Les éloges funèbres à l’abbéApollinaire Malumaluen RD Congo : entre redéfinition des rôles sociopolitiques et construction d’une image épique

https://doi.org/10.57988/crig-2358

 

 

Augustin Kahindo MUHESI[1]

 

 

Résumé

Deux principales leçons peuvent être déduites des éloges funèbres à l’Abbé Apollinaire Malumalu en République Démocratique du Congo. D’abord, les acteurs ont redéfini à travers leurs discours les rôles sociopolitiques assumés par cette personnalité disparue. À ce niveau, les allocutions ont mis en évidence les qualités exceptionnelles de ce personnage. Chacun a interprété à sa manière et en ces  propres qualificatifs les rôles joués par cet acteur. Ensuite, ils ont conféré à  cet homme une image épique. Cheville ouvrière de premières élections démocratiques ou Professeur des élections : toutes ces interprétations ont véhiculé l’image d’un acteur sociopolitique mémorable. Cet article élucide ces tendances clés. Il se penche également sur les effets de ces  discours sur les relations circonstancielles entre  gouvernants et gouvernés.

Mots-clés : Éloges-funèbres, Abbé Apollinaire Malumalu, rôles sociopolitiques et image épique.

 

Abstract

Two main lessons may be deduced from the great funerals of the priest Apollinaire Malumalu in the Democratic Republic of Congo. First, through different speeches, different actors have redefined the socio-political roles undertaken by this late personality. With this is mind; allocutions have displayed evidently the exceptional qualities of this character. Each interpreted his way and with his own qualifications the roles assumed by this actor. Besides, different actors conferred to this man the epic image. Either a jointnut of the first democratic elections or a professor of elections: all of these interpretations conveyed the image of a memorable socio-political actor. The present article highlights the major tendencies. It focuses as well on these discourse effects once-overs the circumstantial relations between rulers and their subjects.

Key words: Great funerals, priest Apollinaire Malumalu, socio-political roles and memorable socio-political actor.

 

Introduction

 

T

outes les sociétés humaines affrontent difficilement la réalité de la mort. Toutefois, les rites funéraires varient d’un peuple à un autre ou d’une culture à une autre.  En dépit des différences que revêt l’organisation des funérailles, on peut néanmoins en établir quelques caractéristiques communes en Afrique. Dans ce continent, les funérailles déclenchent plusieurs manifestations. Moments de rassemblement, les obsèques permettent d’observer des pratiques d’expression populaire de la désolation, mais aussi des activités festives. On pleure le mort selon plusieurs modes : cri, colère, tristesse, chanson, etc. Par contre, on fête de différentes manières : partage des repas et des boissons, couture et port de nouvelles tenues vestimentaires, conception et affichage des banderoles, etc. Les obsèques revêtent des aspects sociaux, économiques et politiques et se révèlent comme étant des véritables OPNI, c’est-à-dire les objets politiques non-identifiés.

Envisager  les pratiques et produits culturels comme OPNI, c’est postuler qu’ils sont politiques. Si le politique est bien universel, présent dans toutes les sociétés, dans tous les actes qui s’y déroulent, il ne peut manquer de les investir aussi. Reste à savoir de quelle manière, et à trouver comment tirer parti de cet investissement pour découvrir à l’analyse des pratiques et produits culturels cette part du politique plus difficile à déceler, plus secrète, que l’étude des OPNI pourrait verser comme sa contribution propre au pot commun de la politologie. (Martin, 2003 : 22)

En République Démocratique du Congo, la nature et l’ampleur de cette gamme d’activités dépendent de la position sociale ou politique de la personne décédée.

La disparition  de certains hommes politiques, plus précisément des occupants de position de grandeur instituée (chef de pari, parlementaire, ministre, président, etc.), mobilise en effet l’ensemble de la corporation politique qui, une fois n’est pas coutume, multiplie les discours en termes élogieux sur le défunt (Dulong)[2]

Les obsèques de l’Abbé Apollinaire ont été un événement politique[3]. D’abord à Kinshasa, des hommes politiques, des acteurs sociaux et des amis et connaissances se sont réunis au siège de la Commission Électorale Nationale Indépendante et au Palais du Peuple en vue de lui rendre les derniers hommages. Ensuite, à Butembo, des hommes politiques, toutes tendances politiques confondues, des acteurs sociaux et des amis et connaissances se sont mobilisés en vue d’honorer la mémoire de l’Abbé Apollinaire Malumalu. Au niveau international, à travers des médias et différents réseaux, des messages font fusé de partout pour témoigner une sympathie particulière à cet illustre disparu.

De même, les expositions du corps dans les Églises catholiques à Kinshasa et à Butembo ; ainsi que la messe de requiem organisée dans la cour de l’École primaire Butembo-Cité ont conféré un caractère religieux à ces obsèques. Ces cérémonies religieuses ont connu  une forte participation des chefs religieux et des représentants des institutions politiques du pays. 

L’activité de différents acteurs politiques et sociaux au cours de cet événement politique et religieux vaut la peine d’être analysée. Leur participation ou présence, leurs allocutions et leurs actions constituent des faits politiques susceptibles d’être décryptés.

« […] Les éloges  funèbres d’hommes politiques peuvent s’analyser dans leur ensemble comme un tout homogène, c’est-à-dire comme un genre politique spécifique ayant ses propres « lois », ou  invariants, venant s’inscrire dans les processus de légitimation du personnel. Il s’agit en effet, à travers la célébration d’un seul, de réaffirmer la fonction éminente de l’homme politique […]. Les éloges funèbres d’hommes politiques sont sans doute l’une de rares occasions où se donne à voir aussi clairement la part que peut avoir le titulaire d’une position instituée dans la construction même de cette position. Ces « discours de circonstance » laissent alors entrevoir des ressorts essentiels de la représentation politique » (Dulong)[4].

