont pas la volonté
politique et/ou la capacité d’assumer les fonctions essentielles requises pour
faire reculer la pauvreté et promouvoir le développement, d’assurer la sécurité
et le respect des droits de l’homme de la population ».
Dans ce contexte d’État en
faillite financière, y a-t-il des réponses aux demandes d’accès des populations
aux biens publics de base ? On ne peut s’empêcher de répondre par
l’affirmative. Parmi ces réponses, il convient de faire cas des initiatives
des acteurs non étatiques notamment des associations de développement, initiées
par l’église catholique. L’Université catholique
du Graben (U.C.G.) a été créée à Butembo en 1989 par Mgr Emmanuel Kataliko, alors évêque du diocèse de Butembo-Beni. Il l’a
voulue comme institution universitaire de proximité, avec la mission de
s’impliquer essentiellement dans le développement socio-économique de son
environnement, le milieu rural, au nord-est de la province du Nord Kivu.
De manière traditionnelle,
deux missions sont dévolues beaucoup plus à l’université : l’enseignement
ou la transmission des savoirs d’une part et d’autre part la recherche. Mais de
plus en plus une troisième mission s’impose, à savoir le service à la
collectivité, à la communauté, pour éviter la déconnexion qui enfermerait
l’université dans une tour d’ivoire (Tremblay et Vieira, 2012 : 21). En
effet, implantée dans
un milieu, elle y est dotée d’une responsabilité sociale : « higher education responding to social needs ».
Elle l’assume, entre autres, par des « community-based engagement initiatives » (UNESCO, 2010 :
19.21). Selon l’OCDE (2007 : 17),
l’enseignement supérieur est parfois bien placé pour analyser et tenter de
régler les besoins sociaux dans les régions défavorisées. Certes, ce point de
vue concerne les états membres de l’OCDE ; mais, il vaut également pour la
RDC. C’est sans doute cette responsabilité sociale de l’université qu’a
voulu promouvoir l’abbé Malumalu Mugholongu,
par son engagement dans les
initiatives associatives et de développement qui contribuent au rayonnement social
de l’UCG.
Partant de ces initiatives, cet
article rend compte de l’importance des acteurs non étatiques dans la promotion
des initiatives et des organisations de développement. Pour étayer le rôle de
l’abbé Malumalu, nous avons essentiellement recueilli
des témoignages et utilisé des informations documentées. Ce rôle du clerc, pour
la promotion de la responsabilité sociale de l’université et du développement,
s’inscrit dans un contexte d’action publique défaillante. Face aux défaillances
de l’État, une certaine littérature plaide pour son retrait et fait la
promotion du secteur privé. Une autre tendance soutient que la société
civile supplée aux carences de l’État dans la prise en charge du
développement social. Des acteurs non étatiques sortent-ils de leurs compétences dans la prise en charge des initiatives
socio-économiques ? S’agit-il de remplacer l’État, absent de sa
mission de pourvoyeur de bien commun, dans le cadre de la « théorie de la décharge » ? Ou
bien s’agit-il d’une mise en application par un clerc de la pensée sociale de
l’Église, entre suppléance et
subsidiarité ?
Cet article discute l’offre des
services ou biens publics par des acteurs non étatiques et s’inscrit dans la
théorie de subsidiarité, appliquée aux missions sociales de l’Église.
1. L’abbé Malumalu,
interface du développement local
Pour la promotion du développement social local, l’abbé Malumalu
a mobilisé ses
réseaux de relations, de contacts. Là où il avait ses entrées, il a sensibilisé
et présenté des demandes d’appui. Il a pu ainsi accéder aux canaux de
financement, d’appui matériel, institutionnel. Nous en évoquons ici quelques uns, illustratifs de son rôle d’intermédiation
auprès de certaines associations du Nord mais aussi de la coopération internationale.
1.1.
Des contacts en France : FERT, FUB et WIMA Isère
L’abbé
a vécu en France comme étudiant, chercheur dans différentes universités. Il a
aussi servi en paroisse comme prêtre. Il a joué un rôle important dans les
contacts ayant permis l’appui de FERT et de FUB aux actions sociales et de
développement à Butembo en particulier.
