Les mélanges scientifiques : un hommage mérité ?

https://doi.org/10.57988/crig-2369

 

 

Florent KAMBASU KASULA

 

U

ne nouvelle date dans l’histoire de l’Université Catholique du Graben (UCG). Non, que dis-je, du Diocèse de Butembo-Beni ou mieux de la République Démocratique du Congo. Contre toute attente et assentiment de tant de congolais et bien d’autres peuples, l’UCG l’érige dans son calendaire académique une date on ne peut plus mémorable. Date évenementielle, elle est une date que les générations porteront dans leurs mémoires puisqu’inscrite en lettres d’or sur des pierres d’or, intangible mémoire de l’humanité. Loin d’être liée à la création de cette institution d’enseignement universitaire ou mieux à sa reconnaissance officielle et/ou de certains de ses programmes, encore moins une fête du sanctoral, cette date marque, en ce début de son deuxième jubilé, un événement que d’aucuns qualifieraient de prémonitoire et non de fatidique. C’est la date du 30 juin de l’année 2016. Quel événement lui reconnaît-on au-delà des cérémonies congolaises liées à la commémoration de son indépendance ? À une des heures fatidiques de ce jour, un homme dont la renommée des actions est allée au-delà des enceintes « ucgeoises » pour se profiler comme « un fils du monde », « un enfant de l’humanité entière » a tiré sa révérence. Illustre personnalité, cet homme a porté haut l’étendard de l’UCG. Homme multi-orchestre, il se distingue par la perspicacité de son intelligence dont les performances égaleraient le moteur de recherche « Google » ; qu’il se présente alors comme un scientifique, un professeur et responsable d’universités, un homme politique, un philosophe, un homme de droit, une plaque tournante de la machine électorale congolaise et africaine, un homme de développement, un prêtre, etc. Déconcertant dans sa pensée et ses actions, les penseurs l’acculent de tant de pseudonymes. Ainsi l’ont-ils nommé de tous les vocables traduisant la satisfaction de chacun dans un service sollicité auprès de lui. « Mais des étiquettes, il s’en moque et s’en soucie comme d’une guigne » (Kambasu Kasula, 2015 : 13).

Si certains ne l’ont pas connu de visu, ils ont cependant l’ultime avantage de le découvrir à travers les œuvres de ceux qui ont voulu marquer d’un cachet indélébile son existence sur cette terre des humains, car c’est de multiples façons que se célèbre sa mémoire. Lui-même se voulant moins ostentatoire, il ne s’est jamais réclamé tous ces titres et qualités qu’on lui reconnait. Pourtant, ses œuvres vont au-delà de ce que les humains peuvent arguer que ne pas les lui reconnaître serait un déni public ! C’est ainsi que, au milieu de nombreuses embûches et tentations qu’il a brillamment bravées, sa lucidité et son obstination dans son souci d’un travail bien fait et de haute gamme l’ont hissé au rang d’un maître à penser de notre temps dont les qualités ne sauraient être dessinées par de l’encre noire sur du papier blanc. Ainsi, au lieu que son corps repose dans un caveau, un splendide mausolée de mains d’hommes construit, et dans « le verre de bière pour l’éternité des siècles, il se noie dans la bière des arts libéraux et de belles lettres pour demeurer immortel et éternel dans une bière sublime, la mémoire de l’humanité » (Kambasu Kasula, 2016 : 22) où son nom est désormais inscrit en lettres d’or. Car, comme le chantent les poètes, « la mort n’a eu aucune prise sur son être (…). Il survit à travers ses projets et ses œuvres » (Kambasu Kasula et alii, 2016 : 90, 97). De qui s’agit-il ? Cet homme s’appelle Apollinaire Muholongu MALUMALU [1]. Ainsi, ces mélanges scientifiques que lui consacre l’Université Catholique du Graben qu’il a porté et qu’il porte tant dans son cœur,bien qu’absent parmi les vivants, immortalisent, par nos écrits, ceux qui ont immortalisé par leurs œuvres et par leur être cette université, et, ceux grâce à qui nos verbes peuvent oser parler d’un grand baobab des temps.