Cet article est essentiellement consacré aux allocutions prononcées par différents acteurs politiques et sociaux impliqués dans les obsèques de l’Abbé Apollinaire Malumalu.[5]

« Quel que soit son lieu d’apparition, le discours politique ne constitue pas un ornement de la conduite politique (…). Le discours est constitutif du politique. Il est intrinsèquement lié à l’organisation de la vie sociale comme gouvernance et comme discussion, pour le meilleur et pour le pire. Il est à la fois lieu d’engagement du sujet, de justification de son positionnement et d’influence de l’autre dont la mise en scène varie selon les circonstances de communication, ce qui fait qu’il serait plus juste de parler des discours du politique que du discours politique » (Charaudeau, 2005 : 46).

Les allocutions prononcées aux obsèques de l’Abbé Malumalu inspirent une série de questions. Quels sont les rôles sociopolitiques diffusés dans ces discours ? Quelle est l’image qui transparaît de ces discours ? Quel a été l’impact de ces discours sur les relations entre  gouvernants émetteurs et gouvernés récepteurs ?

D’abord, ces discours auraient beaucoup mis en évidence les rôles sociopolitiques assumés par l’illustre disparu en tant que prêtre et acteur de la Société Civile, professeur d’université et président de la Commission Électorale Indépendante.

Ensuite, ces acteurs auraient véhiculé à travers ces discours, l’image d’un acteur sociopolitique  audacieux et polyvalent.

Enfin, ces  discours laudatifs auraient momentanément légitimé les gouvernants et auraient créé une opportunité d’échange autour des problèmes de l’Université Catholique du Graben.

Du point de vue théorique, nous partons du paradigme du relativisme culturel.

(Il s’agit d’une) conception, à la fois holiste et singularisante qui pose la différence des cultures dont découlent la diversité des pratiques, des valeurs et des normes, souvent opposées, car elles varient en raison des cultures, des sociétés ou des nations. La compréhension des différences exige de la part du chercheur, la connaissance intime et l’empathie voire la sympathie avec la société ou la culture qu’il observe (Seiler, 2004 : 59).

La méthodologie empruntée comprend deux volets : la méthode et les techniques de recherche. La méthode fonctionnelle rend dans cet article deux principaux services. D’abord, elle suscite la réflexion sur les rôles des allocutions funèbres dans cet univers sociopolitique. Ensuite, elle permet d’identifier les rôles sociopolitiques assumés par l’acteur sociopolitique concerné. En effet, dans la logique fonctionnaliste, on considère chaque société, chaque culture

« comme un tout cohérent, organisé  et intégré, qu’il faut étudier en tant que totalité, qu’il faut expliquer dans sa globalité. Cette totalité se compose de parties diverses et multiples, d’éléments ordonnés selon un agencement particulier. Chacun d’eux remplit une fonction indispensable à la totalité, chacun d’eux contribue à faire « fonctionner » l’ensemble. » (Schwartenzenberg, 1998 : 107)

Appliquée aux obsèques, cette méthode permet de comprendre que  les funérailles (comme pratiques sociales) jouent différents rôles dans les sociétés humaines. Celles d’Apollinaire ont également joué plusieurs rôles. Elle permet également d’analyser les rôles sociopolitiques reconnus à l’homme disparu. En outre, comme l’affirment Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt (2006 : 89), Chaque élément du système social (une institution, une coutume, une pratique collective) contribue objectivement à la reproduction et à la cohésion de ce système.

C’est également un effort interprétatif qui est fourni.

L’interprétation […], est le travail de pensée qui consiste à déchiffrer le sens caché dans le sens apparent, à déployer les niveaux de signification impliqués dans la signification littérale. […]. Symbole et interprétation deviennent ainsi des concepts corrélatifs ; il y a interprétation là où il y a sens multiple, et c’est dans l’interprétation que la pluralité des sens est rendue manifeste » (Ricoeur, 1969 : 35).

À cet effet, cet article a l’avantage d’aider les acteurs à mieux comprendre le sens de leurs gestes. L’analyse de contenu est sollicitée comme technique de recherche. Nous avons une vision globale, un regard global, sur tous les discours que les acteurs politiques et sociaux ont prononcés à cette occasion. En effet, les discours sont pris dans un inter-discours.

« Le discours ne prend sens qu’à l’intérieur d’un univers d’autres discours à travers lequel il doit se frayer un chemin. Pour interpréter le moindre énoncé, il faut le mettre en relation avec toutes sortes d’autres […] » (Maingeneau, 2012 : 45).

Partant de toutes les allocutions -nous  les avons écoutées et réécoutées plusieurs fois-, nous avons relevé les thèmes les plus  significatifs en fonction de multiples qualités (statuts) de l’homme disparu : Prêtre, Acteur de la société civile, Professeur d’université et Président de la Commission Électorale Nationale Indépendante. Après comparaison de ces thèmes, nous avons retenu les plus éloquents. Ce sont eux qui sont au centre de nos analyses et qui servent d’indicateurs.

Découper l’information en « unités informationnelles », classer ces unités en « thèmes » ou en «  catégories » caractérisées par un niveau de finesse ou de généralité défini par les objectifs, dénombrer, corréler, comparer ces catégories par toutes sortes de « traitements », … voilà des opérations qui ne quittent pas le contenu, objet fini, considéré comme le seul réel disponible (Mucchielli, 2006 : 28)

La technique documentaire est également utile. Analyser les discours impose un va- et-vient entre les contenus de discours et la littérature traitant du domaine abordé. Cette exigence a été prise en compte par le regard permanent sur la littérature la politique et la sociologie.

Cet article poursuit trois principaux objectifs. Premièrement, mettre en évidence  les  rôles sociopolitiques dégagés ; deuxièmement, dégager l’image que les discours construisent sur cet homme ; troisièmement, montrer les effets  produits par ces allocutions sur les relations entre les gouvernants et les gouvernés.

1. Les rôles sociopolitiques soulignés  dans les allocutions

Quatre axes facilitent l’identification de différents rôles retenus de la vie sociopolitique de l’Abbé Apollinaire Malumalu. Il s’agit de la vie sacerdotale, du statut d’acteur de la société civile, de la qualité de professeur d’université et de la présidence de la Commission Électorale Nationale Indépendante.

1.1. Du sacerdoce de l’Abbé Malumalu.

Pour nombreux orateurs, l’Abbé Apollinaire est un pratiquant de l’apostolat social inspiré de la doctrine sociale de l’Église Catholique.

« Oui, Apollinaire, votre vie, a été très significative pour nous en si peu de temps au point qu’elle constitue un paradigme qui conjugue les différentes dimensions de notre vocation sacerdotale : c’est-à-dire pour nous formateurs prêtres qui vous avaient connu comme élève au Petit Séminaire, au Collège, au Grand-Séminaire de Murhesa (…) et finalement comme professeur d’université dans votre ministère sacerdotale à l’Université Catholique du Graben » (Waswandi, 18/07/2016).

Cet apostolat est également mis en évidence par les témoignages  du Conseil Rectoral de l’Université Catholique du Graben. L’homme a posé des actes de charité.

« Un grand cœur, une grande âme, un grand esprit, une générosité sans égale (avec plus de 50 étudiants qu’il prenait en charge pour les frais académiques ici chez nous » (UCG, 18/07/2016).

Outre la reconnaissance des  actions caritatives, les prêtres diocésains décrivent l’Abbé Apollinaire comme « le paradigme de la ponctualité démocratique fondée sur la rigueur de l’information dialoguale et sur l’intelligence des élections libres transparentes » (Waswandi, 18/07/2016). Il est également considéré comme «  le paradigme d’un engagement sans failles pour la culture de l’excellence en partant d’une humble initiative et en refusant la médiocrité » (Ibidem).

Il ressort que les trois paradigmes (apostolat social, ponctualité démocratique et engagement sans faille) utilisés  en vue de présenter l’Abbé Apollinaire Malumalu s’appuient essentiellement sur ses initiatives sociales et son engagement politique. Les  dimensions relevées de la vie de ce prêtre restent les souvenirs de ses confrères.

1.2. De l’activisme au sein de la société civile

Comprendre l’engagement politique et le rôle de cet acteur dans la société civile exige un regard sur sa qualité de Recteur de l’Université Catholique du Graben et l’analyse du contexte des rébellions (1996-2003, 2009-2011) en République Démocratique du Congo.

L’Université Catholique du Graben est un établissement privé d’utilité publique créé en 1989, à l’initiative du Diocèse de Butembo-Beni.

« [Elle] est une communauté académique qui, de manière rigoureuse et critique, se consacre à l’enseignement, à la recherche et aux différents services offerts à la communauté locale pour le progrès de la culture, de la justice sociale, de la dignité humaine, du développement régional, national, voire international » (Statuts de l’UCG).

La nomination de l’Abbé Malumalu comme Recteur de cette université lui a donné l’occasion de démontrer son intérêt en faveur de l’amélioration des conditions de vie des populations par les services offerts à la communauté locale. En effet, en République Démocratique du Congo,  les universités demeurent une des composantes majeures  de la société civile.

Dans ce contexte, l’Abbé Apollinaire Malumalu a joué plusieurs rôles. D’abord, Cela a été souligné par le mot du Consiel rectoral (UCG, 18/07/2016), dans la quête du développement.

Une intelligence exceptionnelle (..). Pour l’Université Catholique du Graben, un de ses grands bâtisseurs, un des grands artisans de son développement. (….). Nous lui devons beaucoup de projets dans la vie de notre Université. Un des créateurs du Centre de Formation et d’Animation pour un développement Solidaire (CEFADES), du Réseau WIMA, du Centre d’Études Juridiques Appliquées (CEJA), du Consortium pour l’Agriculture Urbaine de Butembo (CAUB), du Centre de recherche en sciences sociales, politiques, administratives et juridiques ( CRESPAJ), un des artisans du développement  de nos Cliniques Universitaires. (…). Plusieurs autres projets étaient en cours : l’implantation d’un parc technologique à l’Université (…).

Ces qualités sont corroborées par nombreux intervenants.

L’Abbé Apollinaire est donc une grande icône du mouvement associatif congolais pour son courage et son combat pour la promotion des droits de l’homme et le respect de la dignité humaine (Otemikongo, 18/07/2016).

Cette appréciation ressort également des propos du Professeur Abbé Waswandi Kakule Ngoliko Athanase (18/07/2016). Il parle d’un «  leader imaginatif, anticipatif, inventif, créatif et généreux ». Il invoque également l’ « élan animateur de bien commun et propulseur de développement endogène […] »

Ensuite, dans la recherche de la paix et la défense des droits de l’homme.

Au Palais du peuple à Kinshasa, je me souviens de la très brillante communication de l’Abbé  Apollinaire MALUMALU à cette Conférence lorsque la parole lui fut accordée pour présenter le tableau de la situation des droits de l’homme dans la Province du Nord-Kivu qu’il représentait dans ces Assisses nationales. A l’occasion en bon militant de droits de l’homme, il se mit alors dénoncer sans ménagement, sans fards ni gants, ni peur de représailles au retour, les graves violations des  droits de l’homme dont était coupable le RCD dans le territoire sous son contrôle. Il a quitté le papier qu’il avait préparé, et  tenu en haleine pendant plusieurs minutes tous les Conférenciers. À l’issue de sa brillante présentation, il reçut un tonnerre, une  pluie d’applaudissements et les ovations pendant plusieurs minutes(Otemikongo, 18/07/2016).

Cet investissement dans  la quête de la paix et  la défense des droits de l’homme est reconnu par bien d’orateurs.

Il va encore  se distinguer en véritable  colombe de paix dans un pays déchiré par des guerres interminables. Du CNDP au M23, cet homme a offert toute son intelligence, tous ses talents de négociateur, toutes ses qualités avec tant de privations de sommeil. (…). Toutes ces valeurs retrouvées en cet homme, tout le monde les a découvertes pendant le programme AMANI, pendant le Programme STAREC dont il était par la suite devenu le mobilisateur attitré des ressources.  Son courage et sa lucidité se sont exprimés également à l’heure la plus critique du drame Kivutien, lorsqu’il a su non seulement faciliter la Conférence de Goma, saisir le vrai sens du développement de l’histoire, (…), orienter et piloter le Programme Amani en vue de matérialiser les actes d’engagement signés  en janvier 2008. (…). Cet homme a fait découvrir à nombreux seigneurs de guerre que seule la paix permet à l’homme de donner sa véritable mesure (Paluku Kahonga, 2016 : 845-846).

En Septembre2008, alors que la ville de Goma était sur le point d’être conquise par les rebelles du M23, l’Abbé Apollinaire Malumalu  a plaidé  en faveur de l’aide humanitaire auprès de l’État Belge. Cette aide a été  accordée et a contribué à l’arrêt de la pression du M23 sur la ville de Goma (Bob Kabamba, 17/07/016).

1.3. Du mandat rectoral et de prestations en qualité de professeur à l’Université Catholique du Graben.

Le parcours académique de l’Abbé Apollinaire Malumalu est riche.  Ce dernier a embrassé plusieurs filières et a obtenu plusieurs diplômes. Outre ses nombreux Masters ou Diplômes d’Études Approfondies, cet homme détient deux doctorats .Un en science politique, un autre en philosophie. Placé  à la tête de l’Université, il s’est distingué dans trois secteurs : la coopération interuniversitaire, la formation des formateurs  et la recherche. Des témoignages  éloquents abondent.

D’abord, l’intensification de la coopération interuniversitaire. Pour se développer, les universités  concluent des accords de partenariat avec des institutions d’enseignement de recherche au niveau national ou international. Nombreux sont les intervenants qui reconnaissent que l’Abbé Apollinaire a mis en pratique cette recommandation ministérielle.

On l’a vu partout pour négocier des accords de coopération entre son Université et d’autres Universités partenaires à Kisangani, à Kinshasa, au Congo et dans le monde, recruter des professeurs, chercher des bourses d’études, équiper la bibliothèque, chercher des financements et autres soutiens pour construire et développer les  infrastructures, monter  les projets pour le développement  de son Université. Le leadership charismatique  du  Recteur Abbé Malumalu a permis  de faire de l’Université Catholique du Graben -UCG-, un des fleurons des Établissements d’Enseignement Supérieur et Universitaire de l’Est du pays. » (Otemikongo, 18/07/2016).

Ensuite, la formation des formateurs. L’Abbé Apollinaire Malumalu a milité en faveur de la spécialisation des assistants et des chefs des travaux. Outre son implication dans les démarches relatives à l’obtention  de l’autorisation des études du Troisième Cycle auprès du ministère de tutelle en 2008, l’Abbé Malumalu  a participé à la formation des docteurs.

« Parallèlement à ces lourdes fonctions de Recteur, l’Abbé Président MALUMALU assurait ses enseignements dans son université, participait aux programmes de recherche, lisait beaucoup, possédait une bibliothèque personnelle très achalandée à Butembo et à Kinshasa [….], publiait des ouvrages, rédigeait ses cours, dirigeait des mémoires de DEA et des thèses de doctorat et lisait beaucoup. » (Otemikongo, 18/07/2016).

Enfin, la recherche fait partie intégrante des missions de l’université. L’article 95 de la loi-cadre n°14/004 du 11 février 2014 de l’enseignement national le stipule :

« L’enseignement universitaire a pour mission […] contribuer à l’évolution de la science par l’organisation de la recherche fondamentale et appliquée orientée vers le développement, assurer et promouvoir la diffusion des résultats à la recherche. »

L’abbé Apollinaire Malumalu a mis en pratique cette disposition. Beaucoup d’intervenants  témoignent de ses qualités de chercheur.

«  Un grand homme de science et de culture. Il était doté d’une intelligence hors pair. Il nous laisse l’exemple de travail, d’organisation, de la passion pour la recherche. » (Otemikongo, 18/07/2016)

À titre d’exemple, on peut citer ses publications dans différents domaines : la sociologie électorale, le développement et les doctrines sociales de l’Église.

Tableau n°1 : Publications avec contribution de l’Abbé Malumalu

Auteur (s)

Titres

Edition

Lieu

Année

Kamal El Feghali et Apollinaire Malumalu

Une seule voix, plusieurs interprétations. Définitions, caractéristiques et paradoxes des modes de scrutin

Mokhtarat

Kinshasa

2006

Bob Kabamba et Apollinaire Malumalu

 Cadastre des infrastructures : problèmes et recommandations. Provinces du Nord et du Sud-Kivu, République Démocratique du Congo

CAPAC

Liège

2010

Apollinaire Malumalu (dir.).

Les doctrines sociales de l’Église

-

Kinshasa

2016

Source : Répertoriées par nous-mêmes.

En tant que Professeur d’université, l’Abbé Apollinaire Malumalu  a démontré plusieurs qualités. Des témoignes rendent compte de cette réalité.

« Nous retenons de lui : l’amour du travail bien fait, la rigueur et l’assiduité au travail intellectuel, l’attention et l’encadrement des jeunes assistants, l’intelligence exceptionnelle, d’où le surnom de Google qui est un moteur de recherche, la serviabilité : ses ouvrages personnels ont été mis à la disposition de tous les assistants » Kahindo Muhesi, 18/07/2016).

Ces mérites l’ont érigé en archétype devant être imité. « Pour toutes ces qualités relevées, vous resterez, Professeur Abbé Apollinaire Malumalu, notre modèle, notre référence, notre identifiant, notre label » (Ibidem).

1.4. De la présidence à la Commission Électorale Nationale Indépendante

La Commission Électorale Indépendante devenue plus tard la Commission Électorale Nationale Indépendante est une institution qui doit sa création dans l’Accord  Global et Inclusif du 17 décembre 2002. La création des Institutions d’appui à la démocratie est parmi les particularités de cet accord. La Commission Électorale Indépendante chargée d’organiser les  élections fait partie de ces institutions. Il s’agit d’un vaste projet visant la relance de la démocratie en République Démocratique du Congo par l’organisation des élections présidentielle, législatives, urbaines, municipales et locales.

Cette ambition paraît démesurée dans un contexte post-conflictuel et surtout à très faible expérience électorale. En effet,  après les élections législatives et provinciales de mai 1960, l’univers politique s’est enlisé dans un déficit  démocratique. La Deuxième République a consacré un système électoral a-démocratique dominé par le parti unique. Les guerres successives  d’entre  1996-2003, ont  suspendu les tentatives démocratiques (Aundu Matsanza, 2015 : 165-241).

C’est dans cet environnement difficile que l’Abbé Apollinaire Malumalu s’est illustré comme premier architecte des premières élections libres et démocratiques (Paluku Kahongya, 2016 : 845), en République Démocratique du Congo.

Cette section rend donc compte des témoignages fournis par des personnalités nationales et internationales.

« L'abbé MaluMalu a été la cheville ouvrière des premières élections libres de RDC. En 2003, au lendemain de la guerre civile, le prêtre de Butembo est nommé président de la Commission Électorale Indépendante. Sa mission est d'organiser un référendum constitutionnel, puis des élections présidentielles et législatives. Celui qui fut curé dans les Alpes françaises s'attaque à une montagne : enrôler des millions d'électeurs, mettre sur pied des bureaux de vote, dépouiller les bulletins, le tout dans un pays immensément vaste et dont la population n'a jamais eu le choix entre plusieurs candidats. Malgré quelques incidents, les observateurs jugeront ce premier essai globalement satisfaisant. L'expérimenté MaluMalu est rappelé en 2013 pour préparer les prochaines élections suivantes. Mais l'Église, comme une partie de la classe politique, le désavoue. Elle lui reproche d'être à la solde du pouvoir. L'abbé MaluMalu s'accroche malgré tout avant de quitter ses fonctions pour raison de santé en octobre dernier (2015) »[6].

Les prouesses de l’illustre disparu en matière électorale sont corroborées par  bien d’intervenants. À ce sujet, le Professeur Évariste Boshab, Vice-premier Ministre en charge de l’intérieur, décentralisation et sécurité l’a qualifié de « Professeur des élections. [...]. Notre maître à tous, en matière électorale » (Boshab, 15/07/2016). Pour d’autres, il est « l’authentique géniteur de la CENI - Commission Électorale Nationale Indépendante, patrimoine électoral pour la République Démocratique du Congo, l’Afrique et le monde » (Nanga, 15/06/2016)

Durant les obsèques, certains hauts responsables de la Commission Électorale Nationale Indépendante se sont affichés comme disciples de cet homme. Pour eux, c’est un :

« Un maître, un mentor, un père spirituel, un parrain. [...] Un patrimoine électoral pour la République Démocratique du Congo, l’Afrique et le monde » (Nanga, 15/06/2016).

Dans sa mission de formateur en matière électorale, l’Abbé Apollinaire Malumalu  a également contribué à la création et à la gouvernance de l’École de Formation Électorale en Afrique Centrale (EFEAC). Il en a été Directeur Général pendant plus de deux ans[7].

Aussi, l’expertise électorale de cet acteur a-t-elle été non seulement reconnue mais aussi recomposée par deux universités universitaires. Le 28 juillet 2007, l’Université de Lubumbashi (RDC) l’a reçu comme Docteur Honoris Causa, à la demande de la Faculté des sciences sociales, administratives et politiques. Une année après, le 28 mars 2008, l’Université de Liège (Belgique), lui a octroyé le titre de Docteur Honoris Causa, sur proposition de la Faculté de Droit et de Science politique. Ces deux distinctions étaient motivées par la reconnaissance de l’ingéniosité de cet acteur en matière électorale en République Démocratique du Congo[8].

 

2. L’image ressortant des allocutions : un héros à engagement multiforme 

L’identification de l’image affichée dans les allocutions part de l’examen des symboles.

« Pour produire le sens de leur expérience, les hommes se servent de symboles. Symboliser c’est représenter le réel et établir un rapport de signification entre des choses. Pour ce faire l’être humain dispose du langage, mais aussi des rites, des mythes. La communication politique comme les autres formes de communication humaine utilise les signes qui sont disponibles dans les codes » (Gerstelé, 2004 : 21).

Les gouvernants ont mobilisé les symboles pendant les obsèques de l’Abbé Apollinaire Malumalu. La décoration à titre posthume de l’Abbé Apollinaire Malumalu par le Président de la République constitue une illustration. En exécution de l’Ordonnance    16/064 du 14 juillet 2016 portant admission dans l’ordre national des héros nationaux Kabila–Lumumba, l’Abbé Apollinaire Malumalu a été revêtu du grade de Grand Officier. La motivation de la qualité de héros apparaît dans l’ordonnance précitée : « le mérite, l’engagement, le professionnalisme et les loyaux services rendus à la nation, à l’Afrique et  au monde »[9]. Ce portait rejoint celui de Lambert Mende, Ministre de l’Information et Presse  qui a parlé d’un « homme d’honneur et de valeur ».

Le patriotisme et l’engagement sur plusieurs fronts sont également ressortis des témoignages. Selon Monseigneur Paluku Sikuli Melchisédech, Évêque du diocèse de Butembo-Beni, feu Apollinaire Malumalu traduisait son attachement en République Démocratique du Congo en ces termes :

« Nous n’avons qu’un  seul pays. Nous devons investir toutes nos énergies, les dons reçus d’en haut  pour que ce pays devienne un lieu et un espace où tous les congolais et congolaises mènent une vie conforme à la dignité humaine en les créant à son image et à sa ressemblance ».

Cet intérêt pour la normalisation de la vie en RDC -République Démocratique du Congo- apparaît également dans les propos d’Évariste Boshab. D’après cet acteur politique, l’Abbé Apollinaire Malumalu lui répétait : «  Il n’y a pas de raisons que les choses aillent mal chez nous ».

Toutes ces présentations admiratrices donnent logiquement raison à l’Abbé Waswandi Kakule Nguliko, lorsqu’il qualifie l’illustre disparu d’ « un excellent cadre d’État et un héros national au service de la Patrie et de l’Église ». Par ailleurs, cette appellation n’est pas  éloignée de l’appréciation du Professeur Otemikongo Mandefu qui considère  l’Abbé Apollinaire Malumalu comme « une icône complexe dont la réputation dépasse le cadre étroit de la relation ».

Après l’identification des rôles sociopolitiques, il est intéressant de décrypter l’impact des allocutions sur les relations entre les gouvernants et les gouvernés. Ceci est pertinent car, dans la dimension pragmatique, «ce n’est ni le contenu du message ni la structure d’un système de communication qui sont en cause, mais bien la forme de la relation sociale qui s’établit à l’occasion de la communication » (Gerstelé, 2004 : 18).

3. De la légitimation circonstancielle des gouvernants et de l’échange autour des problèmes de l’Université.

Les exactions qui se déroulent spécialement en territoire de Beni et dans toute la partie nord de la Province du Nord depuis le 02 octobre 2014 ont certainement eu un impact sur la légitimité des gouvernants issus des élections de 2011.

La Société Civile ainsi que les partis politiques de l’opposition dénoncent l’incapacité des gouvernants à rétablir la paix et la sécurité dans cette région. Face à l’insécurité et aux violations des droits de l’homme, la société civile a été critique vis- à-vis du gouvernement et de la communauté internationale.

« Pourquoi le Gouvernement congolais et la Communauté internationale hésitent-ils de qualifier les massacres ciblés de Beni et de Lubero de crime de Génocide ? Pourquoi le Gouvernement central ne fait-il pas de la restauration de la sécurité en Territoires de BENI et de LUBERO et en Villes de BENI et de BUTEMBO une priorité comme ce fut le cas des BUNDU DIA KONGO, des ENYELES et du M23 ? Le Gouvernement congolais constate-t-il, comme la population, l’inefficacité de la MONUSCO avec sa Brigade d’intervention sur terrain ? » (Société Civile, 14/05/2016).

Après avoir établi un bilan sombre de la situation sécuritaire dans la partie nord du Nord-Kivu, la société civile a invité la population à l’insubordination.

« L’observation par toute la population des Territoires de BENI et de LUBERO et des Villes de BENI et de BUTEMBO de trois journées ville-morte à partir du Mercredi 18 mai au Vendredi 20 mai 2016 en mémoire de 1116 personnes tuées sauvagement dans la région ; la suspension par la population de tout payement des taxes et impôts jusqu’au rétablissement de la paix et la sécurité (cessation des massacres) ; […] » (Ibidem).

Ce climat de méfiance entre les gouvernants et les gouvernés a  précédé l’organisation solennelle des obsèques de l’Abbé Apollinaire Malumalu. Cet environnement politique délétère particulier justifie l’intérêt de mesurer l’impact de l’implication des autorités gouvernementales dans l’organisation des obsèques sur les relations entre les gouvernants et les gouvernés. À ce niveau, ce sont les effets pragmatiques des discours qui intéressent :

« La science politique (ou la science du politique), elle, s’interroge moins sur le fondement d’un type de pensée que sur l’action politique elle-même, en relation avec ses finalités pragmatiques et ses effets.[…]. Ainsi, sont-ils étudiés les comportements des acteurs politiques en fonction de leur identité et de leurs engagements, les processus qui conduisent à des réactions et des choix face à la survenue des événements sociaux […], le jeu de manipulation des masses qui s’accompagne de la montée des doctrines. » Charaudeau, 2005 : 26)

Les discours laudatifs prononcés lors des obsèques de l’Abbé Apollinaire Malumalu ont produit deux principaux effets sur les relations entre les gouvernants et les gouvernés de la partie nord de la Province du Nord-Kivu : l’amélioration de légitimité des autorités gouvernementales et la création d’une opportunité (cadre) d’échange sur les problèmes de l’Université Catholique du Graben.

« La communication politique légitime d’une part le pouvoir en ce qu’elle fait connaître, fait comprendre, fait accepter ou valoriser les politiques, les choix, les attitudes des détenteurs du pouvoir légitime. Elle est un mode, parmi d’autres, de légitimation des gouvernants. Elle leur assure une certaine légitimité, entendue comme la capacité du système à engendrer et maintenir la croyance que les institutions politiques sont les plus appropriées à la société. » (Budim’baniYambu, in Mwenze Chirhulwire Nkingi (dir.), 2001 : 207)

Plusieurs faits prouvent l’amélioration de la légitimité des autorités gouvernementales lors de ces obsèques. Des remerciements et expressions de bon gré adressés aux gouvernants transparaissent de différentes allocutions ; notamment de celles du représentant de l’Eglise Catholique : « De tout mon cœur je voudrais adresser mes remerciements  au Président de la République et Chef de l’État pour l’insigne honneur qu’il a rendu à notre prêtre, ainsi que pour la décoration dont il a été couronné » (Eglis Catholique)[10] ; ainsi que de celles de la famille biologique :

« Nous remercions tout le monde pour avoir accepté de compatir avec nous[...]. Nos remerciements s’adressent plus particulièrement  à son Excellence Monsieur le Président de la République et Chef de l’État pour la confiance qu’il a placée en notre frère jusqu’à la mort. » (Famille Malumalu)[11]

Par ailleurs, l’échange sur les problèmes de l’Université Catholique du Graben -UCG- réfère à la délégation dépêchée au Bas-Congo en vue de rencontrer le Président Joseph Kabila Kabange. Elle était composée des membres de la famille biologique de l’Abbé Apollinaire, du Recteur de l’Université Catholique du Graben -UCG-, de Monseigneur Sikuli Paluku Melchisédech, Évêque du Diocèse de Butembo-Beni et Grand Chancelier de l’Université Catholique du Graben -UCG-et de Julien Paluku Kahongya, Gouverneur de la Province du Nord-Kivu. Outre les remerciements présentés au chef de l’État pour son implication dans l’organisation des obsèques de l’Abbé Malumalu, ces notables ont présenté deux principaux problèmes à cette autorité. Il s’agit de la ré-autorisation par le ministère des études du troisième cycle à l’Université Catholique du Graben et des subsides de l’État congolais à cette institution d’enseignement. La réouverture  des études du troisième cycle est largement contenu dans l’Arrêté Ministériel n°187 MINESU/CAB.MIN/TMF/EBK-FAK/C-EPA/CPM/2016 du 12 août 2016 accordant l’autorisation d’organiser les enseignements de troisième cycle dans quelques filières précises à l’Université Catholique du Graben.

Aux termes de cet arrêté, « est autorisé à organiser les enseignements du Troisième cycle, l’Université Catholique de Graben/ Butembo dans les filières suivantes : Phytotechnie en Faculté des Sciences Agronomiques, Droit Public en Faculté de Droit et également  Économie de développement en Faculté des Sciences Économiques et de Gestion. »

Du reste, cet article a le mérite d’avoir déchiffré certains aspects des obsèques à l’Abbé Apollinaire Malumalu. Cependant, bien  d’autres restent inexploités.

« Par-delà le contenant, il y a le contenu. Par-delà le texte, il y a le contexte. Par-delà l’événement, il y a son sens. Par-delà la nouvelle, il y a sa tendance. Par-delà les apparences, il y a la réalité. Par-delà l’informateur, il y a donc l’informé. Par-delà l’émission, il y a la réception. Par-delà l’énoncé, il y a le suggéré. Par-delà l’affirmation, il y a l’allusion. […]. Par- delà l’image qu’on émet, il y a l’image qui est perçue. Par- delà l’image que l’on veut projeter, il y a l’image qu’on projette. Par–delà le sondage d’opinion, il y a les idées qui cheminent. » (Primeau et Le Réseau Caisse cités par Maisonneuve, Lamarche et St-Amand, 2006 : 66)

Conclusion

Les obsèques d’une élite ne sont pas de cérémonies ordinaires. Elles constituent des rites ponctués de symboles, de discours, de chansons, de gestes de reconnaissance, d’hommages, de serments et de projection vers l’avenir.

Cette étude a consisté en l’étude des éloges funèbres qui ont marqué les obsèques de l’Abbé Apollinaire Malumalu en République Démocratique du Congo. L’attention a été, non seulement focalisée, sur les rôles sociopolitiques relevés dans les allocutions mais aussi sur l’image publiquement affichée. Bien plus, a été analysé l’impact des discours laudatifs sur les relations entre les gouvernants et les gouvernés.

Il ressort d’abord que les différentes  allocutions ont contribué à la meilleure connaissance du passé de l’Abbé, de sa vie et de ses actions sociopolitiques. Elles ont redéfini ses multiples rôles pastoraux, sociaux et politiques. Les orateurs ont traduit des hommages d’une reconnaissance infinie à cet homme. Ensuite, tous ces discours ont véhiculé une image héroïque et présenté l’homme comme une icône aux talents multiples. Les acteurs politiques et sociaux ont mis en évidence la grandeur de l’homme par une kyrielle d’admirations. Les orateurs se sont livrés à l’interprétation subjective à l’exclusion de toute logique de déconstruction. Ceci semble  être une règle des éloges funèbres. Enfin, ces discours ont produit un double effet : la légitimation momentanée des gouvernants et aussi l’opportunité d’échange autour des problèmes de l’Université Catholique du Graben.

Cette étude ne permet pas d’aller au-delà des contenus de différentes allocutions. Elle n’a pas non plus analysé les intentions qui ont poussé les acteurs à produire des allocutions élogieuses. Par ailleurs, la confrontation des allocutions aux jugements d’un échantillon des publics n’a pas été opérée.

Les aspects inexploités dans ce texte peuvent faire l’objet d’études ultérieures. Celles-ci permettront d’approfondir les connaissances sur cet acteur sociopolitique.

Références bibliographiques

AUNDU MATSANZA, Guy, Politique et élites en R.D.Congo. De l’indépendance à la Troisième République, Louvain-la-Neuve, Academia-l’Harmattan, 2015.

http://www.rfi.fr/afrique/20160701-rdc-deces-abbe-apollinaire-malu-malu-ancien-president-ceni, publié le  01-07-2017 et consulté le 18 avril 2017.

BOB KABAMBA, Témoignage du Professeur Bob Kabamba de l’Université de Liège au siège de la Commission Electorale Nationale Indépendante.

BOB KABAMBA, Témoignage du Professeur Bob Kabamba  lors des cérémonies funéraires de l’Abbé Malumalu au Siège National de la CENI à Kinshasa, le 17 juillet 2016.

BOSHAB, Evariste, Mot du Professeur Évariste Boshab, Vice-premier Ministre en charge de l’intérieur, décentralisation et sécurité à l’occasion des obsèques de l’Abbé Apollinaire Malumalu au Palais du Peuple, Kinshasa, le 15 juillet 2016.

CHARAUDEAU, Patrick, Le discours politique Les masques du pouvoir, Paris, Vuibert, 2005.

Curriculum vitae de l’Abbé Apollinaire Muholongu Malumalu, Kinshasa, 04 janvier 2014.

DULONG, Delphine, « Mourir en politique Le discours politique des éloges funèbres »,http://www.persee.fr/docAsPDF/rfsp_0035-,2950_1994_num_44_4_396232.pdf, téléchargé le 04/04/2017.

EGLISE CATHOLIQUE DE LA REPUBLIQUE D2MOCATIQUE DU CONGO, Mot du Représentant de l’Église catholique  lors des cérémonies de décoration de l’Abbé Malumalu au Palais du Peuple à Kinshasa.

FAMILLE DE L’ABBE MALUMALU, Mot du Représentant de la famille de l’Abbé Apollinaire Malumalu lors de ka cérémonie de décoration au Palais du Peuple à Kinshasa.

GERSTELE, Jacques, La communication politique, Armand Colin, Paris, 2004.

KAHINDO MUHESI, Augustin, Témoignage du Professeur Kahindo Muhesi à l’occasion de la léçon académique organisée à l’intention du regretté Profeseur Abbé Apollinaire Malumalu, le 17 juillet 2016.

MAINGUENEAU, Dominique, Analyser les textes de communication, Paris, Armand Colin, 2012.

MAISONEUVE, Danielle, LAMARCHE, Jean-François et ST-ARMAND, Yves, Les relations publiques dans une société en mouvance. 3 édition, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2006.

MARTIN, Denis-Constant, “Les OPNI, l’essence du pouvoir et le pouvoir des sens”, in Denis-Constant Martin (dir), Sur la liste des OPNI (Objetspolitiques non identifiés), Paris, Karthala, 2002.

MUCCHIELLI, Roger, L’analyse de contenu Des documents et des communications, 9ème édition, Paris, Les éditions ESF, 2006.

MWEZE CHIRHALWIRE NKINGI, Dominique (dir.), Pour quelle communication politique en République Démocratique du Congo ? Réalités, contraintes et perspectives, Kinshasa, Facultés Catholiques de Kinshasa, 2001.

NANGA, Corneille, Mot de M. Corneille Nanga, Président de la CENI, au Palais du Peuple, le 15 Juin 2016.

OTEMIKONGO Jean, Témoignage du Professeur Bob Kabamba  lors des cérémonies funéraires de l’Abbé Malumalu au Siège National de la CENI à Kinshasa, le 17 juillet 2016.

OTEMIKONGO, Jean, Témoignage du Professeur Jean Otemikongo à occasion de la messe de requiem en mémoire de l’Abbé Apollinaire Malumalu à la cathédraleTrès Saint Rosaire de Kisangani, Kisangani, le 18 juillet 2016.

PALUKU KAHONGYA, Julien, “Hommages à Mr (sic) L’Abbé Apollinaire MALUMALU: “Son expertise électorale manquera pour toujours”,in PALUKU KAHONGYA, Julien, Le Nord-Kivu entre démocratie et guerres. Eléments des mémoires de Julien PALUKU KAHONGYA. Tome I, Kinshasa, Médias Paul, 2016, p. 845-846.

QUIVY, Raymond et Van CAMPENHOUDT, Luc, Manuel de recherche en sciencessociales, 3e édition, Paris, Dunod, 2006.

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO, Ordonnance n°16/064 du 14 juillet 2016 portant admission dans l’ordre national des héros nationaux Kabila–Lumumba.

RICOEUR, Paul, Le conflit des interprétations Essais d’herméneutique, éditions du Seuil, Paris, 1969.

SCHWARTZENBERG, Roger-Gérard, Sociologie politique, éd. Montchrestien, 5éd, Paris, 1998.

SEILER, Daniel-Louis, La méthode comparative en science politique, Paris, Armand Colin, 2004.

SOCIETE CIVILE DU NORD KIVU COORDINATION TERRITORIALE DE BENI ET LUBERO ET URBAINES DE BUTEMBO ET DE BENI, Lettre ouverte adressée à son Excellence Monsieur le Président de la RDC, Beni, le 14 mai 2016.

UNIVERSITE CATHOLIQUE DU GRABEN, Mot du Conseil Rectoral à la cérémonie académique des obsèques de l’Abbé Malumalu, le 18/07/2016.

UNIVERSITE CATHOLIQUE DU GRABEN, Statuts de l’Université Catholique du Graben.

WASWANDI NGOLIKO Kakule, Athanase, Discours de l’Union des prêtres diocésains aux obsèques du Très Révérend Abbé Apollinaire Malumalu, le 18/07/2016.

http://www.rfi.fr/afrique/20160701-rdc-deces-abbe-apollinaire-malu-malu-ancien-president-ceni, publié le  01-07-2017 et consulté le 18 avril 2017.



[1] Augustin Kahindo Muhesi est Professeur Associé et enseigne la science politique à l’Université Catholique du Graben (UCG) de Butembo.

[2]. Delphine Dulong, « Mourir en politique Le discours politique des éloges  funèbres », http://www.persee.fr/docAsPDF/rfsp_0035-,2950_1994_num_44_4_396232.pdf,  téléchargé le 04/04/2017.

[3] A l’annonce de sa mort le 01 juin 2016, la Présidence de la République de la RDC a, dans un communiqué officiel lu sur les antennes de la RTNC, instruit le  gouvernement  à lui  organiser des obsèques dignes de son rang.

[4]Delphine Dulong., « Mourir en politique Le discours politique des éloges  funèbres », http://www.persee.fr/docAsPDF/rfsp_0035-,2950_1994_num_44_4_396232.pdf, téléchargé le 04/04/2017.

[5] Toutes les allocutions n’ont pas été citées dans cet article ; mais elles traduisent presque toutes les mêmes réalités qui sont ici synthétisées. À titre illustratif, sont ici cités ….

[6]http://www.rfi.fr/afrique/20160701-rdc-deces-abbe-apollinaire-malu-malu-ancien-president-ceni, publié le  01-07-2017 et consulté le 18 avril 2017.

[7] Curriculum vitae de l’Abbé Apollinaire Muholongu Malumalu, Kinshasa, 04 janvier 2014.

[8]Témoignage du Professeur Bob Kabamba de l’Université de Liège au siège de la Commission Electorale Nationale Indépendante.

[9]Ordonnance n°16/064 du 14 juillet 2016 portant admission dans l’ordre national des héros nationaux Kabila–Lumumba.

[10] Mot du Représentant de l’Église catholique  lors des cérémonies de décoration de l’Abbé Malumalu au Palais du Peuple à Kinshasa.

[11]Mot du Représentant de la famille de l’Abbé Apollinaire Malumalu lors de la cérémonie de décoration au Palais du Peuple à Kinshasa.