Fert est une organisation française
de coopération internationale, regroupant des agriculteurs français, qui a pour but de contribuer à
l’amélioration des conditions de vie et de travail des agriculteurs dans les
pays en développement. Elle est créée en 1981 au tour de la réflexion des Jeunesses Agricoles Chrétiennes et des associations des céréaliers et
éleveurs de France sur la solidarité avec les paysans du Sud[2]. Fert a été contactée en 1994 par
Mgr Kataliko pour qu’elle appuie des agriculteurs
dans son diocèse[3].
L’abbé Malumalu a continué ces contacts.
Fert
a appuyé plusieurs actions à l’UCG. Il s’agit d’abord de la création du
CEFADES. Tout part de l’objectif de rendre l’UCG plus utile, dans le milieu
rural. Pour concrétiser cette idée, abbé Malumalu, Mafikiri -actuel recteur de l’UCG- et Philippe de Fert ont
effectué des missions dans quelques paroisses du diocèse de Butembo-Beni. Du
rapport de ces missions est née l’idée de créer une structure de transfert des
savoirs et savoirs faire de l’université vers le milieu rural, le centre de
formation et d’animation pour un développement solidaire (CEFADES), une
organisation de rayonnement social de l’UCG.
Une des premières activités a été le stage des premiers finalistes de l’UCG
auprès des associations rurales[4].
Par la suite, le FERT a appuyé différents projets de développement exécutés par
le CEFADES.
La Fondation Université Butembo (FUB) est une
organisation sans but lucratif, fondée en 1991 à Montgeron Essonne
en France autour de madame Mylène
Fournier, la présidente. A propos du contexte de contact avec l’abbé Malumalu, elle témoigne :
Nous avons connu l'abbé Apollinaire vers 1989 lorsqu'il était jeune
prêtre responsable de paroisse avec l'abbé Vincent Luutu à Grenoble. La
première fois, ils étaient venus porter des livres pour que nous les envoyions
à Butembo [c'était un voyage plein d'aventures, sous la neige], puis en 1993 il a accompagné à Montgeron Mgr Kataliko
pour sa première visite chez nous. Il est venu de nombreuses autres fois […] Il
nous a toujours soutenus et est à l'origine de toutes nos actions. La Fub s'est développée à mesure que lui prenait des
responsabilités.[5]
L’abbé allait donc certains week end aider
lui-même à collecter les livres. Par des conférences, il a mobilisé en vue du
soutien à l’UCG, aux œuvres de mgr Kataliko.
La coopération avec la FUB a
permis, entre autres réalisations[6] :
-
l’envoi à Butembo des livres, dont plus
de 140 000 à l’UCG. Ils étaient collectés par la FUB auprès des
donateurs : le Sénat français, la bibliothèque de l’Université Paris
XI-Sceaux, des cabinets de médecins et d’avocats, de la bibliothèque de
médecine Henri Mondor, l’Université Paris XII, le CCFD etc. ; d’autres ont été
achetés par la FUB ;
-
l’octroi annuel d’une trentaine de bourses
aux étudiantes à l’UCG, en priorité en faculté d’agronomie et
vétérinaire ;
-
le financement de la construction de
quelques salles de classe dans les écoles de la périphérie de Butembo ;
-
la prise en charge des frais de
scolarisation de quelques orphelins.
A ce contexte de relation avec la
FUB est lié le partenariat entre l’UCG et l’université Paris XII Val de Marne.
Il faut souligner ici le rôle de Jean Claude Fournier alors professeur et
administrateur de l’université Paris XII. Le contrat de partenariat a été signé
en août 1996 entre Mgr Emmanuel Kataliko, Mgr Sokoni Lusenge, recteur
représentant l’UCG d’une part et le professeur Jean Claude Fournier, Administrateur
de l’université Paris XII, d’autre part. Ce contrat a été renouvelé en 2008.
Les retombées ont été surtout le don d’ouvrages dans toutes les disciplines, le
don d’ordinateurs, de matériel de biologie et de laboratoire, etc. Il fut aussi
à l’origine du dossier de demande de l’adhésion de l’UCG à l’AUPELF-UREF actuellement
AUF -Association des Universités Francophones- qui a abouti après plusieurs
années[7].
En 1995, en Isère (France) est née
l’association WIMA, en swahili « Watu Imara kwa Maendeleo katika Amani », c'est-à-dire « des
personnes engagées pour le développement dans la paix ». Les amis de l’abbé Malumalu
ont fondé cette association à Grenoble[8] ;
ils lui ont donné ce nom compte tenu de leur objectif de soutenir les actions
de développement et de promotion de la paix au Nord Kivu et particulièrement à
Butembo. L’abbé rendait alors service comme prêtre à la paroisse Saint Augustin, puis celle de
Monestier de Clermont tout en poursuivant ses études. L'association WIMA a donc
été fondée sur des liens d'amitié. Ce
contexte est rappelé dans ce témoignage de Gérard Martin, cofondateur de Wima
Solidarité, parlant de Butembo dans une interview au quotidien français La
Croix :
Je m'y suis rendu il y a vingt ans au moment où, avec
quelques amis, nous avons créé une association de soutien à l'université
catholique du Graben qui venait d'être mise sur pied. C'était l'œuvre du très
respectable Mgr Emmanuel Kataliko, si proche des besoins
de développement de son peuple.[9]
Wima Isère a initié le
partenariat avec l’UCG, avec comme but
de soutenir les initiatives nées à Butembo, impulsées par cette université. A travers ce partenariat, WIMA Isère a
effectué des réalisations, entre autres :
- l’appui à la promotion de
la scolarisation des filles en payant la moitié des frais académiques de
-quelques étudiantes à l’UCG ;
- la collecte et l’envoi à
l’UCG des ouvrages et de divers matériels récupérés : -informatique,
matériel pédagogique- ; dont la FUB assure le transport ;
- le financement de la
conduite d’eau et de la construction d’un gros réservoir pour l’adduction d’eau
aux cliniques universitaires.
Cette
organisation effectue la sensibilisation en France en vue de l’appui aux
initiatives de développement et de paix à Butembo, particulièrement celles
portées par l’UCG, et de manière large, au Nord Kivu. C’est de la sorte qu’elle
est aussi dénommée « Wima Solidarité pour l’aide au développement au Nord
Kivu ».
1.2. Des contacts en Belgique
L’abbé a aussi mené des actions de plaidoyer auprès des associations de
développement et la coopération au développement en Belgique. Nous évoquons
particulièrement ses rencontres en novembre 2008. L’abbé Malumalu a été invité par des ONGD belges à participer à
Bruxelles au lancement d'une campagne de sensibilisation à la problématique des
enfants-soldats à l’est de la RDC. A cette occasion, l’abbé a porté à la
connaissance de ses interlocuteurs les actions du CEFADES, dans
l’accompagnement des enfants ex-soldats et leur formation par l’apprentissage
des métiers en vue de leur réintégration dans la vie civile et leur
participation au développement de leurs villages.
L’abbé a rencontré des
responsables politiques mais aussi ceux des organisations de développement,
comme résumé par cette dépêche :
« Après s'être entretenu avec le ministre de la Coopération
Charles Michel, l'abbé Malumalu se rendait au Centre
national de Coopération au Développement (CNCD-11.11.11) avant de déjeuner avec
la ministre des Relations extérieures de la Communauté française et de la
Région wallonne Marie-Dominique Simonet et être ensuite reçu par le ministre
des Affaires étrangères Karel De Gucht. »[10]
Dans ce cadre,
s’inscrit l’appui aux projets de CEFADES de sécurité alimentaire et de
réinsertion des enfants ex-soldats par l’apprentissage des métiers, par le
Vlaams Internationaal Centrum (VIC), ONGD belge
flamande et la coopération belge (DGCD[11]).
On pourrait donc appliquer à l’abbé Malumalu
le rôle de « courtier de développement » (Bierschenik,
Chauveau et Olivier-de Sardan, 2000 : 7) au sens noble de celui qui a usé
de son capital relationnel pour porter les demandes sociales locales auprès des
structures d’appui et de financement.
2. L’abbé Malumalu, promoteur d’ONG de développement : CEFADES,
CAUB et WIMA
On retrouve l’abbé Malumalu à l’initiative de création, certes avec d’autres
intervenants, des associations locales ou regroupements d’organisations de
développement autour de l’UCG.
Le
CEFADES -Centre de Formation et d’Animation pour un Développement Solidaire-
est créé en 1995, comme centre d’échange de savoirs avec le monde paysan. Parmi
ses objectifs fondamentaux on retrouve (Kambasu Kasula, 2014) :
-
organiser des formations adaptées
aux besoins des populations ;
-
initier les jeunes désœuvrés et
ex combattants aux activités agricoles et socio-économiques rentables ;
-
contribuer à l’augmentation de la
production agricole en assistant les paysans dans la recherche des solutions
aux problèmes locaux -semences, géniteurs animaux, suivi technique- ;
-
promouvoir la collaboration entre
les acteurs locaux de développement.
Le CEFADES travaille
avec des groupements de paysans en différents villages des territoires de Beni
et Lubero mais aussi avec comités de développement
des paroisses catholiques encadrés par le Bureau diocésain de développement
(BDD) du diocèse de Butembo-Beni.
L’abbé a été directeur du CEFADES de
1997 à 2003, puis vice-président du Conseil d’Administration. Il s’est impliqué
dans la recherche de partenariat et des appuis aux projets du CEFADES, même
après ce mandat. Nous pouvons citer, quelques projets réalisés par le CEFADES
(Kambasu Kasula,
2014 : 194-195) :
-
l’analyse des problématiques du
monde rural et la structuration des organisations de base (des territoires de
Beni et Lubero) ; avec comme partenaires FERT,
de 1995 à 2000 ;
-
des projets de développement rural en
territoires de Beni et Lubero ; en partenariat
avec FERT et la Commission européenne, de 2001 à 2004 ;
-
la sécurité alimentaire dans la zone
de Vuyinga et la réintégration socioprofessionnelle
et économique des ex-enfants soldats, des enfants de rue et des enfants
« vulnérables », en partenariat avec VIC (Comité International
Flamand) et le Fond d’urgence de la coopération belge (DGCD) depuis 2003.
Le CEFADES a aussi
réalisé d’autres projets avec l’appui d’autres partenaires notamment USAID,
AFD, OXFAM, MIDA/OIM, FAO, BCECO, le Ministère de l’agriculture (RDC).
L’abbé
a été également impliqué dans la création du consortium de l’agriculture
urbaine à Butembo, CAUB. Il en a été président de
2001 à 2003[12].
Il faut en situer le contexte de création[13]
en fin 1999 : l’abbé Malumalu contribue à
organiser un séminaire inter facultaire à l’UCG avec comme thème : sécurité alimentaire, développement durable,
participation communautaire.
Puis
en décembre 2000, a lieu le colloque sur la sécurité alimentaire de Butembo par
l’agriculture urbaine, avec l’appui de l’Institut Vie de Bruxelles et la
Coopération au développement de l’Université de Liège. Les participants
proviennent en grande partie des ONG locales et de l’UCG. A l’issue de ce
colloque, naît le CAUB, avec une vingtaine d’ONG membres. La réflexion
s’articule autour du constat qu’une partie importante de la population
vivant en ville à Butembo fait
face à l’insécurité alimentaire. Pour sa sécurité alimentaire, le CAUB prend
l’option d’appuyer des pratiques agricoles au sein même de la ville ou en
milieu péri urbain. Cette organisation a initié des projets importants
notamment : des cultures comme les amarantes, les pommes de terre, les haricots,
le petit élevage comme les lapins, les cobayes…, dans et autour de la ville par
des familles ciblées, l’accès à l’eau potable par l’adduction d’eau en
périphérie de la ville. Le CAUB a été soutenu, entre autres, par l’ONG ACDLg de l’Université de Liège. Autour de ces actions, ont
été initiées des recherches des enseignants de l’UCG dans le cadre d’un Projet Interuniversitaire
Ciblé (PIC), avec l’appui de la coopération universitaire belge.
Le réseau Wima
(RDC) est créé à Butembo en 1996. Le CEFADES venait d’organiser à
Butembo, avec l’aide de Fert, un colloque international sur l’autopromotion
paysanne et les dynamiques locales de développement (Kambasu Kasula,
2014 : 61). Des délégués de l’UCG et des associations de développement du
milieu y participent. Ce
colloque lance l’idée de créer un réseau des associations locales de
développement, en vue d’une synergie des actions. À l’issue du colloque, les
structures du réseau, comme organisation d’appui, sont mises en place ;
son premier secrétaire est désigné. A cette réunion a été invité Gérard Martin
de Wima Grenoble, un ami de Malumalu.
Parmi les projets réalisés par le réseau Wima, il
faut citer entre autres celui de sécurité alimentaire en territoires de Beni et
Lubero.
L’abbé s’est également impliqué dans la
sensibilisation en RDC en vue de l’appui des congolais aux œuvres de Mgr Kataliko. Ainsi des opérateurs économiques de Butembo ont
contribué à la prise en charge du transport jusqu’à Butembo du matériel et des
livres collectés en France, destinés à l’UCG. Enfin, l’abbé a été
président de la Fondation de l’Université du Graben ; il a utilisé ses
canaux relationnels pour obtenir de l’appui à l’UCG et à ses projets en vue de
son rayonnement social. Selon Mafikiri Tsongo[14],
l’abbé Malumalu avait des relations et savait les
capitaliser ; il avait des idées, savait les partager, et préférait
prendre des initiatives en concertation. Il faut donc reconnaître que, dans son
action de promotion des actions et organisations de développement, il a œuvré
en synergie avec d’autres intervenants. Interviewé par Marie France Cros,
l’abbé Malumalu l’a fait lui-même remarquer en ces termes:
« On essaie d'éviter la
personnalisation parce que le travail que nous faisons est un travail
d'équipe…Je suis prêtre catholique; mes projets sont
donc ceux de mon diocèse de Butembo/Beni où je dirige la Fondation de
l'Université de Butembo. Celle-ci a été créée pour le développement […] Je
dirige le centre de développement de notre université, qui accompagne 5 000
paysans (Cros, 2006). On peut alors
s’interroger sur le fondement théorique de l’action sociale d’un clerc.
3. L’acteur non étatique et la
subsidiarité
De
plus en plus des acteurs non étatiques offrent des biens ou services publics,
surtout dans un contexte des États fragiles comme en RDC. En effet,
comme bien d’autres pays en développement, il a connu à la fin des années 1980
et le début des années 1990, la crise des finances publiques. L’État,
empêtré dans la crise de la dette, la baisse des recettes d’exportation et de
l’aide internationale est désormais incapable d’assurer efficacement, en
qualité et en quantité, l’offre de biens et services publics. L’Etat providence n’a plus les moyens d’assurer un monopole de l’action
sociale particulièrement dans le domaine de la santé et de l’éducation ;
il en est de même dans les autres secteurs de développement social. C’est ce qui a été
qualifié de faillite de l’état, son désengagement des domaines entiers du
social : l’éducation, la santé, l’alimentation etc.
Ce déclin de la capacité étatique
n’a pas entraîné un vide de gouvernance. Il a, au contraire, ouvert un espace
aux acteurs non étatiques, aux groupes de la société civile, aux Églises
et agences d’aide, qui ont pris en charge les services autrefois assurés par
l’État (Vlassenroot et Delaleeuwe,
2008 : 45). C’est ce
transfert de prise en charge des biens et services publics par des acteurs non
étatiques, notamment des associations que traduit l’ONG-isation
des politiques publiques (Poncelet et Pirotte,
2007 : 19), observée dans plusieurs États.
Dans certains pays, des
gouvernements à tendance d’ultra libéralisme ont prôné « moins
d’État » pour l’efficacité du management public. Ils partent du
constat de gaspillages et d’inefficacité de l’État providence dans la
réalisation des biens et services publics, comparativement à l’efficacité des
entreprises, du secteur privé. Il faut donc que l’État laisse la production
de certains de ces biens et services publics au secteur privé ou encore qu’il
s’inspire de ses méthodes de management. Dans les pays en développement, on
dénonce dans le chef des pouvoirs publics la corruption, les détournements, la
mauvaise gouvernance, comme des freins au développement. Dans ce contexte, les organismes internationaux d’aide privilégient le passage des fonds et
des actions de développement par le canal des acteurs non étatiques. Béatrice Hibou (1999 : 6-7) parle
alors de la théorie de la
« décharge », reprenant un concept de Weber : l’Etat se
désengage de certaines prérogatives qui sont alors portées par des acteurs non
étatiques.
À la suite de ses processus,
il y a eu des appels au « retrait » de l’Etat du fait de son impuissance ou de
sa déliquescence.
S’agit-il pour autant de remplacer l’État ? Nous ne voulons pas
enfermer l’examen du rôle des acteurs non étatiques dans le développement
socio-économique dans l’opposition État/Marché/Société civile ou dans la
dichotomie secteur marchand/secteur non marchand. De toute façon, pour la
production des biens publics, ni le marché ni l’État ne peut prétendre à
un quelconque monopole ; chacun ayant des limites :
« (…) le marché assure une offre insuffisante en biens
publics, dans la mesure où les prix ne reflètent pas pleinement le bénéfice
social marginal. Par ailleurs, en présence de défauts d’information et de
problèmes contractuels, la provision des services publics par le marché peut
entrainer une qualité sous-optimale des services offerts.
En définitive, laissé à lui-même, le marché servirait uniquement les
individus ayant un pouvoir d’achat. Ces arguments rendent l’intervention
publique indispensable. Cependant, comme le défend l’économie publique
classique, les gouvernements ne sont pas habituellement des planificateurs
maximisant le bien-être social » (Basley et Ghatak, 2008 :
90).
Nous pensons, à partir de
l’expérience de l’abbé Malumalu, que l’église ou des
clercs initient des actions sociales plus dans le cadre d’une tâche de suppléance
et non d’opposition aux autres instances ou modes de production des biens et
services publics. L’église s’est toujours impliquée dans la prise en charge des
services sociaux de base. Ce fut le cas dans plusieurs pays, notamment en
France où l’Assistance publique n’aurait pas existé si des communautés
religieuses n’avaient pas inventé l’hôpital dès le Moyen Âge (Sauquet et Vielajus,
2009-2010 : 108). Aujourd’hui encore le courant
caritatif chrétien constitue l’un des principaux vecteurs de la promotion des
droits civils les plus fondamentaux, notamment ceux à la vie, à la santé, à
l’alimentation et à l’éducation… ; des actions d’envergure ont été
initiées et portées
avec des figures emblématiques comme celle de l’abbé Pierre
(Doucin, 2005 : 80).
Face aux demandes des populations d’amélioration de leurs conditions de vie non
satisfaites, des femmes et des hommes d’église suppléent.
Elles peuvent même collaborer avec des institutions étatiques dans la
réalisation des tâches sociales ou de développement.
Nous
rattachons davantage la compréhension de l’engagement social des clercs, comme
l’abbé Malumalu, à la notion de subsidiarité. Ce concept trouve son origine dans la doctrine
sociale de l’église pour concevoir le rapport entre l’Etat et la société.
Certes, l’Etat et l’Eglise ont des objectifs et des domaines d’actions
différents, ils sont indépendants et autonomes ; de ce point de vue, une
institution n’a pas vocation à se substituer à l’autre. L’Eglise œuvre dans le
domaine des besoins spirituels de ses fidèles, tandis que l’Etat organise la
vie en société et le bien commun des citoyens. Toutefois, les deux sont au service
de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes ; par conséquent,
l'Église n'est indifférente à rien de ce qui, dans la société, concerne
l’amélioration des conditions d’existence. Tout ce qui concerne la communauté
des hommes — situations et problèmes relatifs à la justice, à la libération, au
développement, aux relations entre les peuples, à la paix — n'est pas étranger
à l'évangélisation, et celle-ci ne serait pas complète si elle ne tenait pas
compte de la promotion humaine, selon la Doctrine sociale de l’Eglise (Conseil Pontifical Justice et
Paix, 2004 : art. 50, 62 et 66). Cette dernière se sent donc interpelée
par l’humain et ses demandes, appelée à collaborer avec l’Etat en vue de la
promotion intégrale de l’homme. C’est la mission de la pastorale sociale. Pour
la dignité humaine, cette doctrine prône, en outre, le respect des principes de
bien commun, de destinée universelle des biens, de solidarité et de
subsidiarité. De manière simplifiée, on peut définir la subsidiarité comme :
La règle générale selon laquelle tout ce que
les individus, seuls ou en groupe,
peuvent accomplir par eux-mêmes ne doit pas être transféré
à l’échelon supérieur (Barroche, 2008 : 778).
Comprise de cette
manière, la subsidiarité suppose donc que les acteurs non étatiques comme
l’Église ou ses clercs sont supplétifs à l’État défaillant dans
sa mission de production des biens et services publics. Ces acteurs viennent au
secours des citoyens pour combler un manque ou une
insuffisance ; ils ne remplacent pas l’Etat. La subsidiarité ramène ainsi
au terme de suppléance, au sens d'ajouter, de compléter, et non au sens de
remplacer (Million-Delsol, 1992 : 6). Le concept de subsidiarité est également
lié au droit de l’Union européenne, pour penser le rapport et la répartition
des compétences entre les institutions de l’Union et les Etats membres, dans le
cadre de la réflexion sur le fédéralisme européen. En effet, les compétences
sont partagées entre l’Union et les Etats membres. Dans les domaines qui ne
sont pas de la compétence exclusive de l’UE, elle n’intervient que de manière
subsidiaire ; c’est-à-dire dans la mesure où les objectifs de l’action
envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante ou
efficace par les Etats membres[15].
Le principe de subsidiarité établit donc que,
pour mieux répondre aux besoins des citoyens, leurs problèmes ou leurs demandes
devraient être traités par des instances les plus proches d’eux. La question est donc de savoir
quelles structures sont les mieux indiquées pour initier et réaliser des
actions du bien commun, du service public. On retrouve là le souci de s’écarter du
centralisme étatique pour reconnaître des prérogatives en ce qui concerne le
bien commun aux institutions locales et aux acteurs non étatiques, comme
instances décisionnelles proches des citoyens. Non seulement ces acteurs
peuvent initier des actions de développement économique et social, mais aussi
devraient être impliquées dans la formulation et la mise en œuvre des
politiques publiques de bien commun.
C’est dans ce sens que Pierre Gentile parle de l'émergence en
Suisse d'une nouvelle subsidiarité, qui implique l’intégration d’acteurs
non-étatiques dans la mise en œuvre et parfois même l’élaboration de programmes
d'action publique (Gentile, 1997 : 1).
Conclusion
L’abbé Malumalu a donc été
promoteur d’organisations de
développement ; on le retrouve à l’initiative des associations ou
groupements d’associations de développement, dans une approche fédérative en
vue de la synergie des actions. Pour la promotion du développement local, il a
joué entre autres le rôle de plaidoyer (advocacy) et
lobby, en usant de ses contacts, de ses relations pour sensibiliser, à
l’intérieur comme à l’extérieur du pays, pour avoir des soutiens (matériels,
financiers, de partenariat…) aux initiatives locales. Il a mis ses compétences
relationnelles au service du développement. C’est dans ce cadre qu’il a été un
clerc, interface de développement, pour la pérennisation des idéaux et des
actions de Mgr Kataliko ; certes dans une action
à laquelle ont collaboré d’autres intervenants.
Le contexte de défaillance financière de la RDC comme Etat
providence, a ouvert la voie à la décentralisation de l’aide au développement.
Des acteurs non étatiques, parmi lesquels l’église catholique, ont pris le
relai notamment dans le domaine social. L’église ne s’est pas substituée à
l’Etat, au sens de la théorie de la décharge. Mais, elle a plutôt joué un rôle
supplétif comme partenaire de l’Etat dans l’offre de certains biens et services
publics, où il présentait des insuffisances.
L’engagement de l’abbé Malumalu dans les
initiatives de développement est à comprendre donc comme l’appel d’un clerc à
mettre en œuvre la doctrine sociale de l’église ; notamment, ses principes
de solidarité et de subsidiarité. Par ailleurs, cet engagement est à comprendre
comme la mise en application du rôle social de l’université, celui du service à
la communauté, en plus de ses missions traditionnelles de transmission des
savoirs et de recherche. La viabilité de ces associations constitue un défi
pour l’université qui se veut socialement responsable.
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[1] Omer Kambale MIREMBE est
Professeur et enseignant en faculté des sciences économiques à l’Université
Catholique du Graben.
[2]www.fert.fr/
[3]Témoignage de GÉRARD MARTIN de WIMA Solidarité, voir le site
assohsf.free.fr/hsf_journal/bulletin15/wima.html
[4] Entretien avec MAFIKIRI
TSONGO, recteur de l’UCG, avril 2017
[5] Témoignage de MYLENE
FOURNIER, mail reçu le 3/05/2017
[6]
Fubfrance.blogspot.be/p/fonctionnement.html
[7] https://drive.google.com/file/d/0B922j6ZFiB1nQ3AwUDB3WnpXSkE/view
[8]
Cf. Dépliant de présentation de WIMA Isère, www.saintetrinitecathisere.cef.fr/AVANT/IMG/pdf/Depliant_WIMA_2013_v2x.pdf
[9]La Croix, du 11/03/2015.
[10]« Les enfants-soldats de RDC au centre d’une rencontre
Michel-MaluMalu », site 7sur7, dépêche du 20/11/2008.
[11] Direction générale de la
coopération au développement
[12] Voir son CV,
www.europarl.europa;eu/document/activities/cont/200806/20080626ATT32863EN.pdf
[13]
www.kaowarsom.be/documents/pauvrete/godeau_pauvrete_091027.pdf
[14] Entretien en avril 2017
[15]Article 5 point 3 du Traité sur l’Union Européenne.