Car bien que nous le connaissions souffrant et malade, rien n’avait présagé qu’il s’en irait si tôt de par sa rigueur dans le travail où sur le lit de l’hôpital, il ne cessait de coordonner ses activités. Ainsi, sa mort que nous dirions d’inopinée, rapide éclair zébrant dans les cieux, nous fut un terrible choc. Et tous unanimement, avons-nous pleuré de chaudes larmes lorsqu’elle nous fut annoncée que ce fut comme un rêve doublé de doute et de refus puisque nous espérions qu’il s’en remettrait si rapidement, fort et vigoureux. Pourtant la nouvelle se répandait déjà aux lois classiques et rationnelles de concision, clarté, évidence… et les médias tant étrangers que locaux le répétaient alors distinctement : « Monsieur l’Abbé est mort ! » Oui, Monsieur l’Abbé est mort. Il n’était même pas nécessaire de compléter par son nom. Car, « Monsieur l’Abbé » ne désignait aucune autre personne que le très respectueux « Abbé Malumalu ». C’était un certain le 30 juin 2016. Deuil généralisé dans nos cantons, et jusqu’à nos jours, de différentes manières, dans le cœur de chacun, il se porte encore, non pas cendre à la tête en signe de défaite, de résignation et d’abandon mais muni d’une ferme détermination sans crainte, d’emporter jusqu’aux confins son message de justice, de paix, de vérité, d’humilité, de lutte pour les opprimés, d’entrepreneur ne cédant jamais à la fatigue et désolation avant toute réalisation concrète et palpable de l’objectif assigné, son mot d’ordre étant de travailler de manière assidue, d’orienter tous ceux qui traînent encore sur le chemin…

C’est mu par ce même enthousiasme, deuil à jamais levé non, pour une tristesse apathique de fainéantise et de démission mais, pour un spécial hommage de réveil et prise de conscience que les hommes de lettre, « véritable salon littéraire Abbé Malumalu » de quatre coins et chacun suivant ses performances, plume à la main, se mettent fermement et désormais, dans leurs grimoires même de plumitif, à rédiger leur mot de condoléances. Véritable alerte qui, loin d’écarter ou d’omettre ces pleurs silencieux d’hommes « avalant ainsi peut-être leurs larmes », leur souci majeur demeure la pérennisation de la mémoire de l’Abbé Apollinaire Malumalu Muholongue, à la suite d’ailleurs d’OVIDE pour qui « les chants des poètes vivent plus longtemps que les actions qu’ils ont célébrées » de sorte que ces actions, aussi minimes soient-elles, survivent éternellement avec ces chants et ces écrits, qu’on peut alors être héros sans jamais ravager la terre même par une quelconque arme. C’est ce qu’a été la vie de Monsieur l’Abbé et que demeure son être dont cet hommage nous invite à porter à jamais son deuil dans la pleine conviction d’être modelé à son image et de le revoir un jour… Et, c’est dans cette grande espérance que certains portent ce deuil comme d’une grâce de bénédiction divine.

 

Références bibliographiques

 

KAMBASU KASULA, Florent, Le pouvoir chez Michel Foucault. Une épistémologie politique, Mon Petit Éditeur, Paris, 2015, 85 p.

KAMBASU KASULA, Florent, Écrire pour exister. Il m’a dit… les suites illogiques de la logique, Mon Petit Éditeur, Paris, 2016, 109 p.

KAMBASU KASULA, Florent, Charly MatheKisughu et Florent Kasereka Kahamba, Chansons d’espoir, Edilivre, Saint-Denis, 2016, 103 p.

 



[1]Le 22 juillet 1961, à Kinyambiro (RD Congo), est la date de naissance d’Apollinaire MalumaluMuholongu. Ordonné prêtre le 15 juillet à Muhangi, il est docteur en sciences politiques (1999) et en philosophie (2013). Professeur ordinaire et recteur honoraire de l’UCG, il a été président de la commission électorale indépendante et de la commission électorale nationale indépendante et président du forum des commissions électorales des pays de la SADC. Il meurt à Dallas, le 30 juin 2